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Investissement social: des lions qui buttent sur l’effet Matthieu en rêvant d’être papillon

Plusieurs images tirées de la zoologie et des Evangiles ont été utilisées au cours de la conférence internationale « Evaluer la stratégie d’investissement social » organisée à et par l’IDHEAP avec le soutien de l’Université de Lausanne et du Pôle de recherche national LIVES. L’occasion de belles joutes rhétoriques et théoriques sur des questions de fond : comment l’Etat social peut-il endiguer durablement la précarité, et comment mesurer ces efforts ?

Ils n’ont pas tranché... Mais disséqué, comparé et questionné, oui ! La quarantaine de chercheurs et chercheuses venus débattre des politiques d’investissement social à Lausanne les 10 et 11 avril 2014 sont repartis avec de nouvelles pistes de travail, enrichis de différentes méthodes et perspectives.

« Nous avons débouché sur plus de questions que de réponses, mais le but de ce colloque n’était pas d’offrir des recettes. C’est une discussion scientifique qui avance. Et il faut accepter que la recherche n’est que rarement directement utile », a confié à l’issue de l’événement le principal organisateur, Prof. Giuliano Bonoli, se disant très satisfait des échanges occasionnés.

Dès l’ouverture de la conférence, il a insisté sur la question clé : « Quelle est la capacité de l’investissement social d’atteindre les plus désavantagés ? » Ce fameux « effet Matthieu » tant redouté - ainsi dénommé en référence à la phrase de l’évangéliste : « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a » - a hanté l’ensemble du colloque et s’est représentée sans trouver de véritable réponse lors de la table ronde finale.

Une piste pour l'universalité

Pour les uns, comme Gøsta Esping-Andersen, qui a donné une conférence plénière très suivie le premier jour, la solution ne fait pas de doute : « Nous devons mettre l’argent [sous entendu ‘des politiques sociales’] dans les enfants : personne ne pourrait tirer un tel rendement à la bourse ! » Mais comment faire pour viser véritablement les plus pauvres ? - lui a demandé une participante. « Les classes supérieures doivent tirer avantage du système d’accueil préscolaire pour être d’accord de le financer », a répondu le célèbre sociologue danois, offrant ainsi une première piste.

Ce credo n’a cependant pas convaincu tous les orateurs, telle Bea Cantillon, de l’Université d’Anvers, qui persiste à penser que l’investissement social ne doit pas être la priorité des politiques sociales. Comparant les investissements sociaux aux lions, « dangereux pour les faibles », elle a déclaré préférer les éléphants, « lents et protecteurs », ainsi qu’elle se représente l’Etat-providence. Une autre voie existe encore du côté des papillons, a-t-elle ajouté pour symboliser l’innovation sociale, ou autrement dit les politiques locales d’activation venant de la base, « mais les papillons sont trop volatiles »… « Il faudrait mélanger les trois approches », fut finalement sa conclusion.

Au cours des deux jours de colloque, de nombreuses communications ont démontré le poids du contexte régional, les limites de l’analyse en fonction des données disponibles, et la difficulté d’évaluer les résultats de l’investissement social sans disposer de réelles possibilités de contrôle. « Nous essayons de torturer les données », reconnaît Giuliano Bonoli, tout en précisant que « la recherche contribue à faire évoluer les indicateurs, et donc le monitoring, par exemple en élargissant la notion de seuil de pauvreté à la question de l’exclusion sociale. »

Mesurer le non investissement

Malgré les doutes et les questions en suspens, quelques certitudes sont venues conclure ces deux jours de réflexion à l’heure de la table ronde. « Les pays qui ont pratiqué l’investissement social sont ceux qui s’en sont le mieux sortis pendant la crise », a déclaré Lieve Fransen, directrice des politiques sociales et du programme Europe 2020 à la Commission européenne. « En coupant dans l’éducation, l’Espagne a fait tout le contraire : c’est à mon avis la voie du désastre », a-t-elle ajouté. Son vœu est que la recherche sur l’investissement social fournisse davantage d’outils de mesure et d’argumentation aux politiques : « Mesurer l’impact du non investissement serait un chantier de travail important pour le monde académique ! »

Enfin, à la question de départ de savoir si l’investissement social pourrait dépasser l’effet Matthieu afin de ne pas bénéficier qu’aux plus privilégiés, les positions sont restées prudentes, mais consensuelles. Certains ont même avancé que verser des allocations aux plus pauvres pourrait être vu comme une forme d’investissement social, puisque sans cela les enfants des bénéficiaires n’auraient plus aucune perspective.

L’ensemble des participants à la table ronde a ainsi reconnu que protection sociale et investissement social sont complémentaires et ne sauraient s’exclure mutuellement. « Nous avons besoin des éléphants et des lions. Et nous soutenons aussi les papillons ! », a glissé malicieusement Ludwig Gärtner, vice-directeur de l’Office fédéral des assurances sociales. Il a cependant invité les chercheurs à prendre en compte les contraintes budgétaires des Etats et le poids de l’opinion publique : « Les idéologies sont très fortes en Suisse sur les questions tournant autour de la famille et de la petite enfance », a-t-il mis en garde.

Carottes et bâtons

Pour les organisateurs, les pistes qui restent à creuser ne manquent pas. « Il ne faut pas penser que le seul but de l’investissement social est d’être rentable pour l’Etat. Il sert aussi la stabilité et la cohésion sociale », affirme Giuliano Bonoli. Le professeur avoue que certains points encore peu traités par la recherche pourraient déboucher à l’avenir sur des contractions internes, comme la question des incitations pour accéder aux prestations d’investissement social : « Faut-il prévoir des bâtons en plus des carottes ? » Le débat continue…

Le Télégramme

« Le travail familial de soin aux personnes âgées en situations de vulnérabilité »

Conférence publique de la sociologue Françoise Le Borgne-Uguen organisée par la Haute école de travail social et de la santé | EESP | Lausanne et le Pôle de recherche national LIVES le 21 mai 2014 à 17h30. L’événement sera suivi le lendemain par un colloque sur le maintien à domicile.

Françoise Le Borgne-Uguen, Maître de conférences à l'Université de Bretagne occidentale à Brest, présentera une synthèse de résultats de plusieurs de ses recherches centrées sur les modes d'exercices et les fondements du travail familial de santé produit par des enfants et des conjoint-e-s auprès d'un de leurs parents.

Cette conférence constitue une excellente introduction au colloque « Perspectives du maintien à domicile » du 22 mai, où les résultats de plusieurs recherches réalisées récemment sur le maintien à domicile seront présentés. Des professionnel-le-s de terrain et des responsables politiques seront invités à venir discuter avec les chercheurs et les chercheuses de ces résultats ainsi que des pistes à élaborer pour l'avenir.

  • Entrée libre sans inscription pour la conférence de Mme Le Borgne-Uguen
  • Inscription demandée pour le colloque sous le lien www.eesp.ch/vieillesse (délai : 16 mai 2014)

Les deux événements auront lieu à la Haute école de travail social et de la santé | EESP, chemin des Abeilles 14, 1010 Lausanne.

Photo Felix Imhof

La recherche suisse en sciences sociales contribue activement à de grandes enquêtes internationales

Au cours des derniers mois, le Prof. Dominique Joye a intégré les comités méthodologiques de trois importantes études internationales. Le chef de l’IP15 du PRN LIVES, professeur à l’Université de Lausanne et également chercheur associé au Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, explique l’intérêt de se retrouver au cœur de ces organisations scientifiques.

« C'est une tâche passionnante que de participer à la mise en œuvre d'une enquête internationale comparée : de voir où des problèmes méthodologiques sont les mêmes, mais aussi en quoi ils peuvent diverger suivant les contextes ; bref, de réfléchir sur les points essentiels qui permettent de faire des enquêtes de qualité dans différents pays, tout en préservant la possibilité de comparer, et donc d'avoir des mesures pertinentes ».

Cette profession de foi émane du Prof. Dominique Joye, chef de l’IP15 du Pôle de recherche national LIVES, récemment élu au sein des comités méthodologiques de trois enquêtes internationales en sciences sociales :

Pour Dominique Joye, par ailleurs vice-doyen de la Faculté des Sciences sociales et politiques à l’Université de Lausanne et partenaire du Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, les raisons de sa participation à de tels projets sont multiples, tant du point de vue individuel que collectif.

« La mise à disposition rapide de données, caractéristique de ces enquêtes internationales, permet de rendre plus facilement cumulatifs nos travaux scientifiques », indique le chercheur. Il a notamment à l’esprit la formation de la relève académique : « Pour les doctorants, il est plus facile de se frotter aux techniques d'analyse les plus pointues si l'on dispose de données comparables. »

Intérêt pour la Suisse

Du point de vue de la Suisse, ajoute le Prof. Joye, « cela permet de se situer en référence à d'autres pays, de connaître l'état des choses et de faire ressortir des caractéristiques propres. Cela peut porter tant sur des caractéristiques objectives, comme par exemple la proportion de femmes qui travaillent à temps partiel, que sur des éléments subjectifs, comme la manière dont elles le vivent. »

Il évoque encore d’autres questions de recherche où il serait intéressant de comparer la Suisse à d’autres pays, par exemple sur les inégalités sociales, les sentiments xénophobes, etc. Autant de thèmes qui font écho aux préoccupations du PRN LIVES…

« C'est quand même pas mal de voir la Suisse au cœur de la méthodologie de ces très grandes enquêtes internationales », se réjouit le chef de l’IP15.

 A l’heure où la Suisse montre des signes de repli et où sa participation aux projets de recherche européens est partiellement remise en question, l’information méritait en tout cas d’être partagée.

Photo Hugues Siegenthaler

Considérer la vieillesse comme une problématique sociologique et non comme un problème social

Chercheuse au PRN LIVES, Cornelia Hummel dirige avec Isabelle Mallon et Vincent Caradec l'édition de "Vieillesses et vieillissements. Regards sociologiques". Cet ouvrage collectif dresse un panorama de la recherche francophone sur le sujet, laquelle a été plus tardive que dans les pays anglo-saxons et s'est construite dans un contexte fortement influencé par les besoins des politiques sociales.

Parmi la trentaine de contributeurs, Cornelia Hummel aborde « les grands-parentalités contemporaines » et Jean-François Bickel « la participation sociale ». Tous deux sont membres de l'IP13 du Pôle de recherche national LIVES (Au-delà de la démocratisation du grand âge: Progrès et inégalités).

Résumé de l'éditeur

« L’allongement de la durée de vie et le poids démographique croissant des personnes âgées au sein des sociétés occidentales ont constitué la vieillesse et le vieillissement comme des problèmes politiques et sociaux majeurs. Les regards sociologiques sur la diversité de la vieillesse et du vieillissement rassemblés dans cet ouvrage partagent une perspective commune : substituer au problème social et politique de la vieillesse entendue comme un fardeau un questionnement sociologique qui déplace le regard habituellement porté sur la vieillesse et sur les vieux, et déconstruire les représentations majoritairement négatives de la dernière partie de l’existence. Les différentes contributions rappellent ainsi que la vieillesse est une construction sociale et politique, dont les caractéristiques et les catégorisations varient selon les sociétés. Elles proposent également une image plus complexe et moins unifiée des personnes âgées, en mettant en évidence les variations sociales de leurs pratiques et de leurs modes de vie. Enfin, elles s’attachent à rendre compte des expériences différenciées de l’avancée en âge à la fin du parcours de vie, c’est-à-dire des formes variées que prend le vieillissement selon les appartenances et les trajectoires sociales des individus.

Cet ouvrage propose ainsi un panorama des acquis de la recherche sociologique francophone sur les vieillesses et les vieillissements tels qu’ils sont socialement structurés dans nos sociétés. Ce faisant, il cherche à ouvrir des perspectives de réflexion et de recherche, tant aux étudiants qu’aux chercheurs ou aux praticiens intéressés par ces thématiques. »

Cornelia Hummel, Isabelle Mallon et Vincent Caradec (dir.), Vieillesses et vieillissements, Presses universitaires de Rennes, 2014

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Attaquer les inégalités à la racine ou les perpétuer : la stratégie d’investissement social en débat

L’investissement social vise à prévenir l’apparition de la vulnérabilité en intervenant dès le début du parcours de vie. En présence de très éminents spécialistes de la question, une conférence internationale accompagnée d’une table ronde propose d’évaluer cette stratégie montante en Europe et ailleurs, mais encore peu développée dans les institutions suisses et qui suscite aussi certaines critiques. A suivre les 10 et 11 avril 2014 à l’Université de Lausanne.

Investir dans le développement des compétences dès la petite enfance, c’est permettre à l’Etat social de diminuer très nettement ses dépenses à moyen et long terme, a calculé en 2009 le Prix Nobel d’économie James Heckman sur la base des données d’une célèbre expérience, The Perry Preschool Study. Cette étude longitudinale, menée à partir des années 60 sur deux groupes d’enfants, montre que ceux qui ont bénéficié d’un encadrement préscolaire de qualité enregistrent quarante ans plus tard de meilleurs niveaux de formation, des emplois plus stables, des revenus plus élevés et moins de séjours en prison à leur actif.

Esping-Andersen en invité vedette

Ces conclusions corroborent le concept d’investissement social développé depuis les années 90 par Gøsta Esping-Andersen. Actuellement professeur à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, il est un des auteurs les plus cités dans la recherche sur l’Etat-providence et a été impliqué dans de nombreuses instances internationales pour amener cette réflexion sur le terrain politique. Mais la vision du sociologue danois a également ses détracteurs. Face à certains de ces sceptiques, il sera l’un des principaux orateurs de la conférence « Evaluer la stratégie d’investissement social » organisée par le Prof. Giuliano Bonoli  et quatre collègues suisses, français et hollandais les 10 et 11 avril prochain à l’Université de Lausanne (IDHEAP) avec le soutien du Pôle de recherche national LIVES. Les autres conférenciers des sessions plénières seront Bea Cantillon (Université d’Anvers), Anton Hemerijck (Université libre d’Amsterdam) et Bruno Palier (Science Po Paris).

Selon ses défenseurs, l’investissement social vise à favoriser l’égalité des chances et répond au besoin de réforme de l’Etat social dans le contexte post-industriel, marqué par la montée du chômage, la transformation des structures familiales, le travail des femmes, les mouvements migratoires et le vieillissement de la population. Dans le milieu de la recherche, certains avancent cependant que les mesures existantes bénéficient avant tout à la classe moyenne et s’inscrivent dans une logique utilitariste et comptable visant davantage l’augmentation des revenus fiscaux et la diminution des coûts de la protection sociale qu’un véritable épanouissement humain. Un des objectifs de la conférence est de permettre aux chercheurs de confronter ces points de vue sur la base de résultats empiriques, lesquels donneront lieu à une trentaine de présentations.

Concept en hausse… sauf en Suisse

Un autre intérêt de l’événement est de permettre de sortir du cadre strictement européen pour s’intéresser à ce qui se passe sur d’autres continents, et d’amener enfin le débat en Suisse. En effet, si l’Organisation pour la Coopération et le Développement économique (OCDE) et la Commission européenne ont récemment ont adopté des positions très favorables à l’investissement social, on parle moins de ce qui se passe en la matière dans le reste du monde, et la Suisse semble peu concernée. « Certaines mesures allant dans le sens de l’investissement social ont été prises dans certaines villes et certains cantons, notamment dans le domaine de la petite enfance et de la réinsertion professionnelle, mais peu de partis politiques en ont fait un élément central de leur programme », affirme le Prof. Bonoli. A l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), la responsable du secteur Recherche et évaluation confirme que ce thème n’est pas à l’ordre du jour et qu’aucune étude n’est menée sur la question.

La conférence se terminera par une table-ronde à laquelle interviendront des personnalités provenant de plusieurs sphères politiques, administratives et académiques aux niveaux européen et suisse. Des visions enthousiastes aussi bien que prudentes ou critiques de l’investissement social y seront représentées. Le vice-directeur de l’OFAS, Ludwig Gärtner, y participera, une bonne occasion pour la Suisse de monter à bord de ce débat, espèrent les organisateurs.

« Les femmes et les enfants d’abord »

Parmi ces derniers, le Prof. Bruno Palier a été très actif pour faire avancer la cause de l’investissement social en Europe, qui a abouti en 2013 à l’adoption par la Commission européenne d’un train de mesures sur les investissements sociaux. Cette série de recommandations aux Etats membres pour la modernisation de leurs systèmes de sécurité sociale souligne l’importance de préparer les populations aux risques de la vie plutôt que de se contenter d’en réparer les conséquences. Le chercheur constate cependant que « pour l’instant, le monitoring consacré à la rigueur budgétaire mobilise bien davantage d’énergie que les projets d’investissement social. »

Il met également en garde contre la tentation de substituer l’investissement social à la protection sociale, qui demeure selon lui nécessaire et complémentaire. Et répondant aux critiques, par exemple selon lesquelles l’augmentation des places en crèche profite d’abord aux familles aisées, il rappelle que « pour réussir, l’investissement social doit viser l’universalité, et en attendant cibler les populations les plus pauvres, en donnant la priorité aux mères seules et migrantes. »

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Récolte de données sur le parcours de vie des ménages à revenu modeste

Le Département vaudois de la santé et de l’action sociale a mandaté le Pôle de recherche national LIVES et le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS pour mieux comprendre les trajectoires de précarité dans le canton et en tenir compte dans les futures réformes des politiques sociales. Entre janvier et avril 2014, plus de 800 foyers de résidents vaudois auront été intégrés à l’enquête longitudinale du Panel suisse de ménages.

« Les populations difficiles à atteindre sont celles qui nous intéressent le plus ! » Le Prof. Felix Bühlmann a des motifs de se réjouir de la convention signée en novembre 2013 entre le Pôle de recherche national LIVES, le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS et le Département de la santé et de l’action sociale (DSAS) : grâce à cet accord, environ 800 familles résidant dans le canton de Vaud ont pu être sélectionnées pour compléter l’échantillon du Panel suisse de ménages. Les personnes à bas revenu y sont volontairement surreprésentées. La collecte de données prendra fin en avril.

Un quart d’habitants aux revenus modestes

Dans la région lémanique, on estime à 16,4% la proportion de personnes vivant sous le seuil de risque de pauvreté (établi à 60% du revenu médian), qu’elles appartiennent à la catégorie des « working poors » ou des bénéficiaires de l’aide sociale. Mais au-delà, un quart des résidents vaudois reçoivent un subside pour payer leur assurance maladie et peuvent à ce titre être considérés comme à revenu modeste. « Le but est d’obtenir une vision systématique et synthétique des trajectoires de vulnérabilité pour renforcer le dispositif de soutien. Cet objectif est en phase avec le programme de législature 2012-2017, qui entend mettre l’accent sur la prévention », explique Judith Kühr, chargée de recherche au DSAS et responsable de la coordination entre l’administration et le PRN LIVES pour ce projet.

C’est le deuxième sur-échantillonnage auquel contribue LIVES dans le cadre du Panel suisse de ménages, conduit par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS. L’autre expérience s’intéresse aux jeunes de 15 à 24 ans qui ont été scolarisés en Suisse, dont deux tiers de migrants de la 2e génération. Dans les deux cas, il s’agit de populations généralement peu représentées dans les grandes enquêtes.

En plus du questionnaire concernant le foyer dans son ensemble, qui est administré par téléphone ou en face-à-face, chaque individu composant la famille est invité à remplir ensuite un « calendrier de vie ». Cet outil permet de retracer son parcours dans différents domaines, dont le travail et la santé. La partie réservée aux relations avec les institutions a été légèrement adaptée dans le cas du sur-échantillonnage vaudois, afin d’avoir une vision plus fine des liens entre les répondants et chaque prestataire d’aide : services sociaux, chômage, assurance invalidité.

Suivi dans la durée

Le Panel suisse de ménages (PSM) vise à réinterroger les mêmes personnes chaque année pour pouvoir suivre leur évolution. Un premier échantillon court depuis 1999 et un deuxième depuis 2004. Le troisième échantillon du PSM, constitué depuis 2013 avec les apports de LIVES, permet d’apporter une perspective plus « parcours de vie » et de focaliser davantage sur la question de la vulnérabilité. Plusieurs des 14 projets LIVES ont ajouté des questions et attendent les données collectées par l’institut de sondage MIS Trend pour pouvoir mener leurs analyses.

Le canton de Vaud devrait recevoir un premier rapport début 2015, puis après chaque vague d’enquête. Cette collaboration entre une administration publique et des centres de recherches académiques est positive : « Nous avons défini les objectifs ensemble et avons trouvé des compromis pour nous adapter à une autre logique, une autre temporalité », affirme le Prof. Felix Bühlmann. Et du point de vue méthodologique, le sur-échantillonnage constitue un défi, car il nécessite de pondérer certaines observations. Cette expérience ne fera donc pas que renseigner les autorités, mais également avancer la science.

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Chercheurs en sciences sociales et médias sociaux : de faux ennemis à rapprocher

La présence du Pôle de recherche national LIVES sur les réseaux sociaux se développe. En quoi ces nouveaux médias peuvent-ils être utiles à la recherche académique, et quels sont leurs publics-cibles ?

Comme une graine longtemps contenue par l’hiver, l’audience du PRN LIVES sur Facebook et Twitter a commencé à éclore récemment avec l’engagement d’une jeune « community manager », Fiona Friedli. En un mois, le nombre d’abonnés a poussé d’environ 40%, réunissant des personnes de tous horizons. Dans le milieu de la recherche, le pari est pourtant loin d’être gagné et bien des réticences demeurent.

Au Pôle de recherche national LIVES, nous pensons que les réseaux sociaux sont des outils utiles pour le transfert des connaissances produites. Comme le remarquent Philippe Breton et Serge Proulx, sociologues de la communication, « les usager-e-s du web ne se concentrent plus exclusivement sur ce qu'ils recherchent a priori, mais se laissent porter par une curiosité diffuse à travers l'environnement informationnel ». L'enjeu est donc de capter l'attention par des informations brèves afin de rediriger ensuite les lecteurs vers des contenus plus développés.

Valoriser la recherche

L'équipe de communication de LIVES a pour objectif de valoriser le travail des chercheurs et chercheuses du pôle et d’informer les parties prenantes et le grand public. Les liens postés sur les réseaux sociaux peuvent renvoyer aussi bien à des événements, des publications scientifiques, des papiers de vulgarisation ou des articles de presse plus généralistes sur la recherche.

A la différence d'autres supports de communication, les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook ont un effet pollinisateur: lorsqu'une information touche une personne, cette dernière peut la transmette très rapidement à son propre réseau. Les médias sociaux apparaissent donc comme des canaux complémentaires à d’autres outils que nous utilisons déjà pour communiquer au sein et au-delà de l'Université.

Des réticences

Mais cette posture ne fait pas l'unanimité dans le monde académique. Chargé de recherche au CNRS, Sylvain Deville déplorait récemment dans Le Monde que contrairement aux pays anglo-saxons, les chercheuses et chercheurs français se montrent souvent hostile à l'utilisation des réseaux sociaux pour relayer des informations académiques, alors même qu’au niveau institutionnel de plus en plus de centres et laboratoires de recherche possèdent des comptes sur Twitter, Facebook, LinkedIn, etc.

Il nous semble que le manque de légitimité qui frappe les réseaux sociaux concerne en général l’ensemble des supports de communication non scientifiques. Ce qui soulève d'autres problématiques : est-il souhaitable de diffuser largement la parole scientifique, et pour ce faire de parfois simplifier le contenu des recherches ?

Scientifique et citoyen

Sur ce point nous renvoyons à un débat mené par les sociologues Cyril Lemieux, Laurent Mucchielli, Erik Neveu et Cécile Van de Velde, cette dernière étant également très active sur Twitter. Cette discussion - « Le sociologue dans le champ médiatique : diffuser et déformer ? » - revient sur les enjeux relatifs à la présence des sociologues dans la sphère médiatique, en ce qu’elle engage le sociologue à la fois en tant que scientifique et en tant que citoyen.

Erik Neveu rappelle par exemple que si aujourd'hui la médiatisation de la sociologie est croissante et que cela peut représenter pour les chercheur-e-s certains risques d'instrumentalisation ou de réduction de la parole scientifique, cela permet également « d'introduire dans les débats sociaux des éléments d’objectivation des questionnements et des problématisations qui puissent conjurer les simplismes, la fausse clarté du sens commun et les discours bien cadrés de lobbies ou d’institutions qui ont un agenda caché. »

Dialogue avec la société

Le sociologue ajoute que « ce devoir de parole vient aussi de ce que nous avons le privilège de pouvoir mener des recherches souvent passionnantes grâce aux contribuables.» Tout en soulevant finement certains points de tension avec lesquels les chercheurs et chercheuses doivent composer, Erik Neveu les invite à réaliser cet exercice exigeant : se rendre audible auprès des médias et de la société.

Consciente de ces enjeux et en phase avec le mandat du Fonds national suisse de la recherche scientifique, la direction du Pôle de recherche national LIVES entend promouvoir le dialogue entre le monde académique et la société au sens large: politique, économie, institutions, associations, médias. Un travail qui se construit grâce à la collaboration des chercheurs et chercheuses du Pôle et pour lequel il est préférable de multiplier les supports de communication. 

Pour nous suivre sur les réseaux sociaux

Références

Doctorante et déjà co-auteure d’un livre, Gaëlle Aeby performe dans la transition à l’âge adulte

Doctorante et déjà co-auteure d’un livre, Gaëlle Aeby performe dans la transition à l’âge adulte

Assistante de recherche au Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (LINES) de l’Université de Lausanne et inscrite au Programme doctoral du Pôle de recherche national LIVES, la jeune chercheuse vient de publier "Les miroirs de l’adolescence. Anthropologie du placement juvénile", une plongée dans le quotidien d’adolescents placés en foyer co-écrit avec les professeurs Laurence Ossipow et Marc-Antoine Berthod.

Alors qu’elle revenait d’un semestre à Hong Kong et était sur le point de terminer son master en sociologie à l’Université de Genève, Gaëlle Aeby a été engagée en 2007 pendant 13 mois pour s’immerger dans trois structures socio-éducatives genevoises. En Asie, elle avait questionné le rapport entre les aspirations des adolescents et les attentes parentales dans une société en mutation. Avec ce mandat, la jeune femme entrait alors de plain-pied dans le monde professionnel en s’attaquant à un sujet où la relation parents-enfants n’est guère plus évidente. Il s’agissait d’accompagner deux anthropologues sur un projet soutenu par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS): « Le travail social à l'épreuve des rites: processus identitaires et citoyenneté des adolescent-e-s placé-e-s en foyers ».

Observation participante

Cinq ans après la fin du terrain sort Les miroirs de l’adolescence. Anthropologie du placement juvénile aux éditions Antipodes, monographie réalisée sur la base de cette recherche avec Laurence Ossipow et Marc-Antoine Berthod, professeurs à la Haute-école spécialisée de Suisse occidentale et requérants du projet FNS. Ce livre est nourri par un riche matériel ethnographique récolté pendant plus d’une année d’observation participante et d’entretiens - formels et informels - tant avec les équipes éducatives qu’avec les adolescents placés. Des extraits de ces moments parsèment d’ailleurs l’ouvrage sous forme de « vignettes » et de citations qui éclairent et humanisent la réflexion théorique.

Au sein de l’équipe, Gaëlle Aeby était notamment en charge des entretiens avec les jeunes, dont elle a accompagné le quotidien pendant plusieurs mois dans chacune des structures visitées : la Tour, le Pavillon et l’Appartement. Ces foyers semi-ouverts accueillent des adolescents âgés de 14 à 18 ans soit à la suite de délits mineurs, soit en raison de carences familiales. Une distinction finalement peu importante puisque, comme le relève la chercheuse, « les jeunes placés en institution ont tous en commun une situation difficile, et la petite délinquance est souvent révélatrice de problèmes familiaux. »

Des moment de rite comme autant de miroirs

La recherche se concentre principalement sur les moments ritualisés - au quotidien pendant les repas, dans le processus éducatif à travers les réunions collectives ou les entretiens individuels de suivi, lors des sorties en groupe comme le camp de ski et des moments festifs liés aux anniversaires ou certaines dates clés du calendrier. Ces séquences de rituels – ces « miroirs » - sont autant d’occasions d’examiner comment les adolescents interagissent avec leurs éducateurs et leurs camarades, renégocient les règles et intègrent les apprentissages. « Le fait d’être présent dans la vie de tous les jours sur un certain laps de temps permet de faire émerger des logiques qui n’apparaîtraient pas dans les discours rationnalisés. Quand les gens parlent dans une interview, ils ne décrivent pas toute la complexité de leur vécu. C’est dans le « faire » et non dans le « dire », dans les petits gestes, que l’on décèle cette densité, ce d’autant plus à une période de transition aussi chargée que le passage à l’âge adulte », soutient Gaëlle Aeby.

L’éditeur décrit ce livre comme « une analyse anthropologique originale du placement juvénile qui intéressera le monde professionnel directement aux prises avec les réalités de ces adolescentes et de ces adolescents souvent issus de groupe socio-économiques défavorisés. Les réflexions proposées intéresseront également le monde des sciences sociales soucieux de comprendre la façon dont les institutions articulent des vécus singuliers aux attentes politiques et sociales qui pèsent sur une partie de la jeunesse. »

Lacunes institutionnelles

Depuis la parution, Gaëlle Aeby a retrouvé environ la moitié des vingt-sept jeunes cités dans la recherche pour leur offrir le livre. « Certains ont l’air d'aller bien, d’autres non. Plusieurs disent que ce passage en foyer leur a offert un répit, un temps pour réfléchir, se responsabiliser, se positionner. » Elle souligne néanmoins que l’absence de suivi après la majorité est un problème préoccupant : « Les lacunes institutionnelles sont énormes pour les 18-25 ans, au cours de ces années cruciales de transition. »

L’expérience de cette recherche aura aussi marqué le propre passage à l’âge adulte de Gaëlle Aeby. Elle en garde « un intérêt pour les vies individuelles, pour le suivi des gens et pour les ressources qu’ils mobilisent ». La jeune chercheuse a enchaîné depuis avec une étude sur les familles recomposées. Et son projet de thèse s’articule maintenant autour de la question des réseaux personnels dans les parcours de vie. Les miroirs de l’adolescence reflètent un début de carrière bien prometteur.

  • Laurence Ossipow, Marc-Antoine Berthod, Gaëlle Aeby
    Les miroirs de l'adolescence. Anthropologie du placement juvénile
    Editions Antipodes, 2014
La notion d'âge dans les politiques sociales: demi-journée d'étude le 14 mai 2014 à Lausanne

La notion d'âge dans les politiques sociales: demi-journée d'étude le 14 mai 2014 à Lausanne

Le Prof. Jean-Pierre Tabin accueillera notamment Cécile Van de Velde, Maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), et Toni M. Calasanti, Professeure à Virginia Tech, affiliée au Centre de gérontologie et aux études genre. L'introduction sera assurée par le Prof. Dario Spini, Directeur du Pôle de recherche national LIVES.

Le législateur se fonde fréquemment sur des catégorisations par âge pour organiser le droit. Par exemple, la scolarité est obligatoire durant un intervalle d'âges, l'emploi ou les droits civiques ne sont ouverts qu'à un âge déterminé, la sexualité est légale à partir d'un certain âge seulement.

Les politiques sociales ne font pas exception à cette règle, puisque les droits à un revenu de l'assistance ou à une rente de retraite sont liés à des seuils d'âge.

Les débats sur les politiques sociales se concentrent en général sur la définition des seuils (à partir de quel âge une personne peut-elle toucher un revenu d'assistance ? à partir de quel âge une personne peut-elle recevoir une pension de retraite ?), mais ne portent guère sur l'existence de catégories d'âge ouvrant des droits et des obligations spécifiques.

La réflexion que nous proposons dans cette demi-journée scientifique porte sur les conséquences sociales de la catégorisation par âge.

  • L'existence de ces catégorisations par âge a quelle incidence sur les comportements ?
  • Quelles sont les conséquences sur les politiques sociales du fait d'être tributaires d'une pensée par catégorie d'âge ?
  • En quoi l'âge est-il un rapport social ?

Informations pratiques

Cette demi-journée scientifique sur « L'âge dans les politiques sociales » aura lieu le mercredi 14 mai 2014 dès 14h à la Haute école de travail social et de la santé - EESP, chemin des Abeilles 14 à Lausanne.

Elle est organisée par le Prof. Jean-Pierre Tabin en collaboration avec Anne Perriard dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie, et plus spécifiquement de l'IP5 (Surmonter la vulnérabilité face au chômage : possibilités et limites des politiques sociales dites "actives").

Après une introduction du Prof. Dario Spini, Directeur du Pôle de recherche national LIVES, nous aurons notamment la chance de pouvoir entendre des conférences de Cécile Van de Velde, Maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), et de la Prof. Toni M. Calasanti, Professeure à Virginia Tech, affiliée au Centre de gérontologie et aux études genre.

Cet événement est soutenu par le Domaine Travail social de la HES-SO et par la Haute école de travail social et de la santé - EESP Lausanne, en collaboration avec l'école doctorale "Age and Gender" du programme doctoral en études genre de la Conférence universitaire de Suisse occidentale (CUSO).

La participation est gratuite, mais l'inscription est obligatoire à l'adresse: www.eesp.ch/polsoc-info avant le 28 avril 2014.

RTR

Quelle implication pour les sciences sociales de la nouvelle loi sur la recherche sur l’être humain ?

Le Prof. Bernard Hirschel (HUG), président de la Commission cantonale d’éthique et sciences sociales, est l'invité de la Prof. Claudine Burton-Jeangros, cheffe de l'IP10 du PRN LIVES, le jeudi 27 mars 2014 à 17h30 à l'Université de Genève, salle 6220 du bâtiment Uni‐Mail.

Suite à l’entrée en vigueur le 1er janvier 2014 de la loi relative à la recherche sur l’être humain, s’est mise en place une Commission cantonale d’éthique de la recherche. Dans le cadre du séminaire « Santé, risques et institutions », le Département de sociologie de la Faculté des sciences de la société de l’Université de Genève a invité le président de cette commission à venir présenter les implications de cette loi pour les recherches en sciences sociales.

Cette séance d’information s'inscrit notamment dans le cadre de l'IP10 du Pôle de recherche national LIVES : Trajectoires de santé et transitions de vie: La vulnérabilité liée à la santé selon une approche parcours de vie. Elle est ouverte à toute personne intéressée.

Contact : Prof. Claudine BurtonJeangros

 

© éditions d'en bas

« Lutter contre les pauvres. Les politiques face à la mendicité dans le canton de Vaud »

Jean-Pierre Tabin et René Knüsel, avec la collaboration de Claire Ansermet, publient un livre aux Editions d’En Bas qui présente notamment les résultats d’une enquête de terrain sur les Roms à Lausanne. Sous forme d’essai, les auteurs s’interrogent sur les réactions négatives que les mendiants provoquent dans notre société. L’édition a bénéficié du soutien du Pôle de recherche national LIVES.

Présentation de l’éditeur :

« Comment expliquer que la présence dans les rues de certaines villes de quelques dizaines de personnes qui mendient suscite autant de réactions négatives? D’où vient cette méfiance face à la mendicité? Pourquoi ce sujet est-il à l’agenda politique en Suisse et en Europe? Qui sont les personnes qui mendient à Lausanne? Comment vivent-elles?

Ce livre cherche à répondre à ces questions en explorant tout d’abord l’histoire de la pauvreté, de la mendicité et du vagabondage dans nos sociétés. Avec la sécularisation de l’assistance sociale, depuis le Moyen-Âge, l’idée que les personnes qui demandent la charité n’ont pas leur place dans la société s’est progressivement installée. Les auteurs proposent ensuite une analyse de la construction du « problème » de la mendicité par les autorités législatives, judiciaires et administratives en Suisse, et plus particulièrement dans le canton de Vaud.

Au regard d’un traitement médiatique souvent caricatural, l’ouvrage présente enfin les résultats d’une enquête de terrain à Lausanne fondée sur des entretiens avec des personnes en contact avec la mendicité et avec ceux et celles qui la pratiquent, ainsi que sur des observations systématiques. En conclusion, selon les auteurs, aucune politique adéquate ne sera possible sans impliquer les personnes qui mendient comme des partenaires et des êtres humains à part entière. »

  • Jean-Pierre Tabin est professeur à la Haute école de travail social et de la santé EESP Lausanne (HES·SO) et membre de l’IP5 du PRN LIVES
  • René Knüsel est professeur à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne
  • Claire Ansermet est collaboratrice de recherche à la Haute école de la santé Vaud (HESAV, HES·SO)

Jean-Pierre Tabin, René Knüsel, avec la collaboration de Claire Ansermet
Lutter contre les pauvres. Les politiques face à la mendicité dans le canton de Vaud, Editions d’En Bas, 2014, 152 p.

Une doctorante LIVES gagne un prix au congrès de la Société Suisse de Gérontologie

Une doctorante LIVES gagne un prix au congrès de la Société Suisse de Gérontologie

Stefanie Spahni a remporté le prix du meilleur poster, doté de 2500 francs, lors du congrès annuel de la SSG les 30 et 31 janvier 2014 à l’Université de Fribourg. La Prof. Pasqualina Perrig-Chiello a donné une des conférences d’ouverture du congrès, le Prof. Michel Oris celle de clôture.

Le congrès biannuel 2014 de la Société Suisse de Gérontologie portait sur « Vivre les transitions, les préparer, les accompagner ». Un thème très « parcours de vie », où plusieurs membres de LIVES ont présenté des travaux.

Doctorante au Pôle de recherche national LIVES dans l’IP12 et l’IP13, Stefanie Spahni de l’Université de Berne a été récompensée pour son poster intitulé « Verwitwung im Alter damals und heute" (Veuvage au 3e âge, passé et présent). Avec ses co-auteurs Pasqualina Perrig-Chiello et François Höpflinger, elle y compare des données récoltées en 1979 et 2011 auprès de personnes âgées ayant perdu leur conjoint-e.

Son analyse montre que le niveau de santé psychique et physique des personnes veuves de plus de 65 ans est globalement le même aujourd’hui qu’il y a trente ans en arrière pour des personnes du même âge. Comme en 1979, les symptômes dépressif concernent toujours davantage les femme que les hommes.

Par contre, les femmes âgées de 1979 souffraient d’avantage de solitude qu’en 2011, où elles rapportent ce sentiment beaucoup moins que les hommes. Entre les deux époques, le changement plus marquant pour les deux sexes est la diminution des problèmes financiers.

Le congrès de la SSG réunit des chercheurs, des politiques, des responsables d’administration et des représentants d’organisations non gouvernementales. La Prof. Pasqualina Perrig-Chiello, cheffe de l’IP12 et directrice de thèse de Stefanie Spahni, a donné une conférence d’ouverture sur le thème des « Transitions biographiques : à modèles anciens contenus nouveaux ». La conférence de clôture a été assurée par le Prof. Michel Oris, co-directeur de LIVES et chef de l’IP13, intitulée « Transitions et vulnérabilités au grand âge en Suisse. Résultats de l’enquête VLV ».

Image Thinkstock

Une saison cinématographique sur les parcours de vie

En collaboration avec les ciné-clubs UNIL-EPFL et la Cinémathèque suisse, le Pôle de recherche national LIVES organise un cycle de projections au semestre de printemps 2014. L'inauguration aura lieu au cinéma Le Capitole de Lausanne le 26 février. Les séances auront ensuite lieu en alternance à l'UNIL et à l'EPFL. Des chercheurs et chercheuses seront présents pour animer le débat. Voir la liste complète des films. ENTREE LIBRE

PROGRAMME

  • 26 février – 20:30 (apéritif dès 19:30)
    Cinéma Le Capitole, Lausanne
    Mr. Nobody
    Belgique, France, Canada, Allemagne – 2009 – 139’ – v.o. s-t fr
    De Jaco van Dormael
    Avec Jared Leto, Sarah Polley, Diane Kruger
    Nemo (Jared Leto), dernier être humain à mourir de cause naturelle, se remémore ses passés. En effet, suite à un traumatisme émotionnel, le héros semble avoir emprunté plusieurs voies qui l’ont mené dans des lieux et existences des plus hétéroclites.
    Introduction au thème des parcours de vie : Laura Bernardi, Vice-Directrice du PRN LIVES
  • Mercredi 5 mars – 17:30
    UNIL Unithèque 4215
    La ballade de Narayama
    Japon – 1983 – 130’ – v.o. s-t fr.
    De Shohei Inamura
    Avec Ken Ogata, Sumiko Sakamoto, Takejo Aki, Tonpei Hidari, Seiji Kurasaki
    Une femme de 69 ans doit se résigner à suivre la coutume voulant que les personnes âgées de 70 ans aillent mourir au sommet du Narayama, « la montagne aux chênes ». Elle est pourtant encore en pleine forme…
    Discutant : Dario Spini, Directeur du PRN LIVES
  • Mercredi 12 mars – 17:30
    EPFL Polydôme
    Big Fish
    Etats-Unis – 2003 – 125’ – v.o. s-t fr.
    De Tim Burton
    Avec Ewan McGregor, Albert Finney, Billy Crudup, Jessica Lange, Alison Lohman, Helena Bonham Carter, Marion Cotillard
    Un homme mourant raconte sa vie sous forme d'histoires complètement rocambolesques et féériques à son fils qui le prend pour un menteur. Mais les histoires sont-elles vraiment des mensonges ? Ici tout est une question d'imagination et de proportions.
  • Mercredi 19 mars – 17:30
    UNIL Unithèque 4215
    Histoire du chat et de la lune (animation)
    Portugal – 1995 – 6’ – version française
    De Pedro Serrazina
    Un poème, une histoire de silence et de complicité. Ombre et lumière, l’appel de la nuit, la lune pour passion... L'histoire de rêves qui se réalisent.
    Lisboetas (documentaire)
    Portugal – 2004 – 100’ – v.o. st anglais
    De Sérgio Tréfaut
    Un poignant documentaire musical sur la vague d’immigration qui a changé le Portugal au tournant du siècle. « Lisboetas » est une fenêtre ouverte sur de nouvelles réalités : modes de vie, droits, cultes religieux, identités. Un voyage vers une ville inconnue.
    Discutante : Ana Barbeiro, Doctorante LIVES
  • Mercredi 26 mars – 17:30
    EPFL Polydôme
    Murarz (court-métrage)
    Pologne – 1973 – 18’ – v.o. s-t. fr.
    De Krzysztof Kieslowski
    Avec Jozef Malesa
    Le film met en avant la vision d’un Polonais face au communisme après la mort de Staline, période dite de « déstalinisation ». Il retrace ses espérances et ses désillusions, marquées par le totalitarisme du régime en place et une volonté d'émancipation.
    Le Personnel
    Pologne – 1975 – 72’ – v.o. s-t. fr.
    De Krzysztof Kieslowski
    Avec Juliusz Machulski, Michal Tarkowski, Wlodzimierz Borunski
    Romek, un jeune homme de 17 ans, est engagé à l’opéra comme tailleur. Avec lui nous découvrons l’envers du décor. Un bon exemple où Kieslowski vise à recréer la réalité, la fiction devenant l’échappatoire idéale pour montrer la vie, ses travers, sans risquer d’y être réellement confronté.
  • Mercredi 2 avril – 17:30
    UNIL Unithèque 4215
    Sean (documentaire – court-métrage)
    Etats-Unis – 1970 – 14’ - v.o.
    Following Sean (documentaire)
    Etats-Unis – 2005 – 87’ - v.o. s-t fr.
    De Ralph Arlyck
    Avec Ralph Arlyck, Sean Farrell
    En 1969 à San Francisco, Ralph Arlyck filme un petit garçon de 4 ans. Sean parle de son quotidien dans une famille hippie, entouré d’accros aux amphétamines. Trente ans plus tard, le réalisateur retrouve le gamin. Mais les choses n’ont pas tourné comme on aurait pu le prévoir.
    Discutant : Pierre Bataille, Doctorant LIVES
  • Mercredi 9 avril – 17:30
    EPFL Polydôme
    Four Friends
    Etats-Unis – 1981 – 115’ - v.o. s-t fr.
    De Arthur Penn
    Avec Craig Wasson, Jodi Thelen, Jim Metzler, Tom Donaldson, Michael Huddleston, Reed Birney, Julia Murray, Elizabeth Lawrence
    "Four Friends" retrace l’histoire souvent drôle, parfois tragique, de Georgia et des ses trois compères masculins. Tous amoureux d’elle, ils choisissent des chemins différents afin de la séduire, et par cela ils modifient le cours de leurs vies.
  • Mercredi 16 avril – 17:30
    UNIL Unithèque 4215
    Dayereh
    Iran, Italie, Suisse – 2000 – 90’ – v.o. s-t fr.
    De Jafar Pahani
    Avec Nargess Mamizadeh, Maryiam Parvin Almani, Mojgan Faramarzi, Elham Saboktakin, Monir Arab
    Le film suit le destin de trois ex-prisonnières à Téhéran. Il traite des difficultés de ces femmes soumises aux hiérarchies et aux règles de la société iranienne, symbolisées par l'inclusion ou l'exclusion, par l'accès ou l'interdiction d'accès aux différents espaces de la ville.
    Discutante : Hannah Klaas, Doctorante LIVES
  • Mercredi 30 avril – 17:30
    EPFL Polydôme
    Monty Python: The Meaning of Life
    Etats-Unis – 1983 – 107’ - v.o. s-t fr.
    De Terry Jones
    Avec Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Eric Idle, Terry Jones, Michael Palin
    Les vieux employés d'une compagnie d'assurances se révoltent contre les jeunes loups qui les asservissent. Telle est la séquence d'ouverture de cette satire loufoque sur l'existence, de la vie à la mort, en passant par la religion, le mariage, la guerre...
  • Mercredi 7 mai – 19 :00
    La Grange de Dorigny
    Projection des courts-métrages du concours Haut & Court et remise des prix
  • Mercredi 14 mai – 17:30    En présence de la réalisatrice
    UNIL Unithèque 4215
    Rodicas (documentaire)
    Allemagne – 2012 – 53’ – v.o. s-t anglais
    De Alice Gruia
    Avec Rodica Gruia, Rodica Grill
    Immigrantes à Sydney, Rodica Gruia et Rodica Grill sont deux amies âgées de près de 90 ans qui mènent une vie incroyablement active. Sans cesse en train de bavarder, elles passent comme des adolescentes du shopping au café et à la gym. Deux destins remplis d’humour, d’énergie et de sagesse
  • Mercredi 21 mai – 17:30
    EPFL Polydôme
    Angst Essen Seele auf
    Allemagne – 1974 – 89’ - v.o. s-t fr.
    De Rainer Werner Fassbinder
    Avec Brigitte Mira, El Hedi ben Salem, Barbara Valentin, Irm Hermann
    Emmi, femme de ménage veuve d'une soixantaine d’années, et Ali, immigré marocain vingt ans plus jeune qu'elle, tombent amoureux dans l'Allemagne des années 70. La violence des préjugés de leur entourage ne tardera pas à produire ses effets...
    Discutante : Stephanie Glaeser, Doctorante LIVES
  • Mercredi 28 mai – 17:30
    UNIL Unithèque 4215
    The Devil and Daniel Johnston (documentaire)
    Grande-Bretagne – 2005 – 110’ - v.o. s-t fr.
    De Jeff Feuerzeig
    Avec Daniel Johnston, Mabel Johnston, Bill Johnston
    Portrait mêlant images d’archives et images récentes, de l'Américain Daniel Johnston, artiste maudit, songwriter culte et illustrateur, qui souffre de maniaco dépression.

Voir aussi le site des ciné-clubs UNIL-EPFL et le site de la Cinémathèque suisse

"Lives in Translation: Life Course Research and Social Policies" (SLLS International Conference)

"Lives in Translation: Life Course Research and Social Policies" (SLLS International Conference)

The 5th annual conference of the Society for Longitudinal and Life Course Studies (SLLS) will take place from 9 to 11 October 2014 at the University of Lausanne. The Swiss National Centre of Competence in Research LIVES is the local organiser. Call for papers and symposia is running until March 31.

Although the overall conference theme will focus on social policy this year, we welcome conference submissions from all areas of longitudinal and life course studies: physical, psychological, social developmental and ageing processes and functioning within and across life course stages from infancy to old age; methods and findings of cohort studies; other sources of longitudinal data such as panel studies and record linkage;  international comparisons; household, and income dynamics; intergenerational transfers and returns to learning; gene-environment interactions; ‘mixed’, and comparative methods; innovative methodology in design, measurement, data management, analysis and research practice (quantitative and qualitative).

Proposals are sought for three kinds of conference presentation:

  1. A symposium comprising at least 3 papers to be presented in a one and a half hour session or a series of two sessions. For each symposium suggested we require an overall abstract of no more than 300 words plus an abstract of no more than 300 words for each paper. Please provide names and professional affiliations for all presenters.
  2. An individual paper for oral presentation for which an abstract of no more than 300 words is required.**
  3. A poster presentation for which an abstract of no more than 200 words is required.

** Papers which do not fit into regular sessions may be allocated to Round Table discussion groups or presented as posters.

Please submit abstracts to Cat Westlake (cwestlake@slls.org.uk) using the form below by March 31st 2014

Abstract Submission Form

All contributors will be notified of the conference committee’s decision by May 31st 2014.

More information about the conference and conference accommodation will be posted on the SLLS website as it becomes available.

The fee for conference registration will be discounted for SLLS members so please consider joining if you have not already done so! Please visit the membership pages of this website for full details and a membership form to complete on-line.

The Society’s journal, Longitudinal and Life Course Studies, will be a possible outlet for the publication of conference papers.

Cycle de conférences sur l'éducation et la vulnérabilité à l'Université de Lausanne

Cycle de conférences sur l'éducation et la vulnérabilité à l'Université de Lausanne

Le Pôle de recherche national LIVES soutient le Laboratoire de sociologie de l’éducation de l’Université de Lausanne, qui a invité une série d'intervenants du 25 février au 29 avril 2014, chaque dernier mardi du mois entre 17h30 et 19h00.

Au programme:

  • 25 février
    Université de Lausanne, Géopolis, Salle 2207
    « Tous ou les meilleurs ? » Les tensions entre les objectifs de démocratisation de l’accès et de production de l’élite dans l’enseignement supérieur occidental depuis 1945
    Prof. Jean-Emile Charlier, Faculté des sciences économiques, politiques, sociales et de communication, UCL Mons, Belgique
  • 25 mars
    Université de Lausanne, Géopolis, Salle 2207
    Pourquoi l’injure homophobe reste-t-elle au top du top ? Quand l’hétérosexisme rend vulnérable
    Dre Caroline Dayer, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation, UNI GE
  • 29 avril
    Haute-Ecole de Pédagogie (HEP), Lausanne, salle B21-313
    L’insertion des jeunes vulnérables à l’aune des capabilités
    Prof. Jean-Michel Bonvin, Haute école de travail social et de la santé - EESP Lausanne
Photo Stramatakis©UNIL

La troisième édition des doctoriales LIVES aura lieu à Lausanne les 13 et 14 février 2014

Pendant deux jours, quarante-huit participant-e-s à l’Ecole doctorale du Pôle de recherche national LIVES présenteront leur projet de thèse. Trente expert-e-s sont attendu-e-s pour commenter leur travail. La conférence inaugurale sera donnée par Costanzo Ranci, professeur de sociologie à l’Ecole polytechnique de Milan.

Les quinze sessions des Doctoriales 2014 porteront sur des thématiques aussi variées que le monde du travail, le vieillissement, les politiques sociales, la famille, la formation, la santé, le chômage et les méthodes de l’étude des parcours de vie.

Les doctorant-e-s y présenteront l’avancement de leur recherche, pour certain-e-s dans la dernière ligne droite avant la thèse. Les experts sont pour moitié des membres seniors du PRN LIVES, pour moitié des invités provenant des disciplines clés (sociologie, psychologie, démographie, politique sociale, etc.)

Lors de la conférence inaugurale, le Prof. Costanzo Ranci abordera la question de la « Vulnérabilité sociale dans les villes européennes à l’époque de l’austérité : dynamiques structurelles et rôle des services sociaux locaux ». Son analyse est tirée des résultats du projet européen WILCO, mené en 2011-2012 dans dix pays européens.

Photo Hugues Siegenthaler

En Suisse, les inégalités dans les trajectoires individuelles de santé ne se creusent pas

Dans sa thèse de doctorat défendue le 12 décembre 2013 à Genève, Stéphane Cullati questionne le modèle des Avantages et/ou Désavantages Cumulés, et lui trouve moins de pertinence en Suisse qu’aux Etats-Unis. Son théoricien, Dale Dannefer, était présent pour en débattre.

Stéphane Cullati peut aujourd’hui se prévaloir du titre de docteur en sociologie pour une thèse par articles sur les trajectoires de santé de la population adulte en Suisse. Une revue systématique de la littérature vient d’être publiée dans le journal Advances in Life Course Research. Les trois autres papiers sont des études empiriques utilisant des données du Panel Suisse de ménages, avec différents échantillons et plusieurs méthodes d’analyse.

Sa thèse confirme que les facteurs socio-économiques influencent les trajectoires de santé. Cependant, « dans le contexte helvétique, il a été montré que le modèle des Avantages et /ou Désavantages Cumulés ne trouvait qu’un faible soutien empirique », possiblement en raison « du contexte du marché du travail et de la politique nationale de santé en Suisse ».

Lors de la défense publique de sa thèse, le 12 décembre au Centre interfacultaire de gérontologie et d’études des vulnérabilités, Stéphane Cullati a été vivement félicité par les cinq membres du jury, qui lui ont également soumis de nombreuses questions.

Le Prof. Dale Dannefer, de la Case Western Reserve University à Cleveland (USA), a déclaré qu’il s’agissait là d’une « thèse impressionnante et d’une excellente contribution à la littérature ».

Au sein du PRN LIVES, le Prof. Gilbert Ritschard a parlé d’un travail « très clair » avec « des outils avancés pas faciles à utiliser ». La directrice de thèse, la prof. Claudine Burton-Jeangros, s’est réjouie de cette contribution « à l’intersection de l’épidémiologie et des sciences sociales », dont les conclusions montrent que face à la vulnérabilité, « des mécanismes de compensation existent ».

Les questions ont notamment porté sur la pertinence de la mesure de santé générale auto-rapportée dans les enquêtes de panel, et sur la durée relativement courte du suivi longitudinal (moins de dix ans pour chacune des études empiriques). De quoi donner du travail à Stéphane Cullati pour la suite de sa carrière, qui se poursuivra à Londres dès l’été prochain, au International Centre for Lifecourse Studies in Society and Health.

Le Pôle de recherche national LIVES parraine le concours Haut & Court

Le Pôle de recherche national LIVES parraine le concours Haut & Court

Les ciné-clubs UNIL-EPFL organisent une compétition de courts-métrages avec plusieurs prix à la clé. Deux récompenses de 600 francs iront à des œuvres réalisées sur le thème « Bifurcations ». Elles seront remises par la direction de LIVES, pôle de recherche spécialisé dans l’étude interdisciplinaire des parcours de vie, lors du festival Fécule le 7 mai 2014.

Le semestre de printemps 2014 sera très cinématographique pour le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité : perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Basé en grande partie à l’Université de Lausanne, ce centre de recherche s’est allié avec les Ciné-clubs UNIL-EPFL pour proposer une saison de projections consacrée aux parcours de vie, sujet inépuisable du 7e art. En bonus, ce partenariat se prolongera dans le concours annuel de courts-métrages Haut & Court organisé par les mêmes ciné-clubs dans le cadre du festival Fécule des cultures universitaires.

« Bifurcations »

Le thème de la compétition officielle est « Bifurcations », un concept très présent dans l’étude des parcours de vie, indiquant les moments où la trajectoire des individus change de direction en raison d’un événement attendu ou inattendu. Les bifurcations dans le parcours de vie peuvent intervenir dans le cadre familial ou professionnel, elles peuvent aussi être liées à la migration ou à la santé, autant de domaines de la vie auxquels s’intéressent tout particulièrement les recherches du PRN LIVES.

Le délai pour la remise des projets (courts-métrages de 6 minutes maximum) est fixé au 18 avril 2014. Un jury composé de professionnels du cinéma et de représentants du PRN LIVES sélectionnera deux lauréats qui remporteront un chèque de 600 francs lors de la soirée de projection des œuvres en compétition, le 7 mai à la Grange de Dorigny dans le cadre du festival Fécule. Un autre prix de 300 francs sera attribué à une troisième œuvre dans la catégorie « compétition à thème libre ». Plusieurs prix en nature sont également prévus.

Une saison sur les parcours de vie

Le cycle sur les parcours de vie débutera quant à lui le mercredi 26 février 2014 au cinéma Le Capitole à Lausanne, avec la projection de Mr. Nobody de Jaco Van Dormael (2010), un film d’anticipation retraçant la vie d’un homme de 118 ans qui se trouve être le dernier humain sur Terre. Cette inauguration, dans la salle mythique du centre-ville, est organisée par les ciné-clubs UNIL-EPFL en collaboration avec la Cinémathèque suisse. Le thème de cette série sur les parcours de vie y sera présenté par la vice-directrice du PRN LIVES, la Prof. Laura Bernardi.

Les projections suivantes auront lieu chaque mercredi du 5 mars au 28 mai en alternance à l’EPFL et à l’UNIL. Le programme complet est en cours d’élaboration et sera diffusé prochainement. Des chercheurs et chercheuses du PRN LIVES seront présents à plusieurs de ces soirées pour faire le lien entre les films et la recherche, et débattre avec le public. Entrée libre à tous ces événements.

> http://cineclub.epfl.ch

> www.hautetcourt.ch

Photo Olivia Och

"Des principes à la pratique" : la sensibilisation aux questions de genre a été un vrai succès

Virginia Valian, professeure de psychologie au Hunter College de New York, et Denise Sekaquaptewa, professeure de psychologie à l’Université du Michigan, étaient les invitées des universités de Genève et de Lausanne du 27 au 29 novembre 2013. Leur mission : transmettre quelques outils de promotion de l’égalité aux hiérarchies des deux institutions et autres milieux concernés. Une initiative du Pôle de recherche national LIVES et des Bureaux de l’égalité des universités, à retrouver également en version audio.

Aéroport de Genève, lundi 25 novembre au matin. Virginia Valian est attendue avec le petit carton à son nom prêt à être brandi. Soudain une petite dame en long manteau sombre déboule, valise à roulettes au poing. D’après les photos, c’est elle. Mais pas le temps de montrer le carton, il faut vite la rattraper. Malgré le jetlag, cette chercheuse chevronnée pose déjà des questions. Un peu de repos dans son hôtel, et dès la fin de matinée nous enchaînons les questions-réponses.

La professeure de psychologie ne vient pas seulement pour dire ce qu’elle sait. Elle vient pour partager un savoir, pour échanger, mais aussi pour comprendre comment la promotion des femmes fonctionne en Suisse, dans nos institutions. Nous causons statistiques, étapes de la progression des carrières universitaires, Programme fédéral Egalité, recherches, plans d’actions égalité. Très vite, elle comprend la complexité de notre système. Toujours très curieuse, et surtout avec cette envie de pouvoir toucher son public, elle demande qui seront précisément les personnes qui vont assister au premier atelier prévu le surlendemain. Elle rentre à l’hôtel avec une pile de notes et de documents à compulser.

Mardi 26 novembre, c’est Denise Sekaquaptewa qui débarque. Grande mince, très posée, elle observe et questionne également. Nous allons voir la salle et préparons la séance du lendemain, parlons organisation de l’espace autant qu’égalité… Elles rentrent pour mettre au point leurs interventions.

Participation de haut-niveau

Mercredi 27 novembre, 13h15, c’est le jour J dans la salle 408 du bâtiment Uni Dufour de l’Université de Genève. Vingt-sept personnes sont présentes : le rectorat dans son ensemble, les doyen-ne-s ou leurs remplaçant-e-s, des professeur-e-s, parmi lesquels le co-directeur et des chercheurs du PRN LIVES, ainsi que quelques membres du corps intermédiaire plongés dans la thématique.

Les deux conférencières puisent de nombreux exemples dans plusieurs recherches sur les perceptions des différences de genre, ainsi que dans leur propre expérience de la promotion de l’égalité. Les participant-e-s posent des tas de questions, discutent beaucoup durant les moments de travail en groupe.

Le jour suivant à l’Université de Lausanne (UNIL), salle du Château de Dorigny, trente-et-une personnes ont répondu au même appel : une doyenne, beaucoup de professeur-e-s, dont le directeur et la vice-directrice du PRN LIVES et d’autres membres du pôle. A nouveau les questions fusent, la matinée est très interactive.

Le soir, après une introduction très engagée par le recteur de l’UNIL et la vice-rectrice pour la relève académique et la diversité - elle-même aussi membre de LIVES, Virginia Valian s’adresse à un plus large public, très majoritairement féminin. Sa conférence est intitulée du même nom que son best-seller paru en 1998 : « Why so slow ? » (Pourquoi si lentement ?)…

Former les formateurs

Vendredi 29 novembre enfin, toujours à Lausanne, c’est au tour de l’atelier de formation des formateurs d’être mené tambour battant par les deux chercheuses avec une quarantaine de participant-e-s venu-e-s de toute la Suisse, impliqué-e-s dans des programmes « égalité » aux niveaux universitaire, fédéral ou cantonal. Des tuyaux sont échangés, des contacts noués.

Durant cette rencontre, Denise Sekaquaptewa explicite la manière de travailler à l’Université du Michigan. Elle évoque par exemple le Stride Committee du programme ADVANCE, composé d’une douzaine de membres issus de toutes les facultés, des directions de département, des doyen-ne-s et autres professeur-e-s, amenés à siéger dans des commissions de nomination: « Nous étions avant cela déjà toutes et tous concernés par les questions d’égalité, mais ce que nous avons réalisé en nous réunissant, quand nous avons vraiment commencé à regarder les chiffres et à nous écouter les uns les autres, c’est que nous ne savions pas vraiment ce qui se passait. En réalité, nous étions assez naïfs… »

Que retenir ?

Les deux chercheuses rejettent quelques affirmations communément admises pour expliquer la stagnation des carrières féminines.

  • Inertie démographique, qui aboutirait au fait que les hommes sont toujours au top et les femmes en bas, mais que le temps fera son affaire.
    Pour elles, il faut au contraire être proactif, car il n’y a pas assez de femmes dans le pipeline.
  • Répartition inégale des tâches, qui fait que les femmes sont débordées, ne veulent pas de responsabilités.
    Faux, car les femmes sans charge familiale ne progressent pas forcément mieux.
  • On affirme qu’elles s’intéressent moins à la recherche, qu’elles changent vite d’intérêt…
    On ne peut pas émettre ce jugement sans regarder le contexte parfois très hostile dans lequel les chercheuses évoluent.
  • Les femmes ne savent pas négocier correctement, c’est pour cela qu’elles ne percent pas.
    Faux, car même quand elles négocient bien, on constate que les femmes sont moins écoutées, peu valorisées, voire plus pénalisées que les hommes.

Virginia Valian évoque la question des « schémas », qu’elle préfère au terme « stéréotype » car c’est un concept plus large. Les études expérimentales prouvent que les femmes elles-mêmes sous-estiment les autres femmes et jugent négativement celles qui se distinguent. La psychologue souligne aussi que ceux et celles qui nient l’existence d’inégalités sont également plus nombreux à avoir une opinion défavorable des compétences féminines.

Selon Denise Sekaquaptewa, « la recherche montre que quelque soit le groupe social auquel on appartient, nous avons tous tendance à traiter les gens différemment en fonction de leur groupe social, qu’il s’agisse d’ethnicité, de genre, d’orientation sexuelle ou de handicap. Nous sommes tous sujets à des biais inconscients ». C’est ainsi que les femmes, en tant que personnes minoritaires, vont être davantage observées, perçues comme différentes et enfermées dans des rôles convenus.

Les petites rivières font ainsi les grands océans d’injustice : l’accumulation rapide des avantages permet aux hommes de progresser plus vite dans leur carrière, alors que les femmes cumulent les pénalités.

Rôle d'impulsion à jouer

Pour les deux chercheuses, on ne souligne pas assez que les équipes de travail mixtes réussissent mieux. Il faut dire et redire ces avantages, et les hiérarchies ont vraiment un rôle d’impulsion à jouer.

« Nous n’avons pas à nous sentir coupables des schémas de genre. Nous en avons tous (…). Mais nous devons prendre la responsabilité de changer », a claironné Virigina Valian lors de sa conférence publique, invitant les universitaires de sexe masculin à modifier quelques habitudes : regarder les femmes quand elles parlent, prévoir davantage d’intervenantes féminines dans les conférences, les nominer plus souvent pour des prix. Quant aux directions des institutions, le suivi de tableaux de bord et la mise sur pied de groupes de pilotage peuvent déjà faire beaucoup pour que la prise de conscience aille au delà de la simple bonne volonté.

Brigitte Mantilleri, Déléguée à l'égalité de l'Université de Genève
(avec EMC)

Une opération montée par le PRN LIVES (Nicky Le Feuvre, Floriane Demont, Sylvie Burgnard, Emmanuelle Marendaz Colle), le Bureau de l'égalité de l'UNIL (Stefanie Brander, Carine Carvalho) et le Bureau de l'égalité de l'Université de Genève (Brigitte Mantilleri, Olivia Och)

Prix pour un mémoire de master "LIVES" sur le bonheur conjugal à long terme à l’Université de Berne

Prix pour un mémoire de master "LIVES" sur le bonheur conjugal à long terme à l’Université de Berne

Depuis 2011, le prix de l’avancement de l’Université du 3e âge de Berne est attribué annuellement à une recherche particulièrement méritante sur le thème de l’âge et du vieillissement. Cette année, la récompense de 10'000 francs va à Jeanine Zwahlen pour son mémoire de master intitulé "Marital satisfaction in long-term partnerships: A typological approach" (Satisfaction conjugale dans les unions de longue durée : une approche typologique), réalisé dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES sous la supervision de la Prof. Pasqualina Perrig-Chiello. La remise du prix aura lieu lors du Dies Academicus de l’Université de Berne le samedi 7 décembre 2013.

L’objectif de ce travail était d’identifier des modèles de relations de couple durables à partir d’individus n'ayant connu qu'une seule union maritale, une population peu étudiée jusqu’à présent de manière empirique. Partant de données récoltées par le questionnaire de l’IP12 du PRN LIVES et se concentrant sur 258 femmes et 236 hommes (494 individus au total), tous mariés depuis au moins quarante ans, l’analyse typologique a établi deux groupes : un ensemble de partenaires satisfaits et un ensemble de partenaires insatisfaits. Les deux groupes diffèrent non seulement dans leurs ressources inter et intra personnelles, mais montrent également différentes valeurs dans leurs indices de santé. Les personnes satisfaites rapportent plus de satisfaction conjugale et sexuelle, et atteignent en outre de meilleurs scores en co-développement de la relation. De plus, les individus heureux en mariage sont caractérisés par de moins grands degrés solitude, une meilleure santé psychologique et physique, ainsi que par moins de névrotisme et plus d’agréabilité.

La Prof. Pasqualina Perrig-Chiello, cheffe de l’IP12 du PRN LIVES, a déclaré que « le travail de master de Jeanine Zwahlen représente un formidable exploit scientifique qui aide à combler une lacune dans la recherche. Je trouve remarquable qu'une étudiante de master ait pu traiter une thématique complexe sous la forme condensée d’un article scientifique aussi différencié et informatif.»

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