"Transformation des élites suisses" : premier article d'une nouvelle série sur le changement social

"Transformation des élites suisses" : premier article d'une nouvelle série sur le changement social

Au cours des trente dernières années, le modèle de coordination des élites suisses s’est fortement érodé sous l’effet de la mondialisation et de la montée en puissance de la finance. Telles sont les conclusions d'un article de Felix Bühlmann, Marion Beetschen, Thomas David, Stéphanie Ginalski et André Mach publié dans la série Social Change in Switzerland co-éditée par FORS, le centre LINES de l'Université de Lausanne et le Pôle de recherche national LIVES.

Sur la base d’une vaste base de données comportant les profils de 20'000 dirigeants entre 1910 et 2010 dans les sphères de l’économie, de la politique et de la haute administration, cinq chercheurs et chercheuses en sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne illustrent la perte d’influence des anciens réseaux de cooptation et de coordination.

Leur article, « Transformation des élites en Suisse », est le premier d’une nouvelle série intitulée Social Change in Switzerland, éditée en français et en allemand par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités LINES (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) et le Pôle de recherche national LIVES.

Les auteurs passent en revue différentes caractéristiques des élites suisses à cinq dates : 1910, 1937, 1957, 1980, 2000, 2010. Ils s’intéressent notamment au genre, au niveau de formation, à la nationalité, au grade militaire, ainsi qu’à l’appartenance à différentes instances (conseils d’administration, commissions extraparlementaires, comités des organisations économiques, etc.).

A travers ces comparaisons, ils montrent comment les élites suisses se sont cooptées et coordonnées pendant le 20ème siècle à travers des types bien précis de formation (études de droit surtout, EPFZ dans une moindre mesure) et la fréquentation de lieux de sociabilité masculine (associations d’étudiants, armée, clubs-service, mais aussi conseils d’administration, commissions extra-parlementaires, organisations économiques).

Depuis une trentaine d’année, cette multipositionnalité des figures centrales de l’élite suisse n’a cessé de s’éroder : la proportion de dirigeants ayant des liens dans plusieurs sphères de pouvoir diminue très nettement, ce qui réduit les occasions de concertation. Même à l’intérieur de la seule sphère économique, les rapports entre industrie et secteur bancaire se distendent, comme le montre l’évolution de la composition des conseils d’administration. Cette situation reflète le fait que les entreprises délaissent le crédit au profit des marchés boursiers.

Les fractions dominantes actuelles de l’élite suisse - l’UDC en politique et les managers hyperglobalisés en économie - semblent n’avoir aucun point commun. Il s’agit maintenant d’observer comment ces vainqueurs des processus de transformation des élites suisses se mettent à reconstruire un nouveau système de coordination. 

Ce papier de 10 pages s’inscrit parfaitement dans l’ambition de cette nouvelle série de proposer des éléments empiriques tirés de la recherche à un public non scientifique mais averti, stimulant ainsi la réflexion sur l’évolution sociale de la Suisse. D’autres sujets sont en préparation, les éditeurs visant une fréquence d’environ six articles par an.

 

>> F. Bühlmann, M. Beetschen, T. David, S. Ginalski & A. Mach, Transformation des élites en Suisse. Social Change in Switzerland N° 1. Retrieved from http://socialchangeswitzerland.ch

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Le chômage pénalise plus les seniors. Un bon réseau social peut-il compenser ce désavantage?

Deux thèses réalisées à l’Université de Lausanne dans le cadre d’un projet LIVES viennent coup sur coup de produire des résultats intéressants concernant le marché du travail suisse. Isabel Baumann montre que les plus de 55 ans ont moins de perspectives que les jeunes dans leur recherche d’emploi. Nicolas Turtschi observe l’impact du réseau sur les chances de réinsertion professionnelle: si les relations personnelles s’avèrent utiles pour diminuer le handicap de l’âge, elles restent impuissantes à réduire le poids d’autres types d’inégalités.

Sur la base d’échantillons de chômeurs constitués dans le cadre de l’IP204 du Pôle de recherche national LIVES, Isabel Baumann et Nicolas Turtschi ont défendu en juin 2015 avec succès leur travail de doctorat, qui documente chacun à sa manière les voies permettant – ou pas – de sortir du chômage.

Contrairement à ce qu’on observe ailleurs en Europe, les jeunes et les personnes peu qualifiées risquent peu en Suisse de s’enliser dans le chômage de longue durée suite à une fermeture d’entreprise. Telle est une des conclusions d’Isabel Baumann, qui a étudié les parcours d’environ 1200 personnes licenciées collectivement entre 2009 et 2010 par cinq entreprises industrielles ayant fermé leurs portes dans différentes régions de Suisse.

Deux ans après la perte de leur emploi, deux tiers des personnes licenciées avaient retrouvé du travail, dont la moitié en moins de six mois, un tiers avec une augmentation de salaire et la plupart dans le même domaine d’activité. Les personnes avec un faible niveau de formation n’ont pas été massivement poussées vers des emplois de service comme le nettoyage ou la restauration rapide. Le secteur de la manufacture reste donc pourvoyeur de travail en Suisse.

Les plus vulnérables sont les personnes âgées de plus de 55 ans: ce sont les plus nombreuses à ne pas avoir retrouvé d’emploi, ou à en avoir accepté un de moins bonne qualité, moins bien rémunéré, après avoir connu une plus longue durée de chômage que les jeunes et les non qualifiés.

Pour les personnes restées sur le carreau, les répercussions négatives sur le bien-être et la sociabilité ont été importantes. Seuls les seniors ayant eu la possibilité de prendre une retraite anticipée ont finalement vécu cette transition de manière positive. 32% des plus de 55 ans ont eu accès à cette solution, alors que 37% étaient toujours au chômage fin 2011 et 31% seulement avaient retrouvé du travail, à des conditions souvent plus défavorables.

Phénomène potentiellement croissant

«Ce résultat est frappant dans le contexte du développement démographique actuel», s’inquiète Isabel Baumann. Avec l’arrivée de la génération des baby-boomers dans cette tranche d’âge, le phénomène du chômage des seniors pourrait concerner un nombre croissant de personnes au cours des quinze prochaines années.

La jeune chercheuse plaide donc pour le renforcement des mesures de formation continue. Car le système d’apprentissage, qui améliore en Suisse l’employabilité des jeunes au départ, risque de désavantager trente ans plus tard ceux qui n’ont pas suivi les progrès de la technologie.

A plus court terme, elle recommande un meilleur soutien à la recherche d’emploi pour les seniors licenciés. Faciliter les retraites anticipées lui paraît également être une piste à envisager.

Sa thèse, dirigée par le Prof. Daniel Oesch, a été acceptée pour publication dans la série Springer Life Course Research and Social Policies, dont ce sera la première monographie publiée et qui bénéficiera d’un accès gratuit en ligne à l’automne 2016.

Effet compensateur du réseau

Toujours dans le cadre de l’IP204 mais sous la direction du Prof. Giuliano Bonoli à l'Institut de hautes études en administration publique, Nicolas Turtschi a eu accès à un autre échantillon de chômeurs, plus varié en terme de profils mais limité au canton de Vaud.

De février à avril 2012, toutes les personnes qui assistaient à la séance d’information collective sur l’assurance chômage, organisée par les Offices régionaux de placement, ont été sollicitées pour remplir un questionnaire sur les réseaux sociaux et l’accès à l’emploi. Les personnes qui ont trouvé du travail dans les douze mois ont reçu un deuxième questionnaire. Celles qui étaient encore au chômage après un an ont également été interrogées avec un troisième type de questionnaire. Environ 3500 personnes ont ainsi participé à l’étude.

Nicolas Turtschi montre que certaines sous-populations a priori défavorisées, telles que les personnes de cinquante ans et plus, bénéficient d’un «effet compensateur» grâce à leur réseau. Mais il observe surtout que «les profils les plus avantagés ont statistiquement des ressources sociales plus intéressantes». En clair, les personnes d’origine étrangère et celles dont le niveau de formation est le plus bas possèdent moins de contacts utiles pour retrouver du travail. Parmi ces relations les plus précieuses, les anciens collègues devancent de loin la famille et les proches. Le fait d’être membre d’une association ne semble avoir aucun effet sur la prise d’emploi, un constat que dresse également l’autre recherche précitée.

Déculpabiliser les chômeurs

«Les réseaux sociaux amplifient les inégalités de réinsertion», conclut le chercheur, appelant à des actions ciblées sur les profils les moins favorisés pour les aider à identifier et mobiliser leurs contacts. Il recommande également de «déculpabiliser» les chômeurs, afin que la honte ne coupe pas les personnes concernées de leur entourage.

Enfin il se pose la question de la qualité de l’emploi retrouvé grâce au réseau, qui mériterait selon lui davantage de recherche et à laquelle répond déjà partiellement Isabel Baumann : dans son échantillon de travailleurs du secteur de l’industrie, les personnes ayant obtenu un nouveau travail à travers un contact personnel ont perdu en moyenne 6% de revenu, comparé au salaire antérieur, contre 2% seulement pour les autres.

Cela relativise quelque peu l’importance du réseau, dont il ne faut pas négliger non plus, dans certains cas, la «capacité de nuisance», relève par ailleurs Nicolas Turtschi dans une réflexion toute en nuances, invitant les recherches ultérieures à mieux appréhender la complexité du réseau social et son influence sur les valeurs, perceptions et idées des individus.

Dans une conclusion très métaphorique, il termine en suggérant qu’en tant que source d’information, le réseau pourrait être assimilé à un sens, au même titre que la vue ou l’ouïe. Un «sens social» en quelque sorte, «plus ou moins développé, plus ou moins efficace». Le seul finalement qui pourrait aller croissant avec l’âge!

Quant à l’avenir de nos deux jeunes docteurs, nul ne sera surpris qu’ils ne connaissent pas les affres du chômage: la première poursuivra sa carrière au Centre de recherche des sciences de la santé à la Haute Ecole Spécialisé de Zurich  et le second à la Haute École de la Santé du Canton de Vaud.

 

» Baumann, Isabel (2015). Labor market experience and well-being after firm closure: Survey evidence on displaced manufacturing workers in Switzerland. Sous la direction de Daniel Oesch. Université de Lausanne.

» Turtschi, Nicolas (2015). Les réseaux sociaux: un outil de réinsertion pour les chômeurs désavantagés. Sous la direction de Giuliano Bonoli. Université de Lausanne

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Les étrangers hautement qualifiés en Suisse se sentent souvent rejetés par leurs collègues

Dans une thèse par articles, Claire Johnston apporte des avancées importantes en psychologie sur les conditions qui permettent ou pas aux individus de se sentir bien au travail. Ses recherches ont été retenues par plusieurs revues scientifiques d’excellent niveau. Dans un de ces papiers, elle démontre l’existence en Suisse de subtiles formes de discrimination visant davantage les employés allemands et français, perçus comme ultra compétitifs, que les immigrants d’Europe du Sud à l’image plus chaleureuse et moins menaçante.

Claire Johnston a épaté le public par son niveau de maîtrise quand elle a soutenu sa thèse le 26 mai 2015 à l’Université de Lausanne. Les membres du jury ont salué la qualité des publications liées à ce travail de doctorat élaboré dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES. Un article est encore en révision dans le Journal of Organizational Behavior, trois ont été publiés dans le Journal of Vocational Behavior, un autre dans le Journal of Career Development et un dans Cultural Diversity & Ethnic Minority Psychology.

Dans ce dernier elle montre, avec ses co-auteurs, que les immigrants français et allemands subissent plus d’incivilités de la part de leurs collègues que les étrangers d’autres nationalités. Cette forme subtile de discrimination se manifeste par des attitudes hostiles comme interrompre son interlocuteur, l’ignorer ou utiliser un ton condescendant avec lui. Une autre recherche récente avait déjà observé que les Suisses perçoivent les étrangers des pays voisins comme très compétents mais peu aimables. Les résultats de Claire Johnston prouvent avec des chiffres que les individus concernés ressentent cette animosité.

Sur la base d’un échantillon de 1661 employés comprenant 18% de migrants (parmi lesquels 43.4% de Français et d’Allemands), les données des personnes originaires d’Europe de l’Ouest montrent de manière significative qu’elles endurent plus de marques d’incivilité que les personnes d’Europe du Sud ou de l’Est. De fait, les migrants originaires du Portugal ou des Balkans, dont les niveaux d’éducation et de statut social sont plus bas, ne ressentent pas plus d’incivilité que les Suisses.

Les étrangers hautement qualifiés des pays voisins « sont perçus comme s’intégrant facilement dans le pays d’accueil et sur le marché du travail, et de là tendent à être oubliés dans les mesures destinées à combattre les discriminations à l’encontre des migrants », souligne la psychologue dans son papier.

Insécurité de l’emploi à la hausse

D’autres types d’observations sont à relever dans la thèse de Claire Johnston. Dans un contexte de marché du travail de plus en plus complexe, marqué par une insécurité croissante, une demande de flexibilité toujours plus grande et des positions moins durables, la chercheuse a examiné différentes caractéristiques individuelles et professionnelles et leur lien avec le bien-être général et le bien-être au travail.

Pour ce faire elle a recouru à de nombreux apports de la psychologie, comme la mesure des traits de personnalité et de la satisfaction de vie, ou encore des concepts tels que la croyance en un monde juste et la justice organisationnelle. Ses données proviennent d’un échantillon représentatif d’environ 2000 résidents en Suisse, 94% employés et 6% sans emploi, qui ont répondu à l’enquête longitudinale sur 7 ans concernant les parcours professionnels réalisée par l’équipe IP207 du PRN LIVES. Les analyses de Claire Johnston se fondent sur les deux premières vagues de questionnaire (2012 et 2013).

« Adaptabilité de carrière »

Claire Johnston élabore notamment sur le concept d’adaptabilité de carrière (« career adapt-ability »), qui se distingue par l’implication, le contrôle, la curiosité et la confiance en soi. Il a déjà été démontré qu’un bon niveau d’adaptabilité améliore l’engagement professionnel, la satisfaction au travail, les stratégies de recherche d’emploi, la stabilité dans le poste et l’auto-évaluation de la performance.

Une des contributions de la jeune psychologue est de faire avancer la méthodologie destinée à mesurer l’adaptabilité de carrière et sa relation avec le bonheur et le stress au travail. Avec l’équipe de l’IP207, elle a validé une version française et une version allemande de l’échelle d’adaptabilité de carrière afin de pouvoir l’appliquer au contexte suisse.

La thèse de Claire Johnston confirme des conclusions contre-intuitives de recherches précédentes montrant que les périodes de recherche d’emploi peuvent renforcer les ressources d’adaptabilité : les participants au chômage montrent effectivement de meilleurs scores d’adaptabilité. Cet effet ne se retrouve pas cependant chez les personnes soumises à une très forte insécurité professionnelle, qui font face à « un contexte de travail plus stressant et exigeant, dans lequel il est plus difficile d’activer et de mettre en œuvre les ressources nécessaires », note la chercheuse.

Il reste à évaluer si l’adaptabilité des personnes en recherche d’emploi reste élevée dans le long terme ou se limite à une « fenêtre de temps critique » pendant laquelle les individus ont de plus grandes chances de retrouver du travail. La chercheuse propose que des interventions destinées à développer l’adaptabilité de carrière soient élaborées et testées.

Ayant terminé son doctorat sept mois avant la fin de son contrat, Claire Johnston utilisera certainement le temps restant pour aller plus loin. Le champ de la psychologie du travail a beaucoup à gagner de la part d’une chercheuse aussi professionnelle et adaptable. De telles compétences pourraient en effaroucher plus d’un. Mais comme elle est sud-africaine et particulièrement adorable, on lui pardonne.

>> Johnston, Claire (2015). The contribution of individual and professional characteristics to general and work-related well-being. Sous la direction de Jérôme Rossier et Franciska Krings. Université de Lausanne.

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La surmortalité des jeunes n’est pas une fatalité mais le résultat des inégalités sociales

Le début de l'âge adulte est marqué par une augmentation du risque de décès. Ce phénomène pourrait s'expliquer de trois manières différentes: un « tumulte interne » lié au développement psychologique de l’adolescent, une conséquence de l'environnement socioéconomique entourant l'accession aux nouveaux rôles de l’âge adulte ou un effet de sélection dû à la présence d'un petit groupe d'individus particulièrement exposés. Dans une thèse doctorale défendue avec succès le 21 mai 2015 à l’Université de Genève, Adrien Remund résoud cette énigme en écartant en grande partie la première hypothèse.

L’augmentation temporaire du risque de décès à la sortie de l’adolescence est un phénomène identifié depuis plus d'un siècle. Bien que cette surmortalité soit largement documentée et reconnue en démographie, elle n'a jamais été clairement ni définie, ni mesurée, ni expliquée.

Le travail de doctorat réalisé par Adrien Remund dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES à l’Université de Genève comble ces lacunes et montre que la présence d'une très petite sous-population vulnérable suffit à générer une bosse de surmortalité sans qu'aucun individu ne connaisse une élévation de son risque personnel de décès.

Contrairement à la vision partagée jusqu’ici par certains démographes et de nombreux (neuro)psychologues, la surmortalité des jeunes ne serait donc pas essentiellement liée à une généralisation des conduites dangereuses pendant cette phase de l’existence, mais à la présence d'inégalités sociales, économiques et biologiques particulièrement fortes au sein de cette tranche d'âge. Une fois les individus les plus exposés disparus, la courbe de mortalité retrouve une progression plus régulière.

Pour arriver à ces résultats, le chercheur a testé les différentes hypothèses théoriques avec plusieurs outils méthodologiques en partie existants et en partie inédits. Ce faisant, il a analysé les statistiques de mortalité de plus de 10'000 populations différentes grâce aux données de la Human Mortality Database qui couvrent quatre siècles et quatre continents.

Adrien Remund montre ainsi que la surmortalité des jeunes adultes n’est ni universelle, ni limitée aux adolescents, ni causée uniquement par les accidents et les suicides. Avant la Seconde Guerre mondiale, le phénomène était ainsi principalement attribuable à la tuberculose et la mortalité maternelle.

Le jeune démographe a également utilisé les registres de décès helvétiques, compilés dans la Swiss National Cohort, pour étudier plus localement les inégalités des jeunes face à la mort en observant la survie entre 10 et 34 ans d'une cohorte d'environ 375'000 résidents nés entre 1975 et 1979.

Sous-populations à risque

Les données suisses ont permis d’observer la présence d'inégalités « dépassant toute attente », notamment en ce qui concerne le genre, le niveau d'éducation, le type de ménage et le statut socio-professionnel. Les facteurs de vulnérabilité s'accumulant, des rapports de risque de 1 à 100 sont présents entre les profils les plus favorisés et les plus vulnérables. Pour le chercheur, cela prouve qu'il ne s'agit pas d'un phénomène inévitable.

« Non, la surmortalité des jeunes adultes n'est pas une fatalité, car de nombreuses populations historiques ainsi qu'une part importante des jeunes grandissant en Suisse y échappent. Certes, les accidents de la circulation et les suicides représentent actuellement le principal défi en termes de politique de santé publique, mais l'histoire nous enseigne que d'autres causes de décès que les morts violentes ont autrefois grandement contribué à la surmortalité des jeunes adultes. Oui enfin, le contexte socioéconomique de la transition à l'âge adulte engendre d'énormes inégalités dans le risque de décès qui sont susceptibles d'expliquer bien mieux la surmortalité des jeunes adultes que les théories mettant en jeu le développement purement neuropsychologique de l'adolescent », conclut Adrien Remund dans sa thèse.

Le démographe espère que ses conclusions auront un impact sur l'élaboration future des politiques de santé publique visant les jeunes adultes. Il estime cependant que la recherche ne doit pas s’arrêter là : « Je pourrais certainement faire toute ma carrière sur ce sujet », a-t-il déclaré le 21 mai lors de sa soutenance publique.

« Une référence fondamentale »

« Cette thèse restera une référence fondamentale », a affirmé quant à lui Carlo Giovani Camarda, membre du jury et chercheur à l’Institut national d’études démographique (INED) à Paris.

Les autres membres du jury ont également relevé « l’audace », « l’innovation » et  « l’interdisciplinarité » de cette thèse. « Vous savez rendre les choses compliquées plus simples », a déclaré pour sa part France Meslé, directrice de recherche à l’INED.

Adrien Remund aura encore de nombreuses occasions de débattre avec ces deux interlocuteurs dans les prochains mois, puisqu’il a déjà obtenu une bourse « early post-doc » du Fonds national suisse de la recherche scientifique, qui lui permettra de faire un séjour dans leur prestigieuse institution.

>> Remund, Adrien (2015). Jeunesses vulnérables ? Mesures, composantes et causes de la surmortalité des jeunes adultes. Sous la direction de Michel Oris. Université de Genève.

“Le qualitatif à l’ère numérique”: 4ème Festival suisse des méthodes qualitatives et mixtes

La quatrième édition du «Festival suisse des méthodes» se déroulera les lundi 7 et mardi 8 septembre à l’Université de Lausanne. Comme lors des précédentes éditions, le Festival se propose de présenter les innovations récentes dans le domaine des méthodes qualitatives et mixtes. Cette année offre cependant une nouveauté : par le biais de cours thématiques et lors des séances plénières, la manifestation mettra un accent particulier sur l’usage de méthodes qualitatives dans la recherche consacrée aux nouvelles technologies.

Le Festival offre une plate-forme aux chercheuses et chercheurs des sciences sociales et humaines (et spécialement aux doctorant-e-s et post-doctorant-e-s) pour échanger et connaître de nouvelles méthodes. Il vise également à réunir la communauté de recherche qualitative active en Suisse romande et se déroulera principalement en langue française. Plus concrètement, des spécialistes renommé-e-s seront à disposition pour discuter de l’application de méthodes et théories dans le cadre des ateliers de recherche prévus. Les participants qui le désirent auront ainsi l’occasion d’aborder des questions au plus proche de leurs propres préoccupations.

Le Festival est organisé conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, des représentants des Universités de Suisse romande et du Pôle de recherche national LIVES en collaboration avec l’Académie suisse des sciences humaines et sociales ASSH et le Réseau suisse pour la recherche sociale qualitative.

Comité du Festival: Prof. Laura Bernardi, Prof. Esther González-Martínez, Dr. Brian Kleiner, François Lorétan, Monika Vettovaglia

Keynote: Laurence Allard, sociologue de l’innovation et ethnographe des usages des nouvelles technologies de l’information et de la communication, maîtresse de conférences en Sciences de la Communication, enseignante à l’Université Lille 3, et chercheuse à l’Université Paris-3, IRCAV (Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel).

>> Programme provisoire

Configurations et dynamiques familiales: XIXe Colloque international de l’AIDELF

Configurations et dynamiques familiales: XIXe Colloque international de l’AIDELF

L'Institut de démographie de l'Université de Strasbourg accueillera l'Association internationale des démographes de langue française pour son colloque annuel organisé du 21 au 24 juin 2016 sur le thème de la famille. Les professeurs Michel Oris et Eric Widmer, de l'Université de Genève, co-directeurs sortant et entrant du Pôle de recherche national LIVES, sont dans le comité scientifique. Le délai pour soumettre une contribution est fixé au 15 septembre 2015.

L’Association Internationale des Démographes de Langue Française (AIDELF) a le plaisir de vous inviter à soumettre des communications sur le thème des « Configurations et dynamiques familiales ». Le XIXe colloque de l’AIDELF offrira des espaces pour présenter des recherches innovantes, analysant les familles du point de vue des individus, y compris des enfants, mais également comme des ensembles et des réseaux. Les dynamiques renvoient à une multitude de processus inscrits sur des échelles temporelles distinctes : au fil des âges et trajectoires de la vie des personnes, ou d’une génération à l’autre, sur le temps long de la transmission des pratiques culturelles, sociales, professionnelles ou linguistiques.

Outre la démographie, de nombreuses disciplines s’intéressent à la famille comme objet d’étude ou comme lieu privilégié des interactions entre individus. Le colloque sera l’occasion de confronter les approches de la famille et de ses rôles, en la considérant aussi bien comme une institution sociale parmi d’autres que comme le cadre de relations spécifiques. Les familles sont à la fois soutiens ou refuges, lieux de pouvoir et parfois de violences entre leurs membres. En ce sens, elles appellent des régulations sociales
et politiques très variées. Nous invitons donc des propositions en démographie, mais aussi en sociologie, anthropologie, géographie, histoire, économie, droit, etc. Les comparaisons internationales sur les concepts et les méthodes, ainsi que sur les situations concrètes et leurs évolutions, en Europe mais également dans les autres continents, seront particulièrement appréciées.

Trois thématiques principales structurent notre appel :

  • Familles en mutations : les transformations des statuts et des liens
  • Parcours de vie et dynamiques des configurations familiales
  • Transmission et reproduction au sein des familles, rôle de l’État
Photo Michel Barraz © ISS/UNIL

Kate Stovel: "La curiosité implique d'admettre son ignorance et diminue en montant dans la hiérarchie"

Invitée comme oratrice d'une session plénière par Pôle de recherche national LIVES au prochain Congrès de la Société Suisse de Sociologie qui se tiendra à l'Université de Lausanne du 3 au 5 juin 2015, la professeure américaine de sociologie donnera une conférence sur « Les structures sociales de la curiosité ». C’est une experte réputée de l’analyse de réseau et de l’analyse de séquence, méthodes qu'elle a utilisées pour observer comment les structures relationnelles façonnent le comportement individuel et en quoi l'ordonnancement temporel des événements du parcours de vie nous instruit sur la réalité sociale.

Professeure associée au Département de sociologie de l'Université de Washington, directrice du Centre for Statistics and the Social Sciences et éditrice pour l'Amérique du Nord du British Journal of Sociology, Katherine Stovel a joué un rôle de pionnière dans l'élaboration de méthodologies qui sont devenues fondamentales pour l'étude des parcours de vie. Le Pôle de recherche national LIVES est très honoré de l'accueillir vendredi 5 juin à Lausanne au cours du Congrès 2015 de la Société Suisse de Sociologie, et lui a posé quelques questions introductives.

Quel lien faites-vous entre le thème général du congrès, « Dynamiques collectives, (dé-)régulations sociales et espaces publics » et  celui de votre conférence sur «Les structures sociales de la curiosité » ?
Le Congrès 2015 aborde un thème fondamental et très vaste qui inclut de nombreux champs de recherche active en sociologie. Ma conférence abordera surtout la façon dont les structures sociales influent sur la curiosité, un sujet qui, de prime abord, semble éloigné du thème général du congrès. Toutefois, deux conséquences claires et directement liées à la dérégulation des institutions et, plus globalement, de la vie en société, sont à la base de mon intérêt pour la manière dont les conditions sociales façonnent la curiosité. D'abord, de nombreuses forces sociales ont contribué à la profonde individualisation du parcours de vie. Cette individualisation confère plus d'importance que jamais aux critères et aux processus sociopsychologiques, comme l'ouverture aux autres et les apprentissages exploratoires, dans le modelage des expériences individuelles, et finalement du capital humain contenu dans la société. Ensuite, la détérioration des valeurs collectives aboutit à ce que les cadres éducatifs promeuvent de plus en plus la réussite individuelle. Cette tendance risque d'avoir des répercussions préjudiciables sur la curiosité (ainsi que sur d'autres formes de comportement créatif et expressif). Enfin, outre les transformations sociales qu'abordera le congrès, nous vivons depuis quelques décennies des changements profonds dans le domaine de la technologie et de l'accès à l'information. A ce jour, l'essentiel de l'intérêt académique pour l'émergence des réseaux sociaux virtuels et des technologies de l’information s'est concentré sur leurs promesses, qui sont de faciliter la coordination des actions collectives et de réduire le poids de la proximité géographique sur la communication et les interactions. Je regrette qu'on ait beaucoup moins essayé de comprendre les conséquences sociales et comportementales des nouvelles technologies de l'information sur l'exploration, la découverte et l’innovation, qu’elles soient autonomes ou structurées de manière institutionnelle.

Dans le résumé de votre conférence, vous affirmez que « plusieurs observateurs ont noté un apparent manque de curiosité dans le monde actuel ». Pouvez-vous citer quelques exemples ? Où et comment avez-vous observé la curiosité de manière empirique ?
Dans mes fonctions de professeure et d'observatrice de la société, j'ai souvent été frappée par des manifestations de curiosité, mais aussi d'absence de curiosité. Les expériences renouvelées auprès d'étudiants de premier cycle ont d'abord piqué mon intérêt académique pour la curiosité, car ils semblent manifester trop fréquemment une absence totale de curiosité pour le monde qui les entoure. Plutôt que d'exprimer de l'émerveillement ou de l'enthousiasme à l'idée d'approfondir un sujet, de nombreux étudiants limitent leurs interrogations à une question singulière : « Est-ce que ce sera dans l’examen ? ». Comme beaucoup de mes collègues, j'ai commencé à soupçonner que les étudiants actuels évoluent dans un contexte éducatif rempli d'éléments d'information épars sans lien entre eux et qu'ils raccrochent toute nouvelle information à un échafaudage de savoir branlant. Ils mettent lourdement l'accent sur leurs résultats académiques objectifs, ce qui semble étouffer leur curiosité. Mon impression que la curiosité est sur le déclin est partagée par la presse grand public, qui déplore fréquemment la baisse de la curiosité au fil des générations.

Selon vos observations, quels sont les structures et les réseaux d'information qui déclenchent ce que vous appelez des enchaînements ou cascades de curiosité ?
Les études formelles portant sur les structures sociales qui stimulent et nourrissent la curiosité en sont encore à leurs débuts. Mes propres incursions préliminaires dans ce champ d'investigation découlent de mon intuition, à savoir que le déclenchement de la curiosité « en cascade » est lié au degré d'agrégation du réseau et à la nature de la hiérarchie. Les cascades de curiosité devraient être particulièrement favorisées lorsque les réseaux (et les structures de connaissance) sont marqués par une combinaison d'abondance et de rareté. Cela signifie que lorsque des personnes interagissent avant tout dans des réseaux denses, il reste peu d'espace cognitif pour l'exploration, et donc un soutien social limité pour ce faire. Mais quand ces mêmes réseaux s’étendent, les individus sont alors confrontés à des situations inconnues qui les poussent davantage à faire appel à leur curiosité pour intégrer de nouvelles informations. Plus les réseaux sont connectés, plus grande est la chance qu’un enchaînement de curiosité se propage entre leurs membres. Toutefois, si les réseaux prennent trop d'ampleur, le monde risque d'apparaître à ce point déstructuré qu'il devient difficile de donner un sens à cet ensemble. Dans les réseaux où les données sont rares, la curiosité, lorsqu'elle se déclenche, tend à plus de profondeur que d'amplitude. En outre, parce que la curiosité implique de reconnaître qu’on ne sait pas, ceteris paribus, la curiosité diminue en montant dans la hiérarchie, car les impératifs relationnels d'autorité et de prestige sont incompatibles avec le fait d’admettre son ignorance.

Vous avez étudié les réseaux sociaux, le marché de l'emploi, la sexualité des adolescents, la mobilité résidentielle, le lynchage dans les Etats du Sud, les carrières dans la banque... Quel est le fil conducteur entre tous ces thèmes ?
Si mes recherches traitent de sujets qui semblent disparates, mes travaux s'intéressent tous à un élément fondamental : la manière dont les structures relationnelles façonnent le comportement individuel. Conformément à la tradition bien établie d'analyse de réseaux relationnels, mes travaux visent à prendre au sérieux les structures en réseau et les impératifs relationnels qui leur sont associés (d'où mon intérêt pour la manière dont la hiérarchie influence la curiosité, par exemple). Plus globalement, je cherche à comprendre en quoi des périodes précises de l'histoire génèrent des individus qui s'inscrivent dans des ensembles relationnels, en quoi ces relations structurent la compréhension du monde de ces acteurs, et enfin les traits caractéristiques que cela leur confère.

L'analyse de réseau et l’analyse de séquence semblent être vos méthodes préférées. Qu'apportent-elles, chacune, aux sciences sociales et comment les combinez-vous ?
Je vois l'analyse de réseau comme un outil clairement sociologique, car elle place les relations entre les acteurs au premier plan de l'étude. Plutôt que de préjuger que les individus sont simplement dotés de traits sociaux caractéristiques, une approche relationnelle de la sociologie nous permet d'appréhender comment les structures d'interaction – incluant la signification culturelle et les processus cognitifs associés à ces relations – façonnent les principales caractéristiques, et comment les individus évoluent dans leur environnement social. Jusqu'à récemment, les données et les méthodes réduisaient les analyses de réseau à des instantanés, bien que la plupart d'entre nous ait compris que les réseaux ne sont pas statiques et que leur dynamique revêt autant d'importance que leur structure. Pendant cette période de stagnation méthodologique, j'ai adopté l'analyse de séquence, une méthode qui promettait d’aider à identifier non seulement des modèles de parcours de vie mais aussi l’existence de scénarios forgés par les institutions. Ces scénarios m'intéressent tout particulièrement, car, outre le fait qu'ils orientent sans équivoque le comportement des individus, ils jouent également un rôle dans le développement des structures de réseaux observées.

Vous accordez énormément d'importance à la notion de temporalité, qui est aussi un principe primordial dans la perspective des parcours de vie qui est au cœur de LIVES. Pouvez-vous citer un exemple extrait de vos résultats qui illustre la manière dont la temporalité impacte la réalité sociale ?
L'une des principales interrogations qui ont motivé mes recherches au cours des dernières décennies (et l'origine de ma motivation à devenir sociologue) réside dans l'épineux problème de l'influence des dynamiques institutionnelles et organisationnelles sur les différentes catégories d'employés, au fil de leur carrière. S'il est attesté depuis longtemps que les contraintes organisationnelles limitent la progression de carrière des employés, la modélisation de la nature exacte de ces relations se révèle complexe, en partie à cause de l'interaction de multiples processus temporels sur une grande diversité de structures concernées. Pourtant, la compréhension des relations existant entre le changement organisationnel et le potentiel de perspectives pour les employés est essentielle, en particulier parce que la restructuration économique met à mal la progression des carrières. Mes travaux dans ce domaine soulignent la nature à plusieurs degrés de ces interactions dynamiques et ont produit des résultats significatifs sur la façon dont les mesures incitatives concurrentielles à un niveau micro peuvent produire des structures de niveau macro inattendues et parfois durables. J'ai traité ces thèmes de manière explicite dans trois projets de recherche : une étude des formes d'emploi au fil du temps à la Lloyds Bank qui présentait la double émergence de la modernité dans les institutions et dans les structures de carrière, une étude financée par la National Science Foundation portant sur les asymétries de l'information et la dynamique de ségrégation du marché de l'emploi, et un projet en cours portant sur la restructuration économique et la mobilité géographique des jeunes adultes. A l'occasion de ce dernier projet, nous revisitons des thèmes que j'avais traités dans des travaux précédents sur la migration géographique et la manière dont les changements macro affectent les structures de carrière, en posant cette question : comment les jeunes négocient-ils leur transition vers l'âge adulte à la suite de la crise de 2008 ? Tant les spécialistes que les parents constatent la propension des jeunes à résider dans le foyer parental, mais un nombre important de jeunes adultes continuent de lutter pour voler de leurs propres ailes. Pour ce projet, nous adoptons une perspective de parcours de vie et utilisons des données résultant de la cohorte NLYS-97 pour étudier la relation entre la recherche d'un emploi et la mobilité géographique des périodes avant, pendant et après la crise de 2008. Ce projet est particulièrement innovant en ce qu'il conjugue une analyse de séquence, qui permet de mesurer avec précision le déroulement chronologique de la recherche d'emploi, de l'embauche et de la migration, avec des modèles d’analyse d’événements du parcours de migration. Notre découverte la plus étonnante à ce jour est le fait que parmi cet échantillon de jeunes adultes, nous ne discernons aucune corrélation temporelle entre la recherche d'emploi et la migration. Cela signifie que les déplacements géographiques ne précèdent ni ne suivent directement la recherche d'emploi. Nous continuons d'affiner nos analyses et notre réflexion à propos de ce résultat. Nous soupçonnons que cette cohorte de jeunes adultes pourrait s’être décidée à migrer, notamment vers des zones urbaines, par choix de vie plus qu'au titre d'une stratégie de recherche d'emploi.

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Entrez dans « une mine de ressources » aux Mystères de l’UNIL, atelier sur les parcours de vie

Entrez dans « une mine de ressources » aux Mystères de l’UNIL, atelier sur les parcours de vie

Les portes ouvertes de l’Université de Lausanne auront lieu du 28 au 31 mai 2015. Comme chaque année depuis 10 ans, c’est l’occasion pour les laboratoires et centres de recherche de présenter leur travail de manière ludique à un public de jeunes venus en classe ou en famille. Le Pôle de recherche national LIVES attendra les visiteurs au stand No 14. Frissons, réflexion et jeu d’adresse seront au rendez-vous.

Tout d’abord il faudra tâtonner. Car au fond de la mine, c’est très obscur. Qu’y trouve-t-on ? Toutes sortes de cubes, recouverts de matières diverses. Si c’est doux, on est peut-être dans les relations humaines. Si c’est rugueux, il pourrait s’agir du travail. A moins que ce soit l’inverse. En tout cas, à chaque minerai rencontré correspondra un événement, et à chaque événement seront associées des ressources : capital social, capital économique, capital culturel, capital santé…. Peut-être aussi que ces événements seront accompagnés d’une empreinte écologique, bonne ou mauvaise. Car c’est là le thème général des Mystères de l’UNIL 2015 : le développement durable.

Ceux qui oseront se lancer dans la mine des ressources seront ensuite confrontés à un dilemme : pour obtenir plus de points en capitaux, cela vaut-il la peine d’attenter à l’environnement ? Si oui, attention ! Plus dure sera la mission d’abattre le monstre, inspiré du Creeper de Minecraft, un jeu bien connu des jeunes….

Le Pôle de recherche national LIVES « Surmonter la vulnérabilité : Perspective du parcours de vie » collabore pour la troisième année consécutive aux Mystères de l’UNIL qui fêtent cette année leurs 10 ans.

Une dizaine de chercheuses et chercheurs du pôle aidés de quelques étudiantes se relayeront, entre 9h et 15h le jeudi 28 et le vendredi 29 mai pour les visites de classes, le samedi 30 et le dimanche 31 mai de 11h à 17h pour le grand public. Venez nous voir au stand No 14 pour vous initier à l'étude des parcours de vie!

>> Voir le programme général

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Retarder l’âge de l’orientation scolaire ne facilite pas le parcours de formation

Quand ils sont placés plus longtemps dans un système de tronc commun, les élèves les plus faibles connaissent ensuite des trajectoires moins linéaires. Telle est une des conclusions inattendues de la thèse doctorale en socio-économie de Joëlle Latina, défendue avec succès le 13 avril 2015 à l’Université de Genève. Cette recherche a eu accès aux données administratives genevoises retraçant les transitions entre école obligatoire et formation post-obligatoire de tous les élèves du canton pendant douze ans.

Il n’arrive pas tous les jours de pouvoir utiliser des données exhaustives et de bénéficier d’une expérience naturelle, c’est-à-dire non provoquée artificiellement pour les besoins de la recherche. Mais c’est bien le contexte dans lequel a pu travailler Joëlle Latina, adjointe scientifique à la Haute école de gestion de Genève, dans le cadre d’un projet mené par la Leading House en Economie de l’Education de l’Université de Genève, associé aux travaux de l’IP204 au sein du Pôle de recherche national LIVES.

Grâce au professeur José Ramirez et avec Yves Flückiger, futur recteur de l’Université de Genève, comme autre co-directeur de thèse, Joëlle Latina a pu accéder aux données administratives du canton de Genève concernant près de 44'000 élèves, soit l’ensemble des jeunes entrés au secondaire I de 1993 à 2004. Les données permettent de dresser un portrait sociodémographique des jeunes de ces douze cohortes et d’analyser leur parcours de formation jusqu’à trois ans après leur sortie de l’école obligatoire.

Cette étude confirme les effets de la reproduction sociale sur la réussite scolaire. Les enfants non-francophones, issus des dernières vagues d’immigration, possédant peu de capital social et moins de soutien parental, connaissent des parcours plus décousus et moins qualifiants au secondaire II que les élèves plus privilégiés.

Orientation à 12 ou 13 ans

La recherche apporte un éclairage original sur un sujet moins balisé. Les données permettent en effet de comparer deux types de scolarisation : l’orientation en plusieurs niveaux dès l’âge de 12 ans, comme c’était déjà l’habitude dans la plupart des établissements du canton à cette période, et l’orientation plus tardive d’une année, telle que la pratiquaient trois établissements genevois jusqu’à ce que l’harmonisation inter-cantonale de la scolarité obligatoire mette un terme à l’expérience en 2011.

Cette comparaison aboutit à constat qui a surpris Joëlle Latina et ses co-directeurs de thèse : le maintien du tronc commun jusqu’à 13 ans n’est pas favorable aux élèves les plus faibles ; leur probabilité de changer de voie – parfois même plusieurs fois – dans les trois années qui suivent la fin de l’école obligatoire est supérieure de 12 points de pourcentage par rapport à ceux qui ont été placés dans une filière à moindres exigences une année plus tôt.

« Alors que la littérature indique qu’une orientation précoce tend à augmenter les inégalités de performance scolaire, nos résultats suggèrent que retarder l’orientation peut réduire la linéarité des transitions ultérieures, particulièrement pour les étudiants à basse performance », relève Joëlle Latina dans sa thèse.

Pourquoi ces différences de parcours ? Selon Joëlle Latina, deux théories peuvent être invoquées pour expliquer pourquoi la trajectoire de formation des élèves les moins forts est davantage marquée par des ruptures et des changements quand ils restent plus longtemps aux côtés d’élèves plus performants.

Contraste social et caractéristiques de statut

La théorie du contraste social indique que les individus ont tendance à se comparer à ceux qui les entourent et à partager par conséquent les mêmes aspirations. Cela pourrait pénaliser les élèves aux résultats médiocres, qui n’auraient dès lors pas les moyens de leurs ambitions et se retrouveraient obligés de changer de voie une fois confrontés à l’échec.

La théorie des caractéristiques de statut avance pour sa part que la confiance que les individus ont ou non en leurs propres compétences est influencée par les croyances communément admises sur le groupe auquel ils sont rattachés. Ainsi le préjugé selon lequel les filles sont moins bonnes en maths les pousserait à se sous-estimer et à moins privilégier ce type d’études que les garçons. Rapporté à la situation examinée ici, ce phénomène pousserait les élèves orientés précocement dans une voie préprofessionnelle à se rabaisser, et ceux orientés plus tard à se surestimer. Pour les élèves ayant choisi la voie académique sans posséder tout le potentiel nécessaire, cette perception faussée aboutirait à davantage d’erreurs d’aiguillage.

Parcours plus ou moins linéaires

La thèse de Joëlle Latina examine encore d’autres aspects des transitions entre école obligatoire et trajectoires de formation. Elle s’intéresse notamment aux parcours des apprentis et aux réorientations professionnelles durant les trois années suivant la sortie du Cycle d’orientation. Là encore, le poids des facteurs sociaux est lourd. Les bons étudiants préfèrent en général la voie académique à l’apprentissage. Mais quand ils font le choix de la formation professionnelle, les jeunes sortants de sections à exigences étendues connaissent des parcours plus lisses, avec moins de changements.

Enfin, elle examine les transitions au sein de la formation professionnelle, entre la formation purement en école et l’apprentissage, un type de transitions encore très peu étudié mais qui concerne pourtant environ un cinquième des étudiants en formation commerciale à Genève. A parité d’autres facteurs, passer d’une formation en école à un apprentissage augmente la probabilité des élèves d’obtenir un diplôme du secondaire II ; par contre, ils perdent en moyenne un semestre dans l’opération.

Implications pour les politiques publiques

La chercheuse soutient qu’il faudrait améliorer la perméabilité horizontale du système de formation, afin de permettre les changements sans perte de temps, notamment en validant les acquis transversaux, comme l’Allemagne est en train de le tester dans son projet DECVET.

Au niveau de la scolarité obligatoire, elle recommande de cibler plus spécifiquement les groupes cumulant les désavantages, et de renforcer le conseil en orientation pour éviter les voies sans issue. Elle estime qu’il faudrait mieux informer sur l’apprentissage à travers des stages, et valoriser les compétences contextualisées plutôt qu’abstraites à l’intention des élèves non destinés à la voie académique.

Un brillant avenir

Lors de sa défense de thèse, les cinq membres du jury ont salué le travail de Joëlle Latina en le qualifiant de « bien au-dessus de la moyenne ». Elle a fait preuve d’une « méthodologie solide », a estimé Rainer Winkelmann, professeur à l’Université de Zurich, et « possède un brillant avenir devant elle », a affirmé Yves Flückiger. Dans l’immédiat, la jeune chercheuse entend poursuivre dans la même ligne de recherche en y intégrant des données longitudinales et comparatives.

» Latina, Joëlle (2015). Upper secondary school transitions: An empirical analysis. Sous la direction de José V. Ramirez et Yves Flückiger. Université de Genève

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Le virus du sida leur a appris à vivre: des femmes «ordinaires» au parcours extraordinaire

Pour son travail de thèse dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES, Vanessa Fargnoli s’intéresse au parcours de vie de femmes que rien ne prédestinait – en apparence du moins – à devenir séropositives. Une trentaine d’entretiens ont été menés depuis une année. Ils indiquent des pistes d’analyse inédites et montrent l’incroyable force de résilience des participantes à cette recherche.

Un jour elles ont appris qu’elles étaient porteuses du virus d’immunodéficience humaine (VIH). La plupart ne s’y attendaient pas du tout. C’était il y a plus de quinze ans, trente pour certaines. Depuis elles vivent avec; ni saines, ni malades. Car depuis l’avènement de la trithérapie, on ne meurt plus du sida. Mais on reste marqué à vie – au quotidien, dans ses relations et dans son identité – par les conséquences de l’infection. Cette prise de conscience brutale, chez des femmes qui n’étaient pas consommatrices de drogue, travailleuses du sexe ou originaires de pays fortement touchés par la pandémie, est le point de départ des entretiens approfondis que mène depuis 2014 Vanessa Fargnoli, sociologue à l’Université de Genève.

« Beaucoup de choses ont déjà été faites sur les groupes à risque. Il s’agit souvent de recherches en lien avec la prévention. Or les femmes que j’ai appelées ‘ordinaires’, même si je n’aime pas ce mot, sont sous-représentées dans les études. Elle ne sont pas un enjeu de santé publique car elles ne sont pas perçues comme potentiellement ‘contaminantes’ », explique la doctorante.

Depuis l’approbation de son projet par les comités d’éthique des Hôpitaux Universitaires Genevois (HUG) en décembre 2013 et du Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV) en mai 2014, Vanessa Fargnoli a rencontré vingt-sept participantes âgées entre 34 et 69 ans aux profils les plus divers en matière de niveau de formation, d’insertion professionnelle et de statut familial. Environ la moitié d’entre elles ont déjà été vues deux fois, chaque entretien durant près de deux heures.

« Chacune de ces femmes m’emmène ailleurs. Entre celle qui a saisi la justice pour faire condamner son conjoint, celles qui ont voulu un enfant malgré tout et celles qui se le sont interdit, les situations sont incroyablement hétérogènes », raconte la chercheuse. Une de ces femmes a perdu son emploi à cause du VIH, une autre a décidé de sortir de l’AI (assurance invalidité) et tout fait pour retrouver du travail. Il y a même deux cas de contamination «volontaire»: une participante affirme qu’elle cherchait ainsi une forme de suicide, une autre que son compagnon a renoncé par amour à se protéger afin de «tout partager» avec elle.

« Maladie de la relation »

Au-delà de ces différences, un élément récurrent se dégage cependant, que Vanessa Fargnoli ne s’attendait pas à sentir si présent: presque toutes ces histoires ont été marquées par des épisodes de violence – physique, sexuelle ou psychologique – antérieurs à l’infection. « On sait que certains traumatismes conduisent à ne plus se respecter. Est-ce que de telles prédispositions pourraient expliquer que ces femmes ne se sont pas protégées ? C’est une hypothèse à vérifier. A ce stade en tout cas, je perçois déjà le sida comme une ‘maladie de la relation’ », déclare la sociologue.

Tous les ingrédients de la perspective des parcours de vie sont réunis dans cette recherche et seront mobilisés pour avancer dans l’analyse: contexte socio-historique (nouvelle maladie, nouveaux traitements), événements critiques (contamination, diagnostic, symptômes physiques), cumul des désavantages et bifurcations (dans les trajectoires amoureuse, familiale, professionnelle, et bien évidemment de santé). Dans le cas du sida, l’approche empirique et inductive de Vanessa Fargnoli rejoint sans difficulté les paradigmes de la théorie: « développement tout au long de la vie » (comment se négocie et se construit l’identité, quelles sont les ressources mobilisées), « vies liées » (particulièrement perceptibles dans le cas d’une maladie venant des autres et impactant le reste des proches), « intentionnalité » ou « capacité d’agir » (soit les stratégies mises en place par les individus concernés, faites également d’évitement et de compensations).

« Maladie du paradoxe »

« Maladie de la relation », le sida est aussi, selon Vanessa Fargnoli, la « maladie du paradoxe »: « La séropositivité est à la fois la pire et la meilleure chose qui soit arrivée à ces femmes. Depuis elles ont été obligées de commencer à se respecter, à prendre soin d’elles; certaines ont énormément développé leur spiritualité pour s’en sortir », détaille la chercheuse.

Selon elle, le paradoxe tient également dans le fait que le sida a perdu en capacité de nuisance au niveau biologique, mais pas au niveau social: il n’est plus mortel mais reste perçu comme sale. Ses victimes sont à la fois invisibles et stigmatisées, normales et vulnérables. Par ailleurs, si le virus est bel et bien maîtrisé, elles souffrent énormément des effets secondaires du traitement – problèmes neurologiques, de foie, de métabolisme. Enfin elles sont partagées entre culpabilité et secret d’une part, volonté de se livrer et de partager leur expérience d’autre part.

Et puis, alors qu’elles sont elles-mêmes victimes, beaucoup de femmes interrogées se distinguent par leur volonté de protéger l’homme qui les a contaminées, ou de protéger leur entourage en cachant ou minimisant leur état. Elles refusent la pitié, estiment qu’elles n’ont pas le droit de se plaindre. Et parmi les paradoxes en figure encore un dernier, et non des moindres: souvent leurs propres enfants, adolescents ou jeunes adultes, tous séronégatifs grâce aux progrès de la science, ne prennent pas systématiquement les précautions nécessaires dans leurs relations intimes..

Comment vivre

Vanessa Fargnoli relate que plusieurs femmes ont hésité à témoigner au motif qu’elles estimaient ne pas être un bon exemple, parce qu’elles s’en sortent plutôt bien, et que cela ne correspond pas à l’image à faire passer pour la prévention. Pourtant leur histoire démontre mieux que certains clichés à quel point tout le monde est concerné par le risque, et combien vivre avec le VIH n’a rien d’anodin, même aujourd’hui.

« Il y a peut-être un biais de sélection, déclare-t-elle, mais les femmes que j’ai rencontrées sont toutes des battantes. Elles ont découvert que le virus les avait rendues plus tolérantes, plus concernées par les autres, mais aussi plus exigeantes dans leurs relations. » Elle cite en exemple le parcours de cette ancienne serveuse, autrefois battue par son mari en toute impunité, qui après le diagnostic s’est reconstruite à travers le milieu associatif et a renoué des liens plus forts que jamais avec sa famille.

Et Vanessa Fargnoli de conclure: « Même celle qui a attrapé le sida consciemment pour se détruire a finalement réussi à donner du sens à sa vie. Toutes disent qu’avant le VIH leur vie était moins bonne. Etonnamment, certaines ne voudraient pas qu’on leur enlève le virus. Il leur a appris comment vivre, et non comment mourir. »

 

« Parcours de vie, Inégalités et Politiques sociales » :  une nouvelle orientation de Master à l’UNIL

« Parcours de vie, Inégalités et Politiques sociales » : une nouvelle orientation de Master à l’UNIL

Le nouveau plan d’études de Master en sciences sociales de l’Université de Lausanne fait la part belle aux parcours de vie. Recentré sur quatre orientations au lieu de sept, il se veut davantage professionnalisant. Une vingtaine de chercheurs du Pôle de recherche national LIVES y enseigneront dès la rentrée prochaine. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 30 avril 2015.

La refonte du Master en sciences sociales de l’UNIL a abouti. Dès septembre 2015, les détenteurs d’un bachelor pourront poursuivre leurs études en vue d’obtenir le grade suivant en choisissant parmi quatre orientations entièrement repensées.

Les quatre orientations spécifiques sont : « Parcours de vie, Inégalités et Politiques sociales », « Droits humains, Diversité et Globalisation », « Culture, Communication et Médias », « Corps, Science et Société ».

Des chercheurs LIVES enseigneront dans les quatre orientations, avec une prédominance dans la première.

Formation qualifiante

Selon l’objectif général du nouveau plan d’études, « Les enseignements au programme permettent à l’étudiant-e d’acquérir des compétences complémentaires et nécessaires à une insertion dans les milieux professionnels tels ceux des institutions sociales, culturelles, politiques ou sanitaires comme dans les milieux de la recherche, de la communication et des services. »

Par le passé, une des sept orientations de l’ancien Master en sciences sociales abordait déjà le thème des parcours de vie, mais était peu suivie en raison de son image peu professionnalisante.

« Nous avions surtout des personnes qui se destinaient à la recherche ; une ou deux aux ressources humaines. Le fait de réunir parcours de vie, inégalités et politiques sociales sera maintenant plus attractif pour des étudiant-e-s visant par exemple des carrières dans l’administration », explique Jean-Marie Le Goff, maître d’enseignement et de recherche (MER), responsable de l’ancienne filière de formation en sciences sociales et membre du bureau de la Commission d'enseignement qui a travaillé à cette réforme.

Lui-même membre d’une équipe de projet au sein du Pôle de recherche national LIVES, il sera notamment responsable, avec Jacques-Antoine Gauthier - autre MER et chercheur LIVES - d’un atelier de recherche intitulé « Dynamiques sociales I », qui sera obligatoire dans l’orientation « Parcours de vie, Inégalités et Politiques sociales » et dans l’orientation « Droits humains, Diversité et Globalisation ».

Le Master en sciences sociales comprendra un tronc commun aux quatre orientations pendant le premier semestre, avec deux enseignements méthodologiques et trois enseignements thématiques transversaux. Dès le deuxième semestre, les étudiant-e-s suivront une orientation spécifique composée d’enseignements spécifiques obligatoires et de cours à choix. Ils auront également l’occasion de faire un stage en milieu professionnel au troisième semestre, avant la finalisation de leur mémoire de Master au quatrième et dernier semestre.

Les orientations spécifiques seront nourries par les recherches menées au sein de l’Institut des Sciences Sociales, parmi lesquelles figurent plusieurs études du PRN LIVES sur la vulnérabilité.

>> Voir le descriptif du Master en sciences sociales

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"Vieillissement et pouvoirs d'agir. Entre ressources et vulnérabilités": colloque REIACTIS 2016

Les 5èmes rencontres internationales du Réseau d’Etude International sur l’Age, la Citoyenneté et l’Intégration Socio-économique (REIACTIS) veulent aborder la dynamique des ressources et des vulnérabilités sous l’angle des pouvoirs d’agir que les personnes vieillissantes peuvent maintenir ou acquérir au long de leur trajectoire de vie. L'événement aura lieu lieu du 10 au 12 février 2016 à l'Université de Lausanne, organisé en collaboration avec la Haute-école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) et le Pôle de recherche national LIVES. Le délai de l'appel à contribution est fixé au 30 avril 2015.

Avant-programme

La réflexion mobilisera et questionnera la pertinence heuristique des concepts les plus utilisés pour rendre compte des processus à l’oeuvre dans les parcours de vie (intégration, exclusion, socialisation, déprise, empowerment, etc.), que ce soit en lien avec un questionnement sur la sphère publique (opportunités professionnelles et de formation, exercice de la citoyenneté, participation sociale et vie associative), la sphère privée (relations familiales, amicales, de voisinage ou de couple, etc.), ou à l’articulation entre privé et public (vie en institution notamment). Dans le fil de ce questionnement, les organisateurs invitent les contributeurs et contributrices à s’interroger sur la définition des ressources et des vulnérabilités en lien avec l’avancée en âge. Comment les appréhender au regard du respect de la volonté des individus et des principes de justice et de solidarité, dans les multiples contextes et moments des parcours de vie ? Comment expliquer les dynamiques différentielles des vulnérabilités et des ressources ? Quels rôles jouent le genre, la génération, l'origine sociale ou « ethnique » dans ces dynamiques ? Comment le contexte économique, les politiques publiques (par exemple l’accès aux services de santé et l’aide à domicile) ou les représentations sociales (âgisme par exemple) contribuent-ils à façonner le pouvoir d’agir aux différents âges de la vieillesse ? Les échanges croisés de ce 5ème colloque international permettront de mieux saisir comment l’avancée en âge peut amener tout à la fois des pertes de pouvoirs et des formes d’émancipations, des vulnérabilités et des ressources nouvelles.

Plateforme d’échange autour des enjeux de citoyenneté et d’intégration sociale des personnes âgées, le REIACTIS mobilise depuis 2006 des formes d’analyses plurielles portant sur les traditions culturelles et anthropologiques, les institutions sociales et sanitaires mais également les expériences personnelles dans un contexte globalisé. Il relie chercheuses et chercheurs, praticiennes et praticiens, aînées et aînés afin de favoriser les échanges entre les différents types d’acteurs ayant un intérêt pour le vieillissement, comme objet d’étude ou d’action. Fidèle au caractère international et multidisciplinaire qui caractérise le REIACTIS depuis sa création, le 5ème congrès de Lausanne sera l’occasion d’ouvrir le débat à partir de recherches et de pratiques issues d’une grande variété de pays.

L’originalité heuristique du colloque de 2016 réside dans la volonté d’aborder la question controversée des vulnérabilités liées à l’âge en la reliant à ses contrepoints, les ressources et le pouvoir d’agir, que ce soit au niveau micro, méso ou macro social. Il s’agira d’appréhender les populations âgées dans leur diversité et leurs capacités à gérer leur existence, à s’intégrer socialement, économiquement et politiquement et à construire des formes de résistances individuelles ou collectives. Le colloque sera aussi l’occasion d’identifier et de questionner les formes et les conditions de l’innovation sociale à vocation émancipatrice (au travers de modalités d’information et de communication, de soutiens aux processus d’apprentissage, de formation, d’autoformation ou d’expression) ainsi que le rôle des mouvements sociaux, ou organisations qui pèsent sur les processus décisionnels (au niveau international, national, régional ou local). Dans une perspective comparative, on s’interrogera sur la manière dont les différents contextes économiques (croissance de certains pays asiatiques ou africains, ou à l’inverse, crise d’une partie des pays européens par exemple) induisent des mises en place ou des révisions des politiques publiques de nature à affaiblir mais aussi à renforcer certaines catégories de personnes âgées. Plus spécifiquement, cette réflexion générale se déclinera autour de trois axes principaux :

1) Les pouvoirs d’agir au prisme de l’innovation sociale et de l’action collective

Le pouvoir d’agir des personnes âgées est lié aux formes de solidarité et d’intégration que celles-ci peuvent mobiliser – solidarités familiales, relations de proximité (voisinage, communauté) ou vie associative –, ainsi qu’à la capacité des individus et des groupes sociaux à se mobiliser pour faire valoir leur point de vue. Ainsi, différentes formes d’action collective permettent aux personnes vieillissantes de s’exprimer et de définir elles-mêmes leurs besoins, qu’il s’agisse de mouvements sociaux, d’organisations citoyennes, de groupes d’entraide ou de coalitions cherchant à peser sur les processus décisionnels aux différents échelons administratifs. Ces modes de solidarités comme les formes diverses que prennent ces collectifs en lien avec l’âge et le vieillissement sont révélateurs tant des attentes et des besoins que des ressources de ces individus ou groupes sociaux.

Dans un contexte de restriction budgétaire, de transformation des modèles économiques, de recomposition familiale et de croissance des cas de dépendance liés à l’âge, les autorités nationales ou internationales (UE, OCDE, ONU) en appellent aujourd’hui à l’innovation sociale dans le domaine des politiques du vieillissement. Dans cette perspective, cet axe thématique sera l’occasion de s’intéresser d’une part aux nouveaux besoins ou manques que formulent et révèlent ces collectifs et ces nouvelles solidarités, que ce soit dans leur dimension individuelle (lutte contre l’isolement) ou collective (pallier un manque dans les services sociaux). D’autre part, cet axe thématique s’intéressera à l’innovation dont ces collectifs font la démonstration (par l’organisation de services ou la mise à l’agenda de problématiques inédites notamment) et à ses limites. Que ce soit dans des formes d’entre soi ou au contraire à l’occasion de manifestations publiques, ces groupements font la preuve de solidarités qui sont autant de signes de (ou de remparts contre des) vulnérabilités.

2) Action publique et reconfiguration de la citoyenneté des personnes âgées

La capacité des individus à faire face à l’avancée en âge dépend de la capacité des régimes d’action publiques et des professionnels de l’action sociale à mettre en oeuvre des programmes et des services à même de soutenir l’intégration des personnes dans des dynamiques économiques, sociales ou politiques. Dans ce sens, les régimes d’action publique nationaux, mais aussi régionaux ou locaux contribuent à définir la citoyenneté des personnes âgées. C’est à travers eux en effet que se déterminent et se concrétisent les droits civils, politiques et sociaux ainsi que l’accès à ces droits et la capacité à les mobiliser. Dans les pays occidentaux, les politiques et les interventions sociales semblent miser sur une citoyenneté active des personnes âgées, favorisant la personnalisation de l’accompagnement, l’autonomie des personnes ou le libre choix des services : on peut penser ici aux nouvelles formes d’interventions socio-sanitaires moins centrées sur le soin que sur l’accompagnement, au développement des gérontotechnologies qui transforment les formes de dépendances, ou aux nouvelles formes d’habitats et d’action urbanistique visant à l’intégration et la qualité de vie des personnes vieillissantes. Pour autant, ces politiques peuvent aussi se révéler source de contraintes, d’exclusions, d’inégalités ou de vulnérabilités nouvelles. Ainsi, les compétences pour solliciter, comprendre, connaître ou même financer les aides, outils ou dispositifs se révèlent socialement inégales. De la même manière, nombre de réformes en lien avec la crise économique récente ont des implications directe pour certaines personnes âgées (perte de droits, suppression de programmes d’accompagnement, précarisation, etc.).

Dans cette perspective, cet axe thématique interrogera la manière dont différentes formes d’action publique et d’intervention sociale contribuent à redéfinir la citoyenneté des personnes âgées. Dans le champ des politiques sociales, mais aussi de l’emploi ou de la santé, comment et par quels mécanismes se redessine aujourd’hui la carte de l’inclusion et d’exclusion, de l’égalité et de l’inégalité, en lien avec l’âge ? L’action publique et ses liens avec la citoyenneté pourra être saisie à travers les instruments mobilisés (techniques, architecturaux, institutionnels, etc..), les publics cible, la variété des acteurs (public, marchands, associatifs) et les pratiques d’intervention. Dans une approche comparative, on pourra également questionner le rôle des nouveaux référentiels et des concepts rattachés aux réformes - comme le « nouveau management public » (ou New public management), les notions d’efficience ou même d’empowerment.

3) Adaptation et socialisation dans les parcours de vieillissement

Le vieillissement peut être, dans certaines configurations, associé à un processus de perte du pouvoir d’agir sur soi, de perte de pouvoir social, économique et politique. Comment les individus (âgés) composent-ils avec un monde qui change ? La modification des repères familiaux, identitaires, économiques et politiques peut-elle potentiellement fragiliser certains publics âgés ? Comment ces populations âgées se préparent-elles et réagissent-elles aux transitions, aux crises, aux opportunités ou aux deuils auxquels elles font face ? Dans le cadre de cet axe thématique, il s’agira de mieux cerner les dispositions ou les mécanismes qui font que certains individus (âgés) vivent mieux que d’autres l’évolution de leur situation personnelle (santé, économique, sociale, etc.) mais également de la société. Cette compréhension devrait aider à une meilleure compréhension des vulnérabilités et des moyens de les surmonter.

De manière plus générale, cet axe thématique permettra de réfléchir plus spécifiquement à la notion de socialisation c’est-à-dire aux dispositions et aux compétences acquises tout au long de son existence en lien avec l’avancée en âge. Si tout individu (âgé) est pour une large part le produit d’expériences socialisatrices successives et/ou parallèles par lesquelles il est passé, et si la vulnérabilité sociale est le produit d’une disjonction entre des expériences socialisatrices et des contextes d’action, peut-on encore parler de processus de socialisation dans le grand âge ?

Propositions de communication

Trois formes d’interventions sont possibles dans le cadre de ce congrès.

  1. Des communications orales, qui auront lieu dans le cadre des sessions organisées autour des trois axes.
  2. Des posters qui bénéficieront d’une session spéciale ;
  3. Des symposiums (sessions panel), proposés autour d’une problématique particulière du congrès et de ses axes. Ces symposiums devront réunir trois à quatre contributions de chercheuses ou chercheurs issus de – ou travaillant sur – plusieurs pays. Leur durée sera de 90 minutes. Le format des symposiums est intentionnellement laissé ouvert mais leurs responsables sont encouragés à élaborer des propositions qui favorisent les échanges avec le public. Les propositions de symposiums doivent comporter les éléments suivants : les noms et affiliations des responsables, le titre du symposium, un résumé, les noms, emails et affiliations des intervenantes et intervenants, ainsi que les thèmes des interventions.

Les propositions de contributions, de posters et de symposiums peuvent être rédigées en français, anglais ou espagnol.

Les différentes propositions, d’un maximum de 3'000 caractères (espaces compris), doivent parvenir le 30 avril 2015 au plus tard avec une indication, le cas échéant, de l’axe thématique dans lesquelles elles s’inscrivent.

Elles doivent être déposées directement sur le site du colloque : www.reiactis2016.ch

En cas d’acceptation, le texte de la communication devra parvenir aux organisateurs jusqu’au 30 novembre 2015 pour être transmis aux modérateurs et modératrices.

Les interventions pourront avoir lieu en français, anglais ou espagnol. Cependant, une traduction simultanée ne peut être garantie pour l’ensemble des sessions.

Calendrier

  • Délai pour l’envoi des propositions : 30 avril 2015
  • Notification de l’acceptation/refus des propositions de communication : 15 juillet 2015
  • Délai pour l’envoi des communications : 30 novembre 2015.

Lieu

Université de Lausanne, Bâtiment Amphimax, Quartier Sorge, 1015 Lausanne

http://www.unil.ch/ci/fr/home/menuinst/bienvenue/plan-dacces.html

Comité d’organisation

Jean-François BICKEL, Michèle GUIGNARD, Valérie HUGENTOBLER, Rosita KORNFELD, Alexandre LAMBELET, Barbara LUCAS, Pascal MAEDER, Christian MAGGIORI, Dario SPINI, Daniel THOMAS, Jean-Philippe VIRIOT-DURANDAL, Peter VOLL.

Conseil d’expert-e-s scientifiques

Les communications seront évaluées par un Conseil scientifique composé d’expertes et d’experts internationaux. Pour la liste complète : www.reiactis2016.ch/conseil_scientifique

Adresse de contact :

Colloque REIACTIS 2016 - reiactis2016@eesp.ch

Image iStock © Robert Crum

Le vieillissement actif est-il un idéal atteignable pour les moins favorisés ?

Dans une thèse défendue le 26 février 2015 à l’Université de Genève dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES, Laure Kaeser s’interroge sur « les normes contemporaines du vieillissement au prisme des parcours de vie » en prenant le cas des personnes âgées issues de la migration économique. Au terme d’une plongée passionnante dans l’interaction entre les trajectoires migratoires et les politiques publiques du pays d’accueil en matière de retraite, la chercheuse invite à prendre en compte la pluralité des formes de vieillissement et à favoriser une démocratisation de l’accès aux ressources.

Parmi les personnes âgées en Suisse, il y a des migrants. Ce fait n’a pas échappé à l’équipe de chercheuses et chercheurs impliqués dans l’enquête Vivre-Leben-Vivere (VLV) menée au Centre interfacultaire de gérontologie et d’études des vulnérabilités (CIGEV) de l’Université de Genève. L’étude est soutenue par le Pôle de recherche national LIVES et plusieurs doctorant-e-s y travaillent.

Du fait de leur âge, de leur origine et de leur position socio-économique, les personnes étrangères peu qualifiées de plus de 65 ans forment une population difficile à atteindre, encore mal connue de la recherche et peu prise en compte par les politiques sociales. C’est pourquoi l’enquête VLV a collecté des données à Bâle et Genève sur 365 retraités issus d’Italie, d’Espagne et du Portugal, soit les trois principaux pays de provenance d’anciens travailleurs immigrés de secteurs comme la construction, l’industrie ou le nettoyage. C’est sur cet échantillon, au sein d’un ensemble plus large de 3600 répondants examinés par VLV, que Laure Kaeser a choisi de travailler.

Un concept ambivalent et normatif

La jeune sociologue observe comment les apports de la gérontologie d’une part et les politiques de l’Etat social moderne de l’autre concourent à construire et encourager le modèle du « vieillissement actif », étant entendu que les personnes âgées vivent mieux et coûtent moins quand leur pouvoir d’action est maintenu. Elle constate cependant l’ambivalence de ce concept et son aspect normatif, et se demande si le « bien vieillir » véhiculé par l’image du « senior actif » ne laisse pas de côté celles et ceux dont le parcours de vie n’a pas permis d’accumuler les ressources nécessaires. En incitant les aînés à travailler plus longtemps, à se maintenir en forme par le sport, à se cultiver, à entretenir leur réseau et à se rendre utiles, ce discours risque de marginaliser encore davantage les plus vulnérables et les moins intégrés. Or les données recueillies par VLV montrent bien que les migrantes et les migrants sont surreprésentés parmi celles et ceux dont l’état de santé, les moyens matériels et le niveau d’éducation sont les plus bas.

La perspective des parcours de vie permet à la chercheuse de mettre en rapport les trajectoires migratoires, professionnelles, familiales et de santé, et d’analyser leurs interactions avec la réalité institutionnelle du pays hôte. Elle conduit à s’intéresser au contexte historique et social de ces biographies (les épisodes xénophobes ont laissé des traces…), à leur temporalité et à la manière dont les valeurs et les normes sociales ont été internalisées (ou pas) par des individus pris entre différents référentiels. La recherche de Laure Kaeser montre ainsi que la notion de vieillissement actif possède une forte connotation ethno-centrée et correspond avant tout aux sujets les plus favorisés culturellement, socialement et économiquement. Et puisque les rapports de domination sont présents, les questions de l’articulation de l’origine et de l’âge avec le genre se posent également à la chercheuse, qui perçoit d’importantes différences hommes-femmes dans les contraintes et les opportunités de cette génération.

Qu’est-ce que l’activité ?

« Un homme qui passe sa journée devant la télé au lieu de s’activer est-il fatigué ? souffrant ? isolé ? A l’inverse, celui qui préfère bricoler ou aller au bistrot cherche-t-il à s’occuper ou à s’extraire de la sphère domestique dont il se sentirait "chassé" par sa femme ? Et aurait-il le même genre d’occupation s’il avait les moyens de voyager ? Est-ce que cela a du sens d’inciter les migrants à la randonnée si cela n’a jamais fait partie de leur pratique avant la retraite ? », se demandait Laure Kaeser lors d’un entretien à quelques jours de la défense de sa thèse pour illustrer quelques stéréotypes sur l’(in)activité des migrants.

Une des richesses de son manuscrit tient dans la réflexion qu’elle mène dans sa conclusion sur le rôle et la responsabilité du milieu académique. Les difficultés rencontrées par VLV pour rassembler des participant-e-s issu-e-s de la migration forment un chapitre entier de sa thèse, et ne sont pas étrangères à ce questionnement. Car de nombreux migrants ont montré une certaine tendance à se méfier des personnes mandatées pour collecter les données de l’enquête, assimilées à des agents de l’Etat. Et de fait, selon la chercheuse, le risque existe que la recherche soit instrumentalisée et génératrice d’injonctions normatives. D’une vision holistique du vieillissement actif, on a vite fait de glisser vers une vision productiviste visant seulement à réaliser des économies…

Laure Kaeser affirme adhérer quant à elle à une posture de chercheuse impliquée dans la cité, soucieuse de « faire entrer dans le débat public les conquêtes de la science » et de donner « la parole aux gens sans parole », à travers notamment des arènes discursives qui intègrent l’ensemble des personnes âgées.

Pour un vieillissement démocratique

A la fin de sa réflexion, elle évoque plusieurs pistes pour sortir de l’ambivalence d’un vieillissement actif voulu comme émancipateur mais pourtant contraignant : plusieurs concernent des idées déjà avancées ailleurs en faveur d’un système plus égalitaire de pensions. Elle appelle surtout à favoriser « un vieillissement démocratique qui offre la place à des formes plurielles de vieillissement et porte comme idéal de société la démocratisation de l’accès aux capitaux économique, culturel et social tout au long du parcours de vie ».

Sa thèse se termine par ces mots: « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ». Un retour aux fondamentaux, puisque cette idée forte est tout simplement le préambule de la Constitution suisse…

Commentaires du jury

Lors de sa défense, les membres du jury ont relevé « l’engagement réfléchi de la chercheuse dans son travail, sa capacité à prendre en compte les critiques pour améliorer sa discussion conclusive, le talent avec lequel elle a défendu ses vues, ainsi que son aptitude à mobiliser des collaborations », rapporte un de ses directeurs de thèse, le Prof. Michel Oris.

A travers cette recherche, Laure Kaeser a en effet su tirer le meilleur parti du réseau LIVES. En témoignent son appui sur le travail collectif qu’a été l’enquête VLV, sa construction théorique faisant place à une certaine interdisciplinarité, et surtout la co-écriture de plusieurs articles avec d’autres jeunes chercheurs dont les compétences théoriques et méthodologiques lui ont été précieuses, souligne-t-elle.

Ayant ajouté à son travail de doctorat un DAS (Diploma of Advanced Studies) en administration publique, elle est maintenant armée pour jouer son rôle dans la cité. Elle a entamé il y a un mois pour le Canton de Vaud une étude exploratoire sur le parcours des personnes bénéficiaires de l’aide sociale.

>> Kaeser, Laure (2015). Personnes âgées issues de la migration et vieilissement actif. Interroger les normes contemporaines du veillissement au prisme des parcours de vie. Sous la direction de Claudio Bolzman et Michel Oris. Université de Genève.

Syriens, Roumains, Erythréens… Une "Bibliothèque humaine" pour lire en eux comme dans un livre ouvert

Syriens, Roumains, Erythréens… Une "Bibliothèque humaine" pour lire en eux comme dans un livre ouvert

Au cours de la Semaine contre le racisme organisée du 21 au 28 mars 2015 dans plusieurs villes de Suisse et notamment du Valais, vingt-sept parcours de vie ayant un fort rapport avec la migration se dévoileront au public sur le mode de la confidence. Une chercheuse LIVES d’origine roumaine a décidé de se prêter au jeu.

Souvenirs de mondes qui n’existent plus, déchirures, secrets, histoires d’amours impossibles et de retrouvailles, rencontres, destruction et reconstruction : comment partager ces expériences autrement qu’en tête-à-tête ? C’est là toute la magie de la Bibliothèque humaine, un concept inventé au Danemark il y a une quinzaine d’année et qui est reproduit depuis 2013 à chaque Semaine valaisanne contre le racisme avec la coordination de la comédienne Rita Gay.

L’idée est de passer une demi-heure, ou plus si entente, seul-e avec une personne transformée en « livre humain » qui vous entraîne sur les pas de sa propre histoire. A la fin du récit, le dialogue peut s’ouvrir – ou pas. L’oralité et la spontanéité sont reines. Cette année à Sion, Martigny, Monthey et Sierre, les conteurs et les conteuses seront originaires de quasiment tous les continents.

Née en 1979 sous le régime de Ceausescu et travaillant maintenant comme chercheuse au Pôle de recherche national LIVES, Oana Ciobanu racontera sa trajectoire qui l’a emmenée de Bucarest à Genève en passant par plusieurs étapes comme Budapest, Hambourg, Edinbourg et Lisbonne. « Mais ce n’est pas la séquence des villes qui compte, c’est surtout ce qui s’est passé dans ces villes, les personnes que j’ai rencontrées, comment j’ai vécu chaque endroit et l’héritage que chaque ville a laissé dans mon histoire. (…) Ma migration m’a appris à rêver à quelque chose de plus », note la sociologue dans le programme de la Bibliothèque humaine.

Spécialiste des migrations internationales et des populations âgées, Oana Ciobanu a été séduite par le projet, qu’elle compare à « un retour à une culture orale des sociétés traditionnelles, où la sagesse, les coutumes, les connaissances et l’histoire se transmettaient à travers la narration. »

Elle-même a d’ailleurs utilisé l’analyse narrative dans son travail de thèse. Un intérêt que la chercheuse explique ainsi : « La complexité de la narration réside dans ce que l’on choisit de dire et en même temps d’omettre, dans la façon dont l’histoire se construit par rapport à notre interprétation de l’autre, notre auditeur. Et la construction d’une histoire ne doit pas forcément correspondre au parcours réel d’une vie, mais surtout à notre besoin de se rappeler, de souligner, de mettre en évidence notre histoire subjective. L’écoute active de la vie d’un autre a pour but de nous rapprocher, nous faire oublier que nous sommes des migrants et des natifs, que l’on soit de la première, deuxième ou troisième génération en Suisse. Finalement nous sommes simplement des personnes riches de leur histoire de vie »…

>> Programme complet de la Bibliothèque humaine

  • 24 mars à Sion entre 17h00 et 22h00
  • 25 mars à Martigny entre 16h30 et 21h30
  • 26 mars à Monthey entre 16h00 et 21h00
  • 28 mars à Sierre entre 14h00 et 19h00

 >> Réservations

>> www.semainecontreleracisme.ch

Image iStock © franckreporter

Pour faire face aux désavantages structurels, avoir une identité qui relie aux autres est un atout

Dans un papier publié dans le British Journal of Social Psychology, Mouna Bakouri démontre comment les personnes issues de milieux désavantagés qui se définissent comme connectées à un groupe sont mieux armées pour surmonter les obstacles qui se dressent sur leur parcours de vie. Selon cette doctorante du Pôle de recherche national LIVES à l’Université de Lausanne, ces individus maintiennent une meilleure estime d’eux-mêmes résultant d’un sentiment plus fort d’efficacité. Ses conclusions plaident pour des politiques d’intégration qui prennent en compte ce constat.

La psychologie sociale a déjà montré la force de l’identification avec un groupe pour réduire le sentiment de dévalorisation sociale. Dans son article publié le 12 février 2015, Mouna Bakouri va plus loin en mettant en avant le pouvoir capacitant des bonding identities (c’est à dire des identités qui sont définies par un lien avec les autres) pour les personnes faisant face à des barrières dans leurs projets de vie. Elle invoque que ces identités « reliantes » ne sont pas uniquement des identités collectives basées sur l’origine ethnique ou le profil professionnel, mais peuvent également provenir d’identités relationnelles basées sur la famille ou les amis. En comparant des individus qui mentionnent ces types d’identité comme les plus importants dans leur autodéfinition avec d’autres individus qui choisissent de se décrire à travers une identité plus personnelle (comme un trait de caractère ou une activité), Mouna Bakouri a constaté que le sentiment d’être connecté a un effet protecteur sur le sentiment d’efficacité et contre les stresseurs du parcours de vie.

Les périodes de transitions rendent souvent les contraintes structurelles encore plus perceptibles. C’est particulièrement le cas entre l’adolescence et l’âge adulte et au moment du passage à la vie professionnelle. L’étude de Mouna Bakouri s’est penchée sur un échantillon de 365 individus en Suisse âgés de 15 à 30 ans, et composé d’employés, d’apprentis et de pré-apprentis encore en recherche d’une place d’apprentissage après la fin de leur scolarité obligatoire. Une majorité de pré-apprentis était d’origine étrangère, contre seulement 11% des employés, reflétant bien les difficultés structurelles rencontrées par les personnes issues de la migration pour accéder à l’emploi.

Les participants ont été invités à remplir un questionnaire qui les interrogeait sur plusieurs aspects, tels que leurs soucis financiers, leur niveau d’estime de soi, la perception de leur capacité à faire face, la perception des obstacles et l’évaluation de leurs projets. En utilisant une version adaptée du questionnaire « Who Am I » (qui suis-je), l’enquête demandait aux répondants de définir l’identité qui les décrivait le mieux. Les réponses étaient ensuite codées de sorte à pouvoir distinguer entre les individus possédant un soi « relié » ou « non-relié ».

La première hypothèse était que les participants de groupes socialement désavantagés perçoivent de plus grandes barrières. Cela a été le cas, particulièrement pour les personnes avec des difficultés financières, les pré-apprentis et les étrangers ; l’âge et le genre n’avaient aucun effet. La seconde hypothèse était que la perception de barrières a un impact négatif sur l’estime de soi. Ce modèle s’est avéré juste, indépendamment du statut professionnel, de la nationalité ou du niveau de soucis matériels. La troisième hypothèse était au cœur du papier de Mouna Bakouri : lorsque les obstacles étaient élevés, les personnes avec une identité reliée réussissaient à maintenir une estime de soi significativement meilleure que ceux qui se définissaient par une identité personnelle. Cela peut s’expliquer par la quatrième et dernière hypothèse, dont le modèle a également été testé avec succès : le rôle protecteur des bonding identities sur l’estime de soi est lié à une confiance renforcée des individus dans leur faculté à surmonter les difficultés.

« L’existence de liens sociaux, indépendamment de la source de ces liens, semble être un facteur clé de résilience quand sa capacité d’action est structurellement restreinte », conclut Mouna Bakouri. Elle ajoute que les résultats de cette étude « ont une implication cruciale pour les interventions destinées à renforcer le pouvoir d’agir et le sentiment d’efficacité des jeunes afin de les aider à aborder les transitions critiques du parcours de vie ». Ceci vient contredire le « credo libéral » de l’individualisme et argumente en faveur de programmes qui « travaillent avec les identités de groupe et non contre elles ».

>> Mouna Bakouri, Christian Staerklé (2015). Coping with Structural Disadvantage: Overcoming Negative Effects of Perceived Barriers through Bonding Identities. British Journal of Social Psychology. Advance online publication.

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Image Philippe Gétaz

"Dynamiques collectives, (dé-)régulations sociales et espaces publics": congrès 2015 de la SSS

Des appels à communications sont lancés pour les 39 ateliers du congrès annuel de la Société suisse de sociologie, qui se tiendra à l'Université de Lausanne du 3 au 5 juin 2015. Le délai pour soumettre un papier est fixé au 13 mars. Nombre de chercheurs et chercheuses du Pôle de recherche national LIVES sont impliqués dans l'organisation du congrès et des ateliers.

Les processus actuels d’individualisation et de dé-régulation s’accompagnent cependant de nouvelles dynamiques collectives et de formes d’association inédite, susceptibles de créer de nouvelles normes. "La recherche sociologique sur les processus de fragmentation sociale mérite ainsi d’être articulée à l’examen des formes variées, souvent tâtonnantes, de reconstitution du lien social et de formation de nouvelles instances de régulation sociale, que ce soit à l’échelle microsociale de la famille, du réseau social ou du parcours de vie ou à l’échelle plus macrosociale des groupes sociaux qui tentent d’imposer de nouveaux repères identitaires, culturels ou religieux dans l’espace public", annonce le site du congrès.

Les keynote speakers seront Katherine Stovel (University of Washington), Luc Boltanski (Ecole des hautes études en sciences sociaes - EHESS, Paris), Sighard Neckel (Institut für Sozialforschung an der Johann Wolfgang Goethe-Universität, Frankfurt), et Jacques Commaille (École normale supérieure de Cachan).

Dans le comité scientifique figurent notamment Felix Bühlmann, Farinaz Fassa Recrosio, Jacques-Antoine Gauthier, Nicky Le Feuvre, Muriel Surdez, membres du PRN LIVES.

D'autres chercheurs et chercheuses LIVES sont également impliqués dans l'organisation des ateliers 1, 2, 3, 7, 16, 26 et 34: Isabelle Zinn, Jean-Michel Bonvin, Jean-Pierre Tabin, Marc Perrenoud, Claudine Burton-Jeangros, Marieke Voorpostel, Laura Bernardi.

>> Voir les appels à communication des 39 ateliers (délai de soumission: 13 mars)

Image iStock © Alex Doubovitsky

Pour étudier la vulnérabilité dans les parcours de vie, il faut des observations répétées dans le temps

Le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) vient d’octroyer 14.5 millions de francs au Pôle de recherche national LIVES pour une deuxième phase de quatre ans. Grâce à cette marque de confiance, les équipes des Universités de Lausanne, Genève, Berne et Zurich vont pouvoir poursuivre les enquêtes longitudinales initiées dans la première phase. Un suivi essentiel pour déboucher sur des constats scientifiques de qualité.

En accordant 100% du financement de la première phase (2011-2014) pour la nouvelle période qui commence, le FNS a indiqué dans son courrier du 23 janvier 2015 que l’évaluation du PRN LIVES avait abouti à un « résultat clairement positif ».

Disposer de données longitudinales est primordial dans le cas de LIVES. Cela signifie répéter plusieurs fois les mêmes enquêtes auprès des mêmes échantillons de population, afin de voir leur évolution. Sur les neuf projets du Pôle, plusieurs se basent sur des données quantitatives de panel, qui nécessitent de gros moyens humains et financiers pour la récolte, le traitement, l’analyse et le suivi des données issues de plusieurs milliers d’individus.

Populations vulnérables

Dans le cadre du projet IP201, dirigé par le Prof. Dario Spini, directeur du PRN LIVES à l’Université de Lausanne, le financement du FNS permettra de poursuivre la récolte de données auprès de jeunes adultes ayant grandi en Suisse, avec une surreprésentation de personnes nées de parents étrangers. Un autre volet, en collaboration avec le Canton de Vaud, s’intéresse aux personnes à faible revenu. Ces deux sur-échantillonnages s’insèrent dans le cadre du 3e échantillon du Panel suisse de ménages.

« Ces données vont nous permettre de compléter notre compréhension des parcours de vie de deux populations vulnérables qui étaient jusqu’à présent difficiles à analyser. Dans les deux cas nous avons besoin de ces informations pour comprendre comment ces personnes sont intégrées dans la société suisse », explique Dario Spini.

Carrières professionnelles

Afin de creuser l’aspect de l’intégration professionnelle, le projet IP207 mené par le Prof. Jérôme Rossier à l’Université de Lausanne, en collaboration avec une équipe de l’Université de Zurich, entend répéter sept fois son questionnaire lancé en 2012 auprès de personnes avec et sans emploi. Les trois premières vagues sont achevées et il en reste quatre à mener.

« Le monde professionnel s'est globalisé et est devenu moins stable. Les individus changent de plus en plus fréquemment de travail, en moyenne tous les 3 ans pour les personnes entrant sur le marché de l'emploi. Pour bien comprendre les ressources psychologiques, sociales et environnementales que les individus utilisent pour gérer leur parcours professionnel, leur carrière et leur vie, une approche longitudinale est indispensable », estime Jérôme Rossier.

Grand âge

A l’Université de Genève, c’est le grand âge qui est étudié par l’équipe de l’IP213 dirigée par le Prof. Michel Oris, co-directeur du PRN LIVES. Là encore, une approche longitudinale est nécessaire, explique-t-il : « Le vieillissement est un processus, pas un état. Des individus se fragilisent, voire deviennent dépendants ; d’autres conservent leurs ressources. Il faut prendre la mesure de ces inégalités interindividuelles, en saisir les origines dans le parcours de vie et, surtout, décortiquer l’alchimie du bien-être personnel. Et tout cela, seules les personnes elles-mêmes peuvent nous le dévoiler. »

Plus de 3000 personnes âgées de plus de 65 ans résidant dans cinq cantons de Suisse ont ainsi été longuement interrogées en 2011-2012 sur leur parcours de vie, enquête qui sera répétée en 2016 et qui complète d’autres données récoltées depuis plusieurs années par le Centre interfacultaire de gérontologie et d’études des vulnérabilités.

Vie relationnelle

Une autre équipe LIVES, basée à l’Université de Berne et emmenée par la Prof. Pasqualina Perrig-Chiello dans le cadre de l’IP212, approfondit de son côté un aspect plus spécifique du vieillissement, celui de la vie relationnelle en deuxième partie de vie. Deux vagues d’enquête ont déjà été menées en 2012 et 2014, et une troisième se déroulera en 2016.

« La perte des êtres proches est une épreuve inévitable quand on avance en âge. Cependant il existe de grandes différences individuelles, encore peu comprises, dans la manière d’y faire face. Ce projet permet de fournir des données longitudinales sur les diverses voies de l’adaptation psychologique au divorce et au veuvage. Un des objectifs est d’identifier les ressources et possibilités en matière de prévention et d’intervention psychosociales. Ces données ne répondent donc pas seulement à un desiderata scientifique mais également à un besoin avéré en santé publique », affirme la cheffe de projet.

Développer les politiques sociales

Car c’est bien là tout le sens des études menées par le PRN LIVES : identifier comment surmonter la vulnérabilité - économique, sociale, psychologique - afin de stimuler la réflexion sur le développement des politiques sociales.

Pour ce faire, d’importants moyens sont engagés depuis quatre ans et vont continuer à se déployer, en collaboration avec les universités partenaires et la Haute-école spécialisée de Suisse occidentale. La force du PRN LIVES est de combiner les compétences de plusieurs disciplines des sciences sociales et les apports de plusieurs méthodes. Les neuf projets de la 2ème phase, en plus de récolter des données longitudinales, s’intéressent également à d’autres types de données quantitatives et qualitatives, par exemple pour comprendre l’évolution des structures familiales, explorer les questions de genre, observer le monde du travail et mieux cerner le rôle des assurances sociales.

Pour la science en général et la Suisse en particulier, c’est une chance inestimable de pouvoir réunir au sein d’un même programme tous ces éléments empiriques, dans le but de mieux comprendre les dynamiques de stress et de ressources, en articulant une approche multidimensionnelle (à travers les domaines de la vie) avec une approche multi-niveaux (à travers les interactions sociales et institutionnelles) et une approche multidirectionnelle (à travers le temps).

>> Pour en savoir plus : Les recherches LIVES en bref

Photo sjo © iStock

Les migrants vivent plus longtemps. Ce paradoxe épidémiologique est vrai aussi en Suisse

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les étrangers et les nationaux sont inégaux devant la mort, montre Jonathan Zufferey dans la thèse qu’il a défendue avec succès à l’Université de Genève le 15 décembre 2014. Une recherche qu’il pourra poursuivre au cours des quatre prochaines années dans le cadre du Pôle de recherche national On the Move.

Dans la plupart des pays industrialisés, les populations allogènes jouissent d’une longévité supérieure à celle des autochtones. Pourtant les personnes d’origine étrangère font plutôt partie des classes socio-économiques les plus défavorisées, habituellement davantage exposées aux risques de mortalité.

Ce paradoxe épidémiologique est au centre du travail de doctorat1 de Jonathan Zufferey, qui s’en est emparé pour l’appliquer au cas suisse grâce aux données de la Swiss National Cohort, basées sur les recensements de 1990 et 2000 et sur l'ensemble des décès survenus en Suisse entre 1990 et 2008. Réalisée dans le cadre de l’IP14 du Pôle de recherche national LIVES avec les professeurs Michel Oris et Gilbert Ritschard de l’Université de Genève comme co-directeurs de thèse, cette recherche était doublement pertinente, puisqu’elle abordait conjointement migration et inégalités, deux problématiques essentielles dans les sciences sociales en général et pour LIVES en particulier.

Jonathan Zufferey a commencé par regarder de plus près la notion d’étranger en Suisse, qui recouvre des réalités bien différentes selon qu’on est un migrant de la première génération ou des suivantes, selon le pays d’origine et le statut. Il montre cependant que toutes catégories confondues (à l’exception des requérants d’asile et des clandestins, qui ne sont pas compris dans les données), les personnes d’origine étrangère meurent en général plus tardivement que les Suisses. Chez les hommes, seuls les étrangers provenant d’Europe de l’Est précèdent les citoyens suisses. Chez les femmes, les ressortissantes d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Europe de l’Est décèdent en moyenne plus tôt que les Suissesses. Reste que la grande majorité des immigrants proviennent d’Europe du Sud et de l’Ouest, et que la tendance à une mortalité plus tardive est très marquée pour toutes ces nationalités.

S’agissant des causes de mortalité, même constat : Jonathan Zufferey a pu identifier que les étrangers semblent posséder une meilleure résistance aux risques que les indigènes. Aucune cause prépondérante n’explique le paradoxe. Parmi ces causes, le suicide apparaît même d'une rare homogénéité, car toutes les populations d'origine étrangère ont des risques inférieurs de mort volontaire.

Importance des biais

Les résultats sont particulièrement robustes, partant de données de recensement qui couvrent l’intégralité de la population résidente. Par contre l’existence de facteurs explicatifs liés à des biais ne peut pas être écartée.

Aux Etats-Unis et dans les pays européens, la recherche a déjà émis plusieurs hypothèses dans ce sens pour expliquer le phénomène. Les biais de sélection peuvent survenir à l’entrée et à la sortie des migrants dans le pays : ainsi seuls les plus résistants tenteraient l’expérience de la migration et resteraient durablement ; les plus faibles seraient moins nombreux à se lancer et quitteraient davantage le pays en cas de difficulté. Un autre biais pourrait être lié aux données elles-mêmes, si les étrangers quittent le pays sans informer les autorités de leur départ, ce qui les rendrait en quelque sorte statistiquement « immortels ».

Jonathan Zufferey constate cependant que le différentiel de mortalité perdure aussi parmi la deuxième génération, rendant les biais de sélection insuffisants à expliquer totalement le phénomène.

Contexte et culture

Le chercheur explore donc également d’autres pistes, comme le contexte spatio-social, avec une analyse détaillée de la mortalité en fonction des environnements de vie. Il observe que dans les quartiers populaires, la longévité des étrangers reste supérieure à celle des Suisses. Quand ces quartiers disposent d’activités associatives, bénévoles ou communautaires, l’impact sur la santé semble bénéfique pour les nationaux mais demeure neutre pour les immigrés.

La recherche de Jonathan Zufferey montre qu'il convient de pousser les analyses dans les intersections de la structure sociale en détectant les interactions qui recèlent des accumulations ou des compensations de facteurs de risque. Grâce à des méthodes de fouille de données, il relève que c'est dans les positions sociales les plus vulnérables que l’écart de mortalité entre migrants et natifs est le plus grand.

Dans ses conclusions, Jonathan Zufferey penche pour « un cumul de facteurs explicatifs » et accrédite partiellement l’idée de biais de sélection, qu’il estime cependant difficiles à calculer. Il développe l’idée d’une certaine « culture de la migration », qui s'exprime à travers des traits de caractères favorables, avec « plus d’ouverture » et « plus de volonté » chez ceux qui tentent l’aventure de la migration et leurs descendants. Ces personnes disposeraient ainsi d'un certain avantage face aux risques par rapport à la population d’origine locale.

Salutations du jury

Le jury de thèse a salué « le travail impressionnant », la « rigueur scientifique », la « richesse de l’approche empirique » et « la capacité de vulgarisation » de Jonathan Zufferey.

En réponse aux professeurs Patrick Deboosere, de Vrije Universiteit Brussel, et Philippe Wanner, de l’Université de Genève, qui auraient souhaité des recommandations en termes de politiques sociales, le doctorant a relevé que la Suisse, par son absence de ghettos ethniques, pourrait être un modèle pour d’autres pays. Il a cependant souligné que la mortalité était un indicateur de santé publique parmi d’autres, et pas forcément le plus nuancé, du fait notamment que son étude n’a pas pu aborder des populations particulièrement vulnérables comme les requérants d'asile ou les sans-papiers.

Pour ses directeurs de thèse, Jonathan Zufferey est l’exemple idéal de ces étudiants en sciences sociales « sans background initial en économétrie ou statistique qui finissent par produire des résultats magistraux », a déclaré le Prof. Gilbert Ritschard. Le doctorant a ainsi donné « une belle illustration d’une démographie interdisciplinaire », a renchéri le Prof. Michel Oris, ajoutant que « la science est faite pour avancer, pas pour poser des points finaux ».

Cette poursuite ne saurait tarder, puisque Jonathan Zufferey a déjà été engagé comme post-doc pour quatre ans par le nouveau Pôle de recherche national On the Move. Sa future recherche portera principalement sur la mobilité interne des migrants, mais il aura également accès à des données inédites permettant de contrôler « le biais du saumon », à savoir combien d’étrangers retournent mourir chez eux. « La Suisse sera la première à pouvoir faire une telle étude », s’est réjoui le jeune chercheur fraîchement nommé docteur.

  • 1. Zufferey, J., (2014). Pourquoi les migrants vivent-ils plus longtemps? Analyse des différentiels de mortalité des populations suisse et étrangères 1990-2008. Université de Genève.
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Travaillant sur l‘insécurité de l’emploi, une doctorante gagne en confiance et trouve un job

Emily Murphy s’apprête à quitter le Pôle de recherche national LIVES après quatre années passées à l’IP4 – « Inégalités économiques: Vers des chemins pour sortir de la vulnérabilité ». Un des quatre articles qui composent sa thèse a déjà été publié par la prestigieuse Revue européenne de sociologie. Elle a maintenant été engagée par une spécialiste renommée du parcours de vie à l’Université de Zurich.

Au cours des vingt dernières années, plus de 20% des personnes qui travaillaient dans des métiers en déclin en Grande-Bretagne, Allemagne et Suisse ont retrouvé un emploi dans un secteur en expansion. Quels sont les profils des travailleurs et travailleuses qui risquent le plus de quitter une profession déclinante, et vers quels types de travail se tournent ils/elles ?

Telles sont certaines des questions auxquelles la doctorante LIVES Emily Murphy répond dans la recherche qu’elle a présentée en octobre 2014 lors de son colloque de thèse à l'Université de Lausanne, à quelques mois de la soutenance publique qui aura lieu en mars 2015. A noter que l’une des quatre parties qui composent sa thèse par articles a été publiée dans la European Sociological Review, ce qui n’est pas si courant à ce stade d’une carrière académique1.

Tenter de faire parler Emily Murphy de ses succès n’est pas chose aisée. Heureusement que d’autres s’en chargent volontiers ! Son directeur de thèse, Prof. Daniel Oesch, admire les qualités scientifiques de sa doctorante : « C’est une remarquable analyste, elle lit énormément et son écriture est limpide », retient-il.

Déclin des métiers traditionnels de production

Utilisant des données de panel et de recensement du Royaume-Uni, d’Allemagne, de Suisse et d’Irlande remontant jusque dans les années 70, Emily Murphy constate que les dernières décennies ont été marquées par le déclin de plusieurs métiers traditionnels dans les secteurs industriels et agricoles, principalement en ce qui concerne les hommes.

L’évolution technologique n’est pas seule en cause, avance-t-elle. La mondialisation et les régimes institutionnels pèsent aussi lourdement. L’entrée des femmes - en particulier de femmes plus qualifiées - sur le marché de l’emploi, l’augmentation de l’immigration et le développement de métiers dans le domaine des services (santé, commerce et technologies) ont largement contribué à ce changement structurel.

Inégalités de genre et de statut

Les métiers qui sont en progression ne sont pas forcément synonymes de meilleurs emplois, met en garde Emily Murphy. Passer d’un emploi en déclin à une profession montante concerne surtout les femmes, par exemple dans les soins paramédicaux, mais les métiers faiblement rémunérés sont la voie la plus probable, par exemple comme employées de maison, dans la vente ou la restauration. Les travailleurs masculins des secteurs industriel ou agricole ont plus de risque de tomber au chômage que les femmes employées de bureau, surtout en Grande-Bretagne et en Allemagne - moins en Suisse où les reconversions les plus probables vont vers des métiers en hausse mais à bas salaire.

Emily Murphy montre que les inégalités de genre et de statut demeurent vivaces. L’observation selon laquelle les femmes occupant les métiers les moins rémunérés dans le secteur des services connaissent rarement une mobilité ascendante est d’autant plus marquante concernant les migrantes, alors même qu’une bonne partie d’entre elles possèdent des niveaux de formation supérieurs aux autochtones engagées pour les mêmes tâches. Un autre motif de préoccupation réside dans le fait que les métiers où les femmes procurent 60% de la main-d’œuvre sont également ceux qui offrent les salaires les plus bas ; là où les femmes sont majoritaires, le niveau de revenu du travail baisse.

Besoin de formation continue

Une des conclusions importante de cette thèse est que les employé-e-s de bureau au niveau inférieur ou intermédiaire ont davantage de capacités à adapter leurs compétences aux exigences des métiers montants. « Ces personnes semblent connaître des transitions plus faciles en fonction de ce qui leur est demandé, parce que leur profession de départ paraît plus proche de ces nouveaux métiers », souligne Emily Murphy.

Ce constat en entraîne un autre, sous forme de conséquence pour les politiques publiques : le besoin de formation continue, tout particulièrement pour les travailleurs des secteurs primaires et secondaires, qui auraient besoin de développer de nouvelles aptitudes pour pouvoir s’adapter aux évolutions du marché de l’emploi. « C’est un aspect qui mériterait l’attention de la recherche », estime-t-elle.

Une carrière prometteuse

En plus d’avoir publié dans une revue prestigieuse, Emily Murphy a également réussi l’exploit d’être engagée comme post-doc avant même d’obtenir son doctorat… Depuis septembre, elle fait des va-et-vient entre Lausanne et l’Université de Zurich, où le Département de Sociologie lui a offert deux postes.

C'est Marlis Buchmann, chercheuse réputée, qui l'a intégrée dans l’équipe du Swiss Survey on Children and Youth (COCON), dont la prochaine vague de collecte de données commencera en 2015 avec les enfants de la plus jeune cohorte, âgés maintenant de 15 ans (ils en avaient 6 au début de l’enquête en 2006).

Et dès l’an prochain, Emily Murphy participera également au Stellenmarkt-Monitor Schweiz (SMM), projet qui vise à étudier l’évolution des exigences et des pratiques des employeurs lors des processus de recrutement, à l’aide d’une base de données remontant jusque dans les années 50.

Les compétences analytiques d’Emily Murphy feront certainement des merveilles à Zurich. Sur le plan personnel, le fait de rester en Suisse lui permettra de continuer à s’adonner au ski, qu’elle a découvert en quittant l’Irlande. Descendre et remonter la pente ne devrait plus l’effrayer, dans quelque domaine que ce soit.

  • 1. Murphy, E. (2014). Workers' movement out of declining occupations in Great Britain, Germany and Switzerland. European Sociological Review, 2014 30: 685-701.
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La conférence nationale sur la promotion de la santé s’injecte une bonne dose de parcours de vie

Sept chercheurs et chercheuses LIVES, dont cinq chef-fe-s de projet, interviendront lors d'une prochaine réunion annuelle des professionnel-le-s de la santé le 29 janvier 2015 à Lucerne. Entièrement consacrée au thème des parcours de vie, cette journée organisée par Promotion Santé Suisse prévoit une série de conférences plénières et sous-plénières ainsi que des ateliers et des stands d’exposition, dont celui du Pôle de recherche national LIVES, qui promet d’être interactif.

« Si l’étude des parcours de vie n’est pas un concept nouveau, son application dans le domaine de la santé est cependant plus récente. Cette approche a pour objectif de mettre en évidence les interactions étroites entre la santé des individus et l’environnement physique et socio-économique dans lequel ils naissent, grandissent et vivent », annonce le programme de la 16e Conférence nationale sur la promotion de la santé se qui se tiendra le 29 janvier 2015 à la Messe Lucerne.

L’organisation Promotion Santé Suisse a dédié cette édition à Promouvoir notre santé tout au long de la vie, et invité plusieurs membres du Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité : perspective du parcours de vie (PRN LIVES) à partager avec le monde médical leurs recherches menées à ce sujet en sciences sociales.

Le directeur du PRN LIVES, Prof. Dario Spini, interviendra dans la première séance plénière avec une présentation intitulée Dynamiques de santé au cours de la vie: une piste pour la prévention? Il sera suivi par Dr. Stéphane Cullati avec Parcours de vie et trajectoires de santé en Suisse: quelles conséquences pour la promotion de la santé?

Dans la sous-plénière sur les personnes âgées, la Prof. Pasqualina Perrig-Chiello, cheffe de l’IP12, s’exprimera sur les Ruptures à un âge avancé: répercussions et schémas d’adaptation en cas de divorce ou de veuvage, et le Prof. Claudio Bolzman, chef de l’IP2, parlera de la santé des migrants âgés.

Dans les autres sous-plénières, il sera encore question de Configurations familiales et fonctionnements sociaux-affectifs dans l’enfance et l’adolescence avec le Prof. Eric Widmer, sociologue chef de l’IP8.  Dans la partie réservée à la vie adulte, le chef de l’IP7, Prof. Jérôme Rossier, et une membre de son équipe, Prof. Alexandra M. Freund, aborderont l’angle de la psychologie pour faire le lien entre travail et bien-être d’une part, motivation et santé de l’autre.

« Seule une approche multidisciplinaire et multisectorielle est à même de nous aider à trouver des solutions. (…) Une telle approche intégrée et multidisciplinaire a pour objectif de rendre le système de santé plus efficace », estiment Barbara Weil, de la Fédération des médecins suisses, et Catherine Favre Kruit, de Promotion Santé Suisse, en présentant la conférence dans le dernier Bulletin des médecins suisses.

Les participants à cette journée sont invités à passer voir le stand du Pôle de recherche national LIVES, qui présentera sur un mode ludique un outil de travail de la recherche en parcours de vie : le calendrier de vie. Servant à retracer des trajectoires biographiques individuelles, cet outil permet d’analyser les liens existant entre la santé et les autres domaines de la vie tels que la famille et le travail.

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