Refugee Routes - Somalia, 29.11.2018, Bern

REFUGEE ROUTES: soirée d'information sur la Somalie

Pour la première fois en Suisse alémanique, à Berne, la prochaine soirée «Refugee Routes» organisée le 29 novembre portera sur la Somalie.

Les soirées REFUGEE ROUTES, organisées par l’OSAR avec le soutien du Pôle de recherche national LIVES, ont pour but de mieux comprendre la situation des réfugiés en Suisse, les raisons qui les ont poussés à l’exil et leurs conditions d’accueil en Suisse. Elles s’adressent à toute personne intéressée, en particulier dans les milieux associatifs et institutionnels.
Cette soirée d'information aura lieu en allemand. Veuillez consulter la version allemande de cette actualité pour d'autres détails.

>> Inscription obligatoire (jusqu'au 23.11.2018)

Cover Vol. 10 : Sequence Analysis and Related Approaches (Ed. Springer, 2018)

Un nouvel ouvrage des Springer Series: «Sequence Analysis and Related Approaches, Innovative Methods and Applications»

Le 10ème volume de la Série (en anglais seulement) "Life Course Research and Social Policies", publié par NCCR LIVES aux éditions Springer vient de sortir et est désormais disponible en Open Access. Une mine d'outils et informations pour les scientifiques des domaines sociaux s'intéressant à l'analyse quantitative des parcours de vie, et pour ceux travaillant en sociologie, démographie, économie, santé, psychologie, politiques sociales et statistiques!

Le dixième ouvrage,intitulé «Sequence Analysis and Related Approaches, Innovative Methods and Applications», édité par Gilbert Ritschard et Matthias Studer, tous deux affiliés à NCCR LIVES et à la Geneva School of Social Sciences University de Genève, est désormais disponible en mode Open Access.

Ce nouvel ouvrage apporte des méthodes novatrices et des applications originales d’analyse de séquence (AS) et des méthodes appropriées d’analyse de données longitudinales décrivant les parcours de vie: trajectoires professionnelles, familiales ou de santé ou emploi du temps. Il porte une attention toute particulière à l’utilisation combinée d’AS et d’autres méthodes appropriées pour les données longitudinales, ainsi qu’aux alternatives à l’AS classique consistant à élaborer des typologies de séquences à partir de disparités entre paires de séquences.

Combiner l'analyse de séquence avec d'autres méthodes

Outre les deux articles généraux (Courgeau; Eerola) dans la Partie I, cinq autres démontrent les avantages de combiner l’AS avec d’autres méthodes pour saisir la dynamique des trajectoires. L’AS est combinée avec des modèles de survie (Malin and Wise; Lundevaller et al.; Rossignon et al.), de l'analyse quali-quantitative comparée (QCA) (Borgna and Struffolino) et avec des modèles cachés de Markov (Helske et al.). Parmi les autres contributions méthodologiques, trois concernent le cadre classique de l’AS. Deux d’entre elles ouvrent des voies novatrices de calcul des dissimilitudes entre les séquences (Collas; Bison and Scalcon) et un regroupement flou des séquences basé sur les caractéristiques (Studer). Les autres présentations méthodologiques traitent d’approches alternatives qui ne se fondent pas sur la disparité. A savoir les réseaux de séquences (Cornwell; Hamberger), les regroupements basés sur l’utilisation des chaînes de Markov (Taushanov and Berchtold) et la mesure de la qualité ou de la précarité des séquences individuelles (Manzoni et Mooi-Reci; Ritschard et al.).

L’utilité de l’AS et les développements méthodologiques proposés sont illustrés au fil de l’étude par plusieurs cas de parcours de vie, tels les trajectoires professionnelles genrées (Malin and Wise), la participation au marché du travail des femmes en Allemagne (Borgna and Struffolino), la relation entre la participation au marché du travail et les autres domaines de la vie (Helske et al.), la manière dont les trajectoires passées affectent les chances de congé parental en Suisse (Rossignon et al.), la mortalité des personnes handicapées au XIXe siècle en Suède (Lundevaller et al.), l’utilisation du temps pendant une journée type dans les couples à deux revenus en Italie (Bison et Scalcon), les schémas de mobilité au Togo (Hamberger), la dépendance à Internet en Suisse (Taushanov et Berchtold), la qualité des carrières professionnelles après une première période de chômage (Manzoni and Mooi-Reci) et la transition de l’école au travail (Studer; Ritschard et al.).

Une mine d'informations

Cet ouvrage offre ainsi une mine d’informations aux scientifiques des domaines sociaux s’intéressant à l’analyse quantitative des parcours de vie et à toutes les personnes qui travaillent dans l’univers de la sociologie, de la démographie, de l’économie, de la santé, de la psychologie, des politiques sociales et des statistiques.

Le Pôle de recherche national Suisse LIVES se réjouit par ailleurs que cinq chapitres de cette publication soient des contributions de chercheurs de LIVES:

Springer series on "Life Course Research and Social Policies" in open access

This Series invites academic scholars to present theoretical, methodological, and empirical advances in the analysis of the life course, and to elaborate on possible implications for society and social policies applications. Thanks to the NCCR LIVES funding, all those books are published in open access. The Series editors are Laura Bernardi, Dario Spini and Jean-Michel Bonvin.

Submit your book proposals!

Ideas and proposals for additional contributions to the Series should be sent to laura.bernardi@unil.ch.>> Already published

>> Ritschard, G; Studer, M. (eds) (2018). Sequence Analysis and Related Approaches Innovative Methods and Applications. Cham, Switzerland:, Springer, Life Course Research and Social Policies, Vol. 10
>> Télécharger le livre (pdf)

 

April 1 - 5, 2019 - LIVES WINTER SCHOOL, VENICE (I)

THE 5th LIVES WINTER SCHOOL ON LIFE COURSE WILL TAKE PLACE IN VENICE

The fifth edition of the LIVES Winter School (April 1 - 5, 2019) is the first organized in collaboration with Venice International University (on its campus of Isola di San Servolo) and led by the two VIU member universities: the University of Lausanne and the University of Padua. In particular, the Winter School 2019 will focus on training the participants in the production of journal articles as a fundamental aspect of the academic career they are approaching: with a “learning by doing” approach, they will prepare collaborative articles going through all stages of the research process, heading towards a joint publication as a medium-term follow-up. The application is open until November 30.

During an intensive one-week program, doctoral students and young researchers will work on various fields of Life Course research through a multidisciplinary approach (Sociology, Psychology, Social Psychology, Life-span Psychology, Social Demography and Social Policies) on vulnerability across the life course. The School first targets PhD students, but Post-doc researchers are also eligible.

Affiliated institutions
  • Bremen International Graduate School of Social Sciences (BIGSSS), University of Bremen & Jacobs University (D)
  • Hallie Ford Center for Healthy Children & Families, Oregon State University (USA)
  • Centre for Population, Aging and Health, Western University (CA)
  • Ageing and Living Conditions Programme (ALC)
  • Faculty of Social Sciences, KU Leuven (BE)

On-line application
Available from November 1 to 30, 2018 on the VIU website
>> Apply
>> Program and practical informations

Venice International University
Isola di San Servolo
30100 Venice - Italy
Tel. +39 041 2719 511
Fax +39 041 2719 510
e-mail: summerschools@univiu.org 

iStock © digtialstorm

Innovation et intervention sociales : une recherche d’impact dans les domaines du travail social et de la santé

Colloque international le 21 novembre 2018 à la Haute école de travail social (HES-SO) de Genève, avec des conférences de Anne Parpan Blaser (FHNW) et de Jacques Caillouette (Université de Sherbrooke), Mélanie Bourque (Université du Québec en Outaouais) et Christian Jetté (Université de Montréal), ainsi que deux ateliers de réflexion et une table ronde réunissant des intervenants de divers horizons.

>> Flyer

L’intervention sociale et sanitaire s’effectue à la croisée des accompagnements individuels et collectifs. Elle s’articule en outre à l’échelle institutionnelle et territoriale. De ce fait, elle réunit une grande variété d’acteurs·trices professionnel·le·s (personnel de premier recours, de formation, de recherche, etc.), des récipiendaires confronté·e·s à toutes sortes de questions sociales et de santé, et dépend également de décisions du législateur, des moyens financiers à disposition et des modes de gestion.

Si l’on considère que l’innovation sociale « peut être définie comme le développement et la mise en œuvre de nouvelles idées (produits, services et modèles) pour répondre à des besoins sociaux et créer de nouvelles relations ou collaborations sociales » (Guide de l’innovation sociale, Commission européenne, 2013), l’intervention sociale et sanitaire peut être considérée comme un champ d’expertise indispensable à la production de nouvelles réponses aux défis sociaux contemporains qui concernent les personnes vulnérables tout au long de leurs parcours de vie : le care, les coûts de la santé, les inégalités sociales et le cumul des désavantages, l’emploi précaire ou atypique, le burnout et la santé au travail, le vieillissement, l’éclatement familial, etc. Ce colloque international questionne dès lors l’apport de l’intervention sociale et sanitaire à l’innovation sociale à travers trois volets:

1. Contours

Le premier volet consistera à donner un éclairage conceptuel pour tenter de définir les contours de l’innovation sociale. Nous le ferons en mettant l’accent sur les processus de l’innovation sociale, notamment en matière de participation des professionnel·le·s, mais aussi des récipiendaires dans des institutions et des territoires circonscrits. Ces personnes se situent à différents points de l’espace social qu’il s’agit de saisir collectivement pour que de nouvelles solutions concrètes puissent émerger. En matière d’innovation sociale, il est en effet tout aussi important de valoriser les processus que les résultats, car les modalités de mise en œuvre doivent permettre de développer le pouvoir d’agir des individus et de renforcer les liens sociaux des collectifs mobilisés. Faut-il comprendre ces processus comme des vecteurs de démocratisation transformative pour le bien commun ? Ces enjeux seront développés par des spécialistes de l’innovation sociale.

2. Processus

Le deuxième volet apportera un regard réflexif sur les processus vécus par les différent·e·s acteurs·trices. Comment fonctionne le collectif d’innovation sociale ? Quelle entente entre les multiples acteurs et actrices ? Comment les différentes expertises (scientifiques, professionnelles et usagères) se combinent-elles ? Du point de vue de la recherche en sciences humaines et sociales, la perspective du parcours de vie permet-elle d’obtenir des résultats novateurs significatifs sans péjorer les droits fondamentaux de personnes vulnérables ? Comment l’intervention sociale se nourrit-elle de cette approche qui met en relief l’interdépendance des domaines de vie et des normes qui gouvernent les ressources sociales, économiques, psychologiques et physiologiques ? Comment peut-elle intégrer des méthodes longitudinales attentives aux temporalités des vulnérabilités ? Quel peut être l’apport des Living Labs pour reconnaître et formaliser la réalisation d’un projet innovant ? Ces questions, et bien d’autres, seront discutées par des spécialistes.

3. Enjeux

Enfin, le colloque entend interroger les enjeux des processus d’innovation sociale, leurs financements et leurs évaluations. A qui incombe la tâche de valider une innovation sociale ? Selon quels critères et dans quelle temporalité ? Ce type de questionnements interroge la légitimité de l’intervention sociale et sanitaire, mais également le soutien financier et l’institutionnalisation de l’innovation sociale. Le besoin d’intervention dépend en effet fortement de la perception du problème social et de son cadre institutionnel. En Suisse, outre les trois niveaux de compétence étatique et les règles du marché liées à l’économie capitaliste, ce processus est ancré dans un débat idéologique dont les termes doivent être objectivés. C’est en favorisant le dialogue entre les différents acteurs et actrices concerné·e·s que ce troisième volet du colloque sera développé à travers une table ronde.

Programme

Accueil
  • 09h00-09h30 Réception des participant·e·s
  • 09h30-09h35 Ouverture du colloque
  • 09h35-09h50 Mots de bienvenue
  • Joëlle Libois, Directrice de la Haute école de travail social Genève (HETS-GE)
  • Christine Pirinoli, Vice-rectrice Recherche & Innovation, Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO)
  • Dario Spini, Directeur du Pôle de recherche national LIVES
Conférence
  • 09h50-10h35
  • Anne Parpan-Blaser, Haute école spécialisée du Nord-ouest de la Suisse (FHNW)
    L’innovation sociale – Un concept-pont entre production et utilisation des connaissances
  • 10h35-11h00 Pause
Atelier de réflexion
  • 11h00-12h30 L’innovation sociale en action I : le défi de la collaboration

    (présentation en tandem équipe de recherche/partenaire du terrain ou récipiendaires) 

Modération : Olivier Grand, HES-SO

  • Les situations dites complexes des personnes en situation de handicap : plaisir et souffrance dans le travail éducatif
    Toni Cerrone, HETS & Sa | EESP | Lausanne & Pascal Devaux, Fondation Perceval, St-Prex

  • Roms en cité : témoignages, participation et politiques publiques
    Monica Battaglini, HETS-GE & Cera Moaca, Pôle Médiation Intercommunautaire à CARITAS

  • La recherche participative comme méthode pour travailler avec des populations vulnérables et d’impact social à partir des exemples des projets « Encore ! Des histoires ! Évaluation participative du projet pilote de « LivrEchange » et « La parentalité en situation de toxicodépendance dans le canton de Vaud »
    Annamaria Colombo, HETS-FR & Cynthia Pedrazzini, Café des Mamans

  • 12h30-13h30 Pause de midi – repas
Atelier de réflexion
  • 13h30-15h00 L’innovation sociale en action II : le défi du développement
    (présentations en tandem équipe de recherche/partenaire du terrain ou récipiendaires)
  • Le non-recours aux prestations sociales à Genève
    Alain Bolle, CSP Genève/Dominique Froidevaux, Caritas Genève & Barbara Lucas, HETS-GE

  • Cause Commune : Méthodologie de politique d’action sociale communale de Chavannes-près-Renens
    Dario Spini / Emmanuelle Anex, PRN LIVES & Alain Plattet, Commune de Chavannes-près-Renens

  • IncuPA, étude de faisabilité d’un incubateur de projets en faveur du soutien aux proches aidant∙e∙s
    Sandrine Pihet/Noémie Pasquier, HEdS-FR & Jean-Jacques Monachon, Service de la santé publique de canton de Neuchâtel

  • 15h00-15h30 Pause
Conférence
  • 15h30-16h30
  • L'expérience du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) au Québec: apports pratiques et théoriques d’un concept heuristique
    Jacques Caillouette, Université de Sherbrooke, responsable au CRISES de l’axe sur les innovations sociales dans les politiques et pratiques sociales; Mélanie Bourque, Université du Québec en Outaouais, membre du CRISES; Christian Jetté, Université de Montréal, membre du CRISES

Table ronde
  • 16h30-17h45
        • « Centre d’innovation sociale » de LIVES, défis et perspectives
          Modération : Jean-Pierre Tabin (HETS&Sa | EESP)

Participant·e·s (entre autres):

  • Thierry Apothéloz, Conseiller d’Etat, Genève
  • Philippe Cotting, Association REPER, Fribourg
  • Corinne Hutmacher-Perret, Conférence suisse des institutions d'action sociale (CSIAS), Berne
  • Jacques Laurent, Service d'accompagnement et d'hébergement de l'adulte (SAHA), Canton de Neuchâtel
  • Véréna Keller, AvenirSocial, Berne

Informations pratiques

Lieu

Haute école de travail social (HES-SO) de Genève, auditoire E007 (Bâtiment E), Rue Pré-Jérôme 16, 1205 Genève
Plan du quartier : https://www.hesge.ch/hets/contact-0

Inscriptions - il n'est plus possible de s'inscrire

Frais d’inscription: 10 francs payables sur place

Comité d'organisation

  • Milena Chimienti
  • Pascal Maeder (contact)
  • Christian Maggiori
  • Stéphane Rullac
Augmentation spectaculaire de la main d'oeuvre étrangère hautement qualifiée en Suisse

La main d'œuvre étrangère hautement qualifiée a plus que doublée en 25 ans en Suisse

Dans un article pour la revue "Social Change in Switzerland", Philippe Wanner et Ilka Steiner montrent l’évolution des flux migratoires vers la Suisse durant les 25 dernières années. C’est l’immigration de main d’œuvre hautement qualifiée qui a augmenté de façon spectaculaire. L’analyse des deux chercheurs est fondée sur plusieurs bases de données originales et montre le rôle prépondérant joué par l’évolution du marché du travail dans ces changements, comme le détaille un communiqué de presse.

Depuis le début du 21e siècle, la Suisse a connu un fort accroissement de son solde migratoire. En parallèle, la composition des flux migratoires s’est modifiée drastiquement avec un nombre de migrants hautement qualifiés qui a plus que doublé entre 1991 et 2014. En utilisant de nouvelles données, Philippe Wanner et Ilka Steiner montrent que les nouveaux migrants possédant une formation tertiaire sont passés de 30'000 en 1991 à 40'000 dès 2000 et à plus de 60'000 après 2007. Aujourd’hui, les migrants hautement qualifiés représentent la moitié des entrées annuelles.

L’immigration de personnels hautement qualifiés ne s’observe pas avec la même intensité pour les différentes nationalités. Sur la base d’une nouvelle enquête, les auteurs montrent que la part des migrants hautement qualifiés dépasse les 80% pour les ressortissants de la France et du Royaume-Uni. Elle atteint deux tiers pour les migrants provenant de l’Allemagne et de l’Autriche, mais n’est que de 24% pour les nouveaux migrants du Portugal. Au cours des dernières années, les Espagnols et Italiens notamment ont connu de profonds changements dans la composition des flux migratoires. Ils dénombrent aujourd’hui plus de 50% de personnes hautement qualifiées, alors qu’historiquement ces flux étaient composés de personnes plutôt faiblement qualifiées.

La croissance de la migration hautement qualifiée s’explique par la demande du marché du travail suisse. Les nouvelles données montrent que plus de la moitié des immigrants européens hautement qualifiés avaient un contrat de travail en Suisse avant leur arrivée dans le pays. Cependant, les auteurs rappellent que la migration internationale n’a joué qu’un rôle secondaire dans la réponse aux besoins du marché du travail. Entre 2010 et 2013, elle a permis de combler moins de 30% de la demande de travailleurs ayant une formation tertiaire. De nouvelles générations de jeunes natifs de la Suisse, mieux qualifiés que leurs aînés, ont joué le rôle prédominant à ce propos.

>> Wanner, Philippe et Steiner, Ilka (2018). Une augmentation spectaculaire de la migration hautement qualifiée en Suisse. Social Change in Switzerland No 16. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact : Ilka Steiner, 078 610 36 31, Ilka.Steiner@unige.ch

Prof. Marieke van den Brink, Radboud Univer­sity Nijmegen (NL)

LECTURE: GENDER PRACTICES IN RECRUITMENT AND SELECTION IN ACADEMIA, Prof. Marieke Van den Brink

On November 5th, the Equality Programme of the NCCR LIVES and the Equality Office of the University of Lausanne will welcome a lecture by Prof. Marieke van den Brink from Radboud University Nijmegen, in the Netherlands. She will unmask some persistent myths related to recruitment and selection which are often used to explain away the under-representation of women in senior academic positions.

Marieke van den Brink is Professor of Gender & Diversity at the Institute for Social and Cultural Research at Radboud University Nijmegen, in the Netherlands. Her main research interests are gender and diversity in organisations, organisational learning and processes of power and resistance. She is an elected member of the prestigious Young Academy of the Royal Netherlands Academy of Arts and Sciences. Her work has been published in many journals, including Journal of Management Studies, Organization Studies, Organization, Human Relations, Gender, Work & Organization, Social Science & Medicine, Employee Relations.

Programme:
  • 12:15-12:25: Welcome address by Stefanie Brander (Equality Office, UNIL) & Eva Green (Vice-dean for Equality and Careers, Faculty of Social and Political Sciences)
  • 12:25-13:30: Lecture by Marieke van den Brink & discussion
  • 13:30-14:00: Standing lunch

Venue: University of Lausanne, Geopolis building, room 1620

>> REGISTRATION

Contacts & informations: equality@lives-nccr.ch 
 
This event is organised in partnership with:
- Equal Opportunities Office of EPFL
- College of Humanities of EPFL
- Faculty of Social and Political Sciences of the University of Lausanne
- Interfaculty Platform for Gender Studies (PlaGe) of the University of Lausanne
The same lecture will take place at the University of Bern, Main building, Hochschulstrasse 4, Room 114, on Monday 5 November from 18:15 to 19:30.
Refugee routes: soirée d'information sur l'Érythrée - COMPLET

Refugee routes: soirée d'information sur l'Érythrée - COMPLET

La prochaine soirée «Refugee Routes», organisée le 1er novembre à Lausanne, portera sur l'Erythrée. Ces soirées ont pour but de mieux comprendre la situation des réfugiés en Suisse, les raisons qui les ont poussés à l’exil et leurs conditions d’accueil en Suisse. Elles sont organisées par l’OSAR avec le soutien du Pôle de recherche national LIVES et s’adressent à toute personne intéressée, en particulier dans les milieux associatifs et institutionnels.

Le règne de l’arbitraire prévaut en Érythrée. Sans Constitution, ni État de droit, la situation préoccupante en matière des droits humains pousse chaque année des milliers de personnes à fuir le pays. Le service national à durée indéterminée et le risque d’y être enrôlé sont les motifs les plus fréquents des demandes d’asile en Suisse. Depuis ces deux dernières années, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) traite les demandes d’asile déposées par les ressortissants érythréens de manière nettement plus stricte, sans pour autant disposer de sources ables qui justiferaient ces nouvelles pratiques.

Cette soirée, organisée par l'OSAR et le PRN LIVES, sera l'occasion pour plusieurs intervenants, présentés par le Professeur Dario Spini, d'exposer le contexte socio-historique de ce pays, ce qui se passe sur le terrain, ainsi que les conditions d'accueil des personnes provenant d'Erythrée en Suisse.

 Les intervenants

  • Contexte socio-historique en Erythrée, David Bozzini, professeur Université de Fribourg
  • Situation sécuritaire et humanitaire sur le terrain, Veronica Almedom, co-fondatrice et co-directrice «Information Forum for Eritrea», membre de la Commission fédérale des migrations
  • Pratiques des autorités suisse, Sarah Frehner, collaboratrice scientifique à l’OSAR
 >> Inscription obligatoire COMPLET - IL NE RESTE PLUS DE PLACES
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Foyers monoparentaux à l’aide sociale: présentation de l'étude aux services sociaux neuchâtelois

Sur invitation de l’Office de la politique familiale et de l’égalité du Canton de Neuchâtel, Ornella Larenza va présenter demain aux responsables des services sociaux son étude LIVES sur les foyers monoparentaux à l’aide sociale. Une belle reconnaissance de sa compétence en la matière et un bel exemple de la manière dont des projets de recherche peuvent être liés aux réflexions sur les politiques sociales.

Demain, sur invitation de Nicole Baur, Ornella Larenza, doctorante FNS de l’Université de Lausanne, va présenter les premiers résultats de son étude LIVES* sur les foyers monoparentaux à l’aide sociale. La directrice de l’Office de la politique familiale et de l’égalité du Canton de Neuchâtel a réuni à cette fin un parquet de responsables des services sociaux communaux et intercommunaux, ainsi que des assistant·e·s sociaux/ales.

Bel exemple d'échange avec les institutions

La « Journée au vert » de demain est destinée à la présentation des premiers résultats de la recherche d'Ornella Larenza, réalisée sur mandat du canton de Neuchâtel. Ce sera aussi l’occasion d’un «focus group», destiné à échanger sur l’interprétation de ces premiers résultats, ainsi que sur les pratiques des professionnels des services sociaux du canton.

Ornella Larenza travaille depuis plus de quatre ans dans le projet LIVES consacré à la monoparentalité, dirigé par la Prof. Laura Bernardi. « C’est un bel exemple de la manière dont ce projet de recherche LIVES est lié aux réflexions sur les politiques sociales et à l’échange avec les institutions », souligne la Prof. Bernardi. « Et cela valorise également notre expertise dans le domaine des parcours de vie et de la vulnérabilité », ajoute Ornella Larenza. Et de se réjouir encore de cette reconnaissance de sa propre compétence dans le domaine des politiques sociales et la vulnérabilité des familles monoparentales en Suisse. Ce d’autant qu’il s’agit de son sujet de thèse.

Travail de réseaux efficace

L’étude sur les foyers monoparentaux à l’aide sociale a débuté ce printemps. Elle comporte deux volets: une analyse quantitative des caractéristiques des bénéficiaires de l’aide sociale économique vivant dans un foyer monoparental d’une part et une enquête qualitative avec une quinzaine d’entretiens individuels.

«Ce mandat pour le canton de Neuchâtel est le fruit du travail de réseaux effectué depuis le début de ce projet avec les institutions et professionnels en Suisse romande», se réjouit encore la Prof. Laura Bernardi.

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Passer par un burn-out ou une dépression peut aussi apprendre à grandir

Une thèse en psychologie défendue par Hannah Klaas à l’Université de Lausanne le 24 septembre 2018 montre que les personnes ayant été victimes de maladies psychiques sont nombreuses à en avoir retiré des aspects positifs pour leur développement personnel et leurs relations avec les autres. Cela prend du temps, et la stigmatisation n’aide certainement pas. Mais ne dit-on pas que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ?

Les recherches en psychologie portent rarement sur des échantillons importants de population « lambda ». Mais Hannah Klaas a eu cette chance au sein du Pôle de recherche national LIVES. Partant des données du Panel suisse de ménages, qui suit de manière longitudinale, année après année, des milliers de foyers dans toute la Suisse, elle a pu extraire un sous-échantillon de 682 personnes ayant eu un grave problème de santé au cours de leur vie, pour moitié une atteinte au corps physique, l’autre moitié étant composée de gens ayant souffert d’une maladie psychique : dépression, burn-out ou anxiété principalement.

Les buts de sa thèse étaient multiples : déterminer la place que la maladie avait prise dans l’identité de ces personnes, observer comment le contexte social, le soutien social et la stigmatisation influencent le rétablissement et l’épanouissement, et enfin comparer les expériences vécues selon que la maladie avait affecté le corps ou l’esprit. En effet, on sait depuis une trentaine d’années environ que les expériences traumatiques comme les catastrophes, les violences interpersonnelles ou les problèmes de santé physique peuvent avoir in fine un impact positif sur le développement personnel. Mais en dehors de quelques études peu diffusées, principalement qualitatives, on n’avait encore jamais observé quantitativement la conséquence des maladies psychiques sur ce qu’on appelle l’épanouissement dans l’adversité.

Epanouissement personnel et relations avec les autres

La thèse d’Hannah Klaas démontre clairement que plusieurs aspects positifs peuvent être retirés aussi d’une atteinte à la santé mentale telle que la dépression, le burn-out ou l’anxiété, tant en termes d’épanouissement personnel que de changements dans les relations avec les autres. 60% des participants à l’étude ont fait état d’un degré important ou modéré d’épanouissement personnel, et 35% de quelques changements positifs depuis la maladie.

Ceux pour qui la maladie a été intégrée comme faisant partie de leur identité montrent davantage de signes d’épanouissement. Ils se déclarent plus compréhensifs, plus tolérants et plus forts après avoir passé cette épreuve, et affirment mieux apprécier la vie. Beaucoup notent que la situation leur a permis de faire le ménage dans leur vie, par exemple en mettant fin à des relations vécues comme malsaines, ou en devenant plus attentif à des domaines problématiques de leur vie.

« Cet effet est le plus marqué pour les personnes qui ont fait une psychothérapie », indique Hannah Klaas. Par contre le fait d’avoir reçu un traitement médicamenteux n’a pas de lien, ni positif ni négatif, avec cet épanouissement. Dans cette étude, les personnes qui déclarent avoir grandi dans l’adversité ne se distinguent nullement par leurs caractéristiques sociodémographiques. « On parle bien de croissance des compétences intra-personnelles et sociales, ce qui n’a pas de lien avec le niveau d’éducation », précise la chercheuse pour expliquer cette large représentation de différents milieux sociaux.

Avec le temps…

S’agit-il là de résilience ? « Ici la question n’est pas de revenir à un état antérieur à la maladie, mais bien d’un développement personnel allant au-delà », explique Hannah Klaas. Sa thèse indique en outre que le lien entre centralité de l’identité et croissance personnelle s’affirme de plus en plus avec le temps, surtout quand les symptômes et les impacts directs de la maladie ont cessé.

L’âge auquel la maladie s’est déclarée compte aussi, mais de manière modérée. Pour certains aspects, l’épanouissement dans l’adversité semble être plus répandu chez les personnes à partir de 40 ans. « Avant aussi pour certains, mais quand on est au milieu de sa vie et qu’on a plus d’expérience, il est peut-être plus facile de trouver du sens ou une raison à sa maladie, de l’accepter et d’en tirer davantage d’aspects positifs pour ses relations avec les autres. Ou peut-être qu’on est davantage prêt à entreprendre des changements dans sa vie ?», suggère la doctorante.

Discrimination et rétablissement

Sa thèse montre également que les personnes ayant subi de fortes discriminations en raison de leur état de santé ont de plus grandes difficultés à se considérer comme guéries. Cependant, et de manière fort intéressante, l’épanouissement aide à gérer la stigmatisation. Les personnes qui ont subi une forme de stigmatisation profitent plus de leur épanouissement : quand elles ont réussi à transcender ces problèmes et qu’elles ont pu en ressortir « grandies », elles indiquent de hauts niveaux de rétablissement subjectif.

Cet épanouissement contribue ainsi davantage au rétablissement s’agissant des personnes discriminées pour une maladie psychique, comparées aux victimes de maladies physiques discriminées ou aux autres malades non-stigmatisés. Cependant, il n’est pas indispensable de s’être épanoui dans l’adversité pour se sentir guéri, car 25% des personnes interrogées se déclarent rétablies sans avoir noté des progrès significatifs dans leur développement personnel.

Soutien social

Le soutien social est déterminant. Avoir rejoint un groupe de parole, faire partie d’une association ou s’engager dans un club favorisent l’épanouissement dans l’adversité. Les personnes souffrant de solitude et d’isolement, par contraste, témoignent de plus de difficultés à donner du sens à leurs difficultés, même anciennes.

Il est à noter que l’échantillon est surtout constitué de personnes pour qui le problème de santé date déjà d’au moins deux ans, dont les impacts directs ont cessé ou qui se sont habituées à gérer le problème, et qui assument cette maladie, car elles acceptent de la mentionner. De plus, ces personnes ont une confiance envers les autres supérieure à la moyenne. Les ressortissants suisses et les universitaires sont en outre surreprésentés dans l’échantillon, même si leur taux d’épanouissement dans l’adversité n’est pas supérieur aux autres catégories sociales.

Il y a donc une forte probabilité que les personnes les plus vulnérables n’aient pas été suffisamment représentées dans l’étude, soit parce qu’elles cachent leur maladie, soit parce qu’elles n’ont pas été diagnostiquées. D’ailleurs l’analyse d’un sous-groupe montrant de faibles taux de guérison montre que ces personnes (10%) craignent davantage de parler de leur maladie et se distinguent par un moindre épanouissement dans l’adversité. Ce sont aussi des gens qui rapportent plus d’expériences de stigmatisation, bénéficient d’un moindre soutien social et font moins partie de groupes.

Recommandations

Pour Hannah Klaas, le message le plus important de sa thèse est que les maladies psychiques ne doivent pas être un tabou, et que « même des choses positives peuvent en ressortir, comme par exemple connaître mieux ses forces ou réussir à mettre fin à une relation toxique. » Elle recommande d’encourager la création de groupes de parole, avec notamment pour objectif de développer chez les personnes malades une identité positive, et de lutter davantage contre la stigmatisation, car « les gens ne se réduisent pas à leur maladie. »

Il faudrait selon la chercheuse davantage d’informations en ligne sur le rétablissement et les possibilités d’épanouissement dans l’adversité à l’intention des personnes concernées et de leurs proches, voire des campagnes dans les écoles pour mieux comprendre ces phénomènes : « On apprend ce qu’est le cancer, mais jamais la dépression. On ne sait pas par exemple que la moitié des victimes de dépression ne connaissent qu’un seul épisode au cours de leur vie. »

>> Hannah Klaas (2018). Identity, adversarial growth and recovery from mental and physical health problems. Under the supervision of Dario Spini. Université de Lausanne

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"Le combat du cerveau pour sortir du canapé"

Les équipes de Boris Cheval, chercheur de l’UNIGE et dans le PRN LIVES, en collaboration avec Matthieu Boisgontier, ont observé que le cerveau tend naturellement à la minimisation de l’effort et qu’il doit utiliser beaucoup de ressources pour contrer ce penchant à la sédentarité.

Aujourd’hui, environ 30% des adultes et 80% des adolescents n’atteignent pas le niveau minimum d’activité physique quotidien recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour demeurer en bonne santé, comme on peut le lire dans le communiqué de presse de l'UNIGE (18.09.18). Le décalage entre l’intention de faire du sport et le passage à l’acte chez les personnes tendant à la sédentarité a déjà été démontré par des études précédentes. Mais que se passe-t-il dans le cerveau pour que l’intention ne soit pas suivie de l’action?

Des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ont étudié l’activité neuronale de personnes devant choisir entre l’activité physique et la sédentarité. Ils ont observé que le cerveau sollicite des ressources beaucoup plus importantes pour s’échapper d’une attirance générale vers la minimisation de l’effort. Un combat s’engage alors entre l’envie de ne rien faire et l’activité physique. Ces résultats, à lire dans la revue Neuropsychologia, sont en accord avec l’idée selon laquelle nos ancêtres devaient éviter les efforts physiques inutiles afin d’augmenter leurs chances de survie, ce qui n’a plus lieu d’être dans nos sociétés modernes.

Nombreux sont ceux qui achètent un abonnement de fitness et ne s’y rendent jamais. Ce comportement, appelé par les chercheurs le paradoxe de l’activité physique, a été démontré par des études précédentes qui opposent le système contrôlé fondé sur la raison – je dois faire du sport pour être en bonne santé – au système automatique fondé sur l’affect – les sensations d’inconfort et de fatigue ressenti pendant l’activité physique. Lorsque la raison et l’affect sont en conflit, l’implémentation du comportement d’activité physique ne se fait pas et la personne tend à la sédentarité. Mais que se passe-t-il au niveau neuronal qui fait que l’affect l’emporte sur l’intention?

Pour répondre à cette question, les équipes de Boris Cheval, chercheur à la Faculté de médecine de l’UNIGE, aux HUG et dans le PRN LIVES, et de Matthieu Boisgontier, chercheur à l’Université KU Leuven (Belgique) et à l’Université de British Columbia (UBC, Canada), ont étudié l’activité neuronale de 28 personnes, toutes voulant être actives dans leur quotidien, sans l’être forcément. Les participants devaient ensuite choisir entre l’activité physique et la sédentarité, pendant que les chercheurs sondaient leur activité cérébrale à l’aide d’un électro-encéphalographe muni de 64 électrodes.

Moins de temps, mais plus de ressources

«Nous avons soumis les participants au jeu du mannequin, qui consiste dans un premier temps à diriger un mannequin vers des images représentants une activité physique et de l’éloigner d’images représentants la sédentarité, puis dans un deuxième temps d’effectuer l’action contraire», explique Boris Cheval. Les chercheurs ont ensuite comparé la différence de temps pour approcher la sédentarité et pour l’éviter. «Nous avons constaté que les participants mettaient 32 millisecondes de moins à s’éloigner de la sédentarité, ce qui est important dans une telle tâche», s’étonne Boris Cheval, ce résultat allant à l’encontre de la théorie et du paradoxe de l’activité physique. Mais alors, comment l’expliquer?

Il s’agit ici de la force de la raison. Les participants fuient la sédentarité plus vite qu’ils ne l’approchent, parce que cette action est non seulement en accord avec la consigne donnée par les chercheurs, mais surtout avec leur intention d’être actif physiquement. Ils font alors appel aux ressources nécessaires pour fuir leur penchant naturel qui les poussent à la minimisation de l’effort et réagissent rapidement pour contrer cet «instinct».

«Par contre, nous avons observé que l’activité électrique associée à deux zones cérébrales en particulier, le cortex fronto-medial et le cortex fronto-central, était beaucoup plus élevée que lorsque le participant devait choisir la sédentarité», constate Boris Cheval. Ces deux zones représentent respectivement le combat qui s’instaure entre la raison et les affects, et la capacité d’inhibition des tendances naturelles. «Le cerveau doit donc solliciter beaucoup plus de ressources pour s’éloigner des comportements sédentaires, plutôt que de suivre son penchant pour la minimisation de l’effort», continue le chercheur.

Lutter contre un héritage de l’évolution

D’où vient ce penchant pour la sédentarité? «La minimisation de l’effort était capitale pour l’espèce humaine au cours de l’évolution. Cette tendance à l’économie et à la conservation des ressources augmentait les chances de survie et de reproduction», explique Boris Cheval. «Mais aujourd’hui, nos sociétés modernes rendent cette optimisation énergétique caduque. Il faudrait au contraire encourager l’activité physique au lieu d’offrir des tentations à en faire moins, comme les escalators ou les ascenseurs. Il s’agirait par exemple de modifier l’espace public pour réduire les opportunités des individus de s’engager spontanément dans des comportements associés à une minimisation de l’effort.

>> Contact: Boris.Cheval@unige.ch, +41 22 379 89 42

Source: communiqué de presse UNIGE (18/09/18)

Nouvelle vidéo LIVES : « Normes déroutantes – La banale histoire de Louise »

Le Pôle de recherche national LIVES présente un petit film d’animation de 6 minutes racontant le parcours de vie d’une femme en Suisse. On y découvre les différentes étapes qui peuvent mener d’une enfance sans problème à la vulnérabilité dans la vieillesse. Une histoire inspirée de différents résultats d’études scientifiques sur les inégalités de genre publiées par des membres de LIVES.

Réalisation : y-en-a·com sàrl

Toutes les vidéos de LIVES sont sur Viméo

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La Suisse compte 8% de travailleurs pauvres. Ce serait le double sans les transferts sociaux

Dans un article pour la revue Social Change in Switzerland, Eric Crettaz décrit les quatre mécanismes qui expliquent pourquoi le phénomène des «working poor» est bien présent en Suisse. Non seulement la pauvreté monétaire mais également la privation matérielle sont analysées avec de nouvelles données, montrant quelles sont les catégories de personnes les plus touchées. Le système d’assurances sociales permet de diviser par deux le nombre de travailleurs et travailleuses pauvres.

La pauvreté laborieuse est une réalité en Suisse. Environ 8% des ménages dans lesquels au moins une personne travaille gagnent moins que 60% du revenu médian. Sans les diverses formes de transferts sociaux existants, le taux de «working poor» en Suisse serait de 15%.

Utilisant les données de l’enquête SILC (Survey on Income and Living Conditions) 2015, Eric Crettaz mesure, en plus de la pauvreté monétaire, également le taux de privation matérielle. Ce taux est défini par le renoncement, pour des raisons financières, à au moins trois commodités telles que partir en vacances, faire face à une dépense imprévue, chauffer convenablement son domicile, bénéficier de divers équipements, etc.

Le taux de privation matérielle indique ainsi une situation financière durablement difficile, et s’établit en Suisse à 3% des foyers de personnes actives. Cela concerne principalement les personnes de moins de 40 ans, peu qualifiées, d’origine extra-européenne et les ménages monoparentaux. Les couples avec plus de trois enfants et les travailleurs et travailleuses indépendant·e·s, très représentés parmi les  « working poor », sont moins touchés par la privation matérielle.

Cette différence s’explique notamment par les quatre mécanismes qui, selon Eric Crettaz, mènent à la pauvreté laborieuse : un volume de travail au niveau du ménage inférieur à la moyenne, un faible taux de rémunération, un nombre d’enfants par adulte supérieur à la moyenne, ainsi que l’insuffisance ou l’absence de transferts sociaux, notamment en cas de non-recours aux prestations. Les familles monoparentales et les personnes migrantes sont ainsi particulièrement concernées non seulement par la pauvreté monétaire mais également par la privation matérielle, car elles cumulent plusieurs facteurs de précarité.

>> Crettaz, E. (2018). La pauvreté laborieuse en Suisse : étendue et mécanismes.Social Change in Switzerland No 15. Retrieved from https://www.socialchangeswitzerland.ch

Contact:  Eric Crettaz, +41 22 388 95 32, eric.crettaz@hesge.ch

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités LINES (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

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Pour aider à faire face au deuil ou au divorce, la psychologie en ligne gagne le monde francophone

Une équipe de chercheur·e·s en psychologie de l’Université de Lausanne va répliquer une expérience suisse-allemande très réussie, portant sur une intervention par internet à l’intention de personnes souffrant de la perte d’un être cher. La première version en français de cette thérapie en ligne sera suivie d’une deuxième, avec pour objectif de toucher un nombre plus étendu d’usagers à travers le monde. Le projet vise notamment à voir si la méthode marche également sans accompagnement.

La mort d’un·e conjoint·e ou d’un·e partenaire de vie ainsi que le divorce et la séparation font partie des événements les plus stressants du parcours de vie, dont certaines personnes peinent à se remettre. Les deux cas de figure sont marqués par de nombreuses similitudes, comme le fait de ressentir une tension trop forte entre la réalité objective et ce qu’elle devrait être aux yeux de celui ou celle qui reste.

Alors que la plupart des gens arrivent à retrouver du sens à leur vie au bout de quelques mois, 10 à 15% des personnes touchées par ces deux types de perte éprouvent des symptômes du deuil compliqué, pouvant se manifester notamment par une souffrance intense et persistante au-delà de six mois, des ruminations continuelles, une difficulté notoire à accepter la disparition, un sentiment de perte d’identité, l’impossibilité de se projeter dans l’avenir sans l’autre, et bien d’autres signes encore.

Une pathologie reconnue

L’Association américaine de psychiatrie a fait entrer le trouble du deuil complexe et persistant dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) en 2013, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit d’inclure en 2018 le diagnostic de trouble du deuil prolongé dans la 11e Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes (CIM-11).

Dans ce contexte, la thérapie assistée par ordinateur peut être un moyen efficace pour aider à surmonter un deuil pathologique. C’est ce qu’a montré une étude menée avec succès de 2016 à 2017 par une équipe de l’Université de Berne dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES, en lien également avec une série de programmes d’auto-guérison par Internet popularisés par le Prof. Thomas Berger.

Le projet d’accompagnement informatique au deuil, intitulé LIVIA, est maintenant étendu à la région romande et à la France grâce à l’implication du Prof. Valentino Pomini et de Dr. Anik Debrot, maître assistante à l’Institut de psychologie de l’Université de Lausanne, tous les deux membres de l’IP212 du PRN LIVES. Une doctorante et plusieurs étudiant·e·s en master sont également engagés dans cette recherche.

Résultats « au-delà des attentes »

A Berne, l’expérience du Prof. Hansjörg Znoj et de Dr. Jeannette Brodbeck, en collaboration avec le Prof. Berger, a montré des résultats « au-delà des attentes », souligne l’équipe lausannoise. Portant sur 110 personnes souffrant de deuil compliqué, l’étude LIVIA a comparé l’évolution des participant·e·s ayant suivi la thérapie en ligne avec un groupe de contrôle de personnes mises sur liste d’attente.

Au bout de dix semaines, les taux de douleur psychique aigüe, dépression, amertume et solitude des patients ont fondu par rapport à ceux toujours très hauts du groupe de contrôle, et leur niveau de satisfaction de vie s’est significativement amélioré.

Conseils et exercices

La thérapie commence par une série d’informations décrivant les processus du deuil. Suivent des conseils et des exercices visant à accepter la réalité, reconnaître sa souffrance, s’ajuster à la nouvelle réalité et se reconnecter avec la personne disparue. Dans l’expérience bernoise, les participant·e·s recevaient également des messages d’encouragement, des relances et des questions, afin de maintenir la motivation des patients au plus haut ou les aider à surmonter d’éventuelles difficultés à accomplir des tâches du programme.

Les avantages d’une thérapie en ligne sont nombreux, soulignent les chercheur·e·s : la démarche est anonyme, facile d’accès, bon marché et ne dépend pas de la qualité ou de la disponibilité d’un·e clinicien·ne. Le patient peut aller à son rythme, un aspect qui va être renforcé dans la future version française, où il sera également possible de décider de l’ordre des séquences.

Sans la guidance par e-mail

Le projet lausannois va se dérouler en deux étapes. Dans une première phase pilote, le programme LIVIA sera mis à disposition en français sur le même modèle que la version allemande, mais sans les messages d’accompagnement. L’hypothèse est que les résultats pourraient être tout aussi bons sans la guidance par e-mail.

Dans une deuxième phase, une nouvelle version de LIVIA en français sera testée avec des modules plus courts, plus standardisés, comprenant l’ajout de vidéos et d’un forum de discussion pour les participant·e·s. Les informations délivrées et les tâches à réaliser seront plus fortement marquées par les dernières avancées de la psychologie positive afin de mieux répondre aux quatre besoins psychologiques fondamentaux que sont l’orientation et le contrôle, l’attachement, le plaisir et la valeur personnelle.

300 millions de locuteurs francophones

Selon Anik Debrot, « il y a un boom dans le monde des thérapies en ligne, mais très peu ont été testées scientifiquement en français, et il n’existe encore rien de validé sur la question du deuil dans cette langue. »

Or le réservoir de patients potentiel est énorme, avec 300 millions de locuteurs francophones dans le monde. Une thérapie en ligne sans guidance, plus standardisée et offrant davantage de flexibilité, si elle fonctionne aussi bien que la démarche guidée, pourrait ainsi atteindre un nombre beaucoup plus étendu de personnes.

Peu d’espace pour le deuil

A une époque où la mort n’est plus accompagnée d’autant de rites religieux et sociaux que par le passé, et où le phénomène du divorce s’est largement généralisé, tout le monde peut être concerné par un deuil compliqué sans forcément trouver d’espace adéquat pour tenter d’en sortir.

Le projet LIVIA, approuvé par la Commission cantonale (VD) d'éthique de la recherche sur l'être humain, pourrait donc fournir une aide bienvenue à celles et ceux qui souffrent en silence de la perte d’un être cher, sans avoir encore trouvé les moyens de remonter la pente. Les personnes intéressées à participer à l’étude test peuvent s’annoncer auprès de l’équipe.

 >> Contact: Anik Debrot, anik.debrot@unil.ch, 021 692 32 88

>> Inscriptions en ligne

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Pratiques sexuelles des jeunes en Suisse: beaucoup de choses ont changé en 20 ans

La sexualité des jeunes est globalement saine. Voici la principale conclusion de l’enquête nationale sur la santé et les comportements sexuels des jeunes adultes en Suisse réalisée sous la responsabilité de l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) du CHUV et avec la collaboration de l’Hôpital universitaire de Zurich. Autres constats: internet joue un rôle toujours plus important dans les activités sexuelles des jeunes en Suisse et les femmes sont plus nombreuses à faire état d’expériences sexuelles non désirées et d’abus sexuels.

Contactés de manière aléatoire au cours du deuxième semestre 2017, 7142 jeunes âgés de 24 à 26 ans ont répondu en ligne aux questions d’un groupe de chercheurs et chercheuses de l’IUMSP/CHUV, du Pôle de recherche national LIVES à l’Université de Lausanne et de l’Hôpital universitaire de Zürich.

« Globalement, la plupart des jeunes en Suisse ont une santé sexuelle saine », résume le Prof. Joan- Carles Suris, responsable du Groupe de recherche sur la santé des adolescents (GRSA) au sein de l’IUMSP, investigateur principal de l’étude financée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique.

Au moment de l’enquête, 75% des jeunes étaient dans une relation stable qui avait débuté vers leurs 22 ans. 95% avaient déjà eu une ou un partenaire sexuel au cours de leur vie et 86% n’avaient expérimenté que des contacts hétérosexuels. L’âge moyen du premier contact sexuel se situe juste en-dessous de 17 ans. Presque tous les jeunes ont déjà pratiqué le sexe oral (96%) et la pénétration vaginale (95%). Le même pourcentage de femmes et d’hommes (49%) a indiqué avoir déjà expérimenté le sexe anal. Ils sont une très petite minorité à avoir expérimenté le sexe en groupe ou à utiliser des médicaments pour améliorer les performances sexuelles.

Activités sexuelles en ligne

Beaucoup de choses ont changé en matière de sexualité au cours des vingt dernières années, marquées entre autre par la banalisation du sida et l’apparition d’internet. Plus de la moitié des jeunes ont ainsi déjà eu recours à un site ou une application de rencontres, soit 62% des hommes et 44% des femmes. Les hommes sont 48% à avoir eu un rendez-vous avec une personne rencontrée sur internet (43% pour les femmes) et 36% à avoir une conversation érotique en ligne (28% pour les femmes). 35% des hommes (22% des femmes) ont déjà eu une relation sexuelle avec une personne rencontrée sur internet. Des études approfondies sur la fréquence et les risques potentiels encourus lors d’activités sexuelles en ligne seraient nécessaires.

Contraception

Dans une large majorité (93%), les jeunes se protègent lors de leur premier rapport sexuel, principalement avec le préservatif masculin (84%). « Il est réjouissant de voir que beaucoup de jeunes adultes ont déjà le réflexe de se protéger, même si un taux encore plus élevé serait souhaitable », constate la Prof. Brigitte Leeners, cheffe du service d’endocrinologie et de reproduction de l’Hôpital universitaire de Zurich. La contraception évolue toutefois avec l’âge. Lors de leur dernière relation sexuelle, les méthodes de contraception et de protection les plus utilisées étaient le préservatif (54%) et la pilule (45%). Enfin, près de la moitié des femmes ont déjà eu recours à la pilule du lendemain.

Cependant, même si le taux d’utilisation du préservatif est assez élevé, une infection sexuellement transmissible (IST) a été diagnostiquée auprès de 10% des jeunes. Enfin, 45% des jeunes ont déjà fait un test de dépistage du VIH, avec un résultat négatif pour la quasi-totalité des cas.

Les femmes sont largement plus nombreuses que les hommes à avoir accepté une expérience sexuelle sans vraiment le désirer (53% contre 23%). Comme première raison, elles indiquent l’avoir fait pour garder une bonne relation avec leur partenaire. 16% des femmes ont indiqué avoir été victimes d’un abus sexuel ou d’un viol, contre 2.8% chez les hommes. Une petite minorité (3,7% chez les hommes, 2,8% chez les femmes) de jeunes échangent des faveurs sexuelles contre de l’argent, des cadeaux ou des avantages.

Renseignements :

  • Prof Joan-Carles Suris, CHUV, Institut universitaire de médecine sociale et préventive, 021 314 73 75 / 079 556 84 29 joan-carles.suris@chuv.ch (français)
  • Prof Brigitte Leeners, Universitätsspital Zürich, Klinik für Reproduktions-Endokrinologie, 044 255 50 09 Brigitte.Leeners@usz.ch (allemand)
>> Barrense-Dias, Y., Akre, C., Berchtold, A., Leeners, B., Morselli, D., Suris, J-C. (2018). Sexual health and behavior of young people in Switzerland. Lausanne, Institut universitaire de médecine sociale et préventive.
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Le prix LIVES à un chercheur expatrié montrant les liens à long terme entre habitat et bien-être

Le « LIVES Best Paper Award for Early Scholars » d’une valeur de 2000 € a été décerné au Dr. Bram Vanhoutte le 9 juillet 2018 lors de l’ouverture de la conférence annuelle de la Society for Longitudinal and Lifecourse Studies (SLLS). Son article met habilement en évidence trois concepts majeurs de la perspective des parcours de vie en suivant des trajectoires résidentielles grâce à des mesures empiriques de durée, de temporalité et d’ordre des séquences. Les résultats montrent notamment une association positive entre la possession de son propre logement et le bien-être en seconde partie de vie. Les déménagements fréquents peuvent impacter ou non le bien-être plus tard selon la phase de vie à laquelle ils ont lieu : déménager souvent au cours de l’enfance n’a pas d’effet à long terme, s’avère positif au début de l’âge adulte mais se révèle moins favorable en milieu de vie sur le sentiment de bien-être passé 50 ans.

En tant que jeune Belge travaillant en Angleterre et ayant fréquemment changé de lieu d’habitation au cours des premières années de sa vie adulte, Bram Vanhoutte a de bonnes chances d’être une personne heureuse quand il sera arrivé à l’âge mûr. Cette probabilité sera d’autant plus forte s’il finit par acheter une propriété immobilière. En attendant, ce chercheur associé à l’Université de Manchester a déjà une raison bien tangible d’être content : son article sur les trajectoires résidentielles au cours du parcours de vie vient de recevoir le prix LIVES 2018 pour jeunes auteurs, ce qui lui donne l’occasion de présenter son travail à la conférence de la SLLS à Milan, en plus d’empocher 2000 euros.

Le papier de Bram Vanhoutte, publié dans le journal Longitudinal and Lifecourse Studies, illustre comment le bien-être en deuxième partie de vie peut être lié à des configurations résidentielles antérieures, y compris le temps passé à l’étranger. Basé sur des données ELSA, une étude longitudinale anglaise portant sur le vieillissement, sa recherche montre ainsi, par exemple, que déménager fréquemment comme jeune adulte est associé à un plus grand bien-être quelques décennies plus tard. Par contre, une telle instabilité à un âge plus avancé peut prédire une moins grande satisfaction de vie chez les seniors ayant connu ce type de parcours. Selon l’auteur, la première situation reflète le résultat favorable de transitions importantes réussies, telles que suivre des études universitaires, se mettre en couple et avoir des enfants. Alors que l’autre situation, survenant plus tard dans le parcours de vie, peut être induite par des difficultés comme le divorce, la perte d’un·e conjoint·e, le chômage ou l’invalidité.

Des concepts à l’observation

Partant des concepts de cumul des avantages et des désavantages, de période critique et de mobilité sociale, Bram Vanhoutte traduit empiriquement ces trois mécanismes, bien connus dans la recherche sur les parcours de vie, en observations mesurables de durée, de temporalité et d’ordre dans lesquels se matérialisent les conditions de logement. Les variables, collectées à travers des calendriers de vie et concernant 7500 résidents britanniques, sont construites selon quatre états possibles : vivre en location, dans sa propre propriété, dans un logement non-privé (internat, armée, etc.) ou à l’étranger. En combinant ces quatre états possibles en fonction des dimensions susmentionnées – combien de temps, à quel moment et dans quel ordre, dix types de trajectoires résidentielles distinctes peuvent être identifiées.

Bram Vanhoutte compare alors les types de trajectoires suivies au cours de la vie avec le niveau de bien-être des répondants, âgés de 50 ans et plus. Ici le bien-être est considéré de trois points de vue : affectif, cognitif et « eudémonique » (c’est-à-dire ayant trait au plaisir de vivre), chacun de ces trois types de bien-être étant capturé grâce à des échelles d’évaluation maintes fois validées en méthodologie d’enquête.

Gagnants et perdants

Concernant la durée, les résultats de Bram Vanhoutte montrent que plus une personne passe d’années dans une location, moins ses niveaux de bien-être affectif et eudémonique seront élevés en deuxième partie de vie. Être propriétaire pendant plusieurs années est associé à moins de symptômes de dépression (ce qui signifie un bon niveau de bien-être émotionnel) ainsi qu’à un meilleur bien-être eudémonique, mais pas à une plus grande satisfaction de vie (qui s’apparente au bien-être cognitif). La possession de son foyer est ainsi un indicateur clair de sécurité économique et de stabilité familiale dont les bienfaits s’accumulent au cours des années. Dans ce sens, la durée exprime bien cet important concept qu’est le cumul des (dés)avantages.

La temporalité fait référence aux périodes critiques ou sensibles, suggérant que certains schémas d’habitat pourraient être plus à risque ou plus bénéfiques selon les étapes de la vie. Bram Vanhoutte démontre clairement que le meilleur moment pour être mobile est le début de la vie adulte, alors que le même comportement est plutôt un mauvais signe plus tard dans le parcours. Cependant, et contrairement à son hypothèse de départ, le chercheur ne trouve aucune association négative entre déménagements fréquents dans l’enfance et bien-être à long terme, même chez les individus les plus défavorisés. La perte de liens sociaux qui aurait pu résulter de ces déplacements répétés pourrait avoir été compensée par l’expansion et l’amélioration des logements sociaux dans les années 60, permettant à la cohorte examinée d’accéder à de meilleures conditions de vie, estime Bram Vanhoutte.

Enfin, l’ordre des séquences d’habitation met effectivement en lumière la question de la mobilité sociale, qu’elle soit ascendante ou descendante, la résidence apparaissant comme « un indicateur alternatif de position sur l’échelle sociale », écrit l’auteur. « Il est clair, selon nos analyses, qu’être locataire après avoir grandi dans une propriété, ce qui est une forme évidente de mobilité sociale descendante, est associé avec les niveaux les plus bas de bien-être dans l’âge mûr, comparé à d’autres trajectoires résidentielles », ajoute-t-il. Avoir grandi à l’étranger est lié à une forme de trajectoire favorable - marquée par de courts passages en internat et en location suivis d’une accession rapide à la propriété - qui s’accompagne de très hauts niveaux de bien-être en fin de vie. Cela doit être compris dans le contexte de la fin de l’Empire britannique, où des familles privilégiées employées dans les colonies sont revenues au pays.

Pertinent, même si contextuel

L’étude toute entière doit être replacée dans le contexte du Royaume-Uni, où la plupart des gens achètent un bien immobilier au cours de leur vie. Mais elle nous invite aussi à réfléchir à l’importance des notions de durée, de temporalité et d’ordre marquant les trajectoires résidentielles dans d’autres contextes. En Suisse, l’accession à la propriété n’est pas si courante, seul un ménage sur trois possédant son propre logement.

Malgré le contexte particulier de l’article de Bram Vanhoutte, ou peut-être justement en raison de sa contextualisation rigoureuse, le jury du prix LIVES pour jeunes auteurs, composé de membres seniors du PRN LIVES, a particulièrement apprécié sa pertinence scientifique pour l’étude des parcours de vie, son approche longitudinale et sa contribution importante à la thématique de la vulnérabilité. Un papier clair et structuré, à n’en pas douter !

>> Vanhoutte, B., Wahrendorf, M., Nazroo, J. (2017). Duration, timing and order: How housing histories relate to later life wellbeing. Longitudinal and Lifecourse Studies: International Journal. Volume 8, Issue 3, pp 227-243

Vulnérabilité dans les trajectoires de santé: Perspectives du parcours de vie. Revue suisse de sociologie

Vulnérabilité dans les trajectoires de santé: Perspectives du parcours de vie. Revue suisse de sociologie

Au carrefour de la sociologie de la santé et de la théorie du parcours de vie, ce numéro spécial réunit des contributions relatives à l'étude des trajectoires de santé et du développement de la vulnérabilité dans le domaine de la santé au cours de la vie. Editeurs: Stéphane Cullati, Claudine Burton-Jeangros, Thomas Abel.

Ce volume regroupe six articles basés sur des recherches quantitatives et qualitatives menées dans des pays européens. Ces contributions apportent des résultats empiriques en lien avec la théorie des parcours de vie (le modèle des avantages cumulatifs et le modèle des périodes critiques / sensibles) et apportent des nouveaux éclairages sur les mécanismes contribuant au développement de la vulnérabilité dans le domaine de la santé.

Table des matières

>> Source et contact: SEISMO

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Les Assises de la famille au chevet des proches aidants, parents pauvres de la politique sociale

La troisième édition des Assises genevoises de la famille a eu lieu le 5 juin 2018 à l’Université de Genève. Organisée par l’association Avenir Famille avec le soutien de l’Observatoire des familles et du Pôle de recherche national LIVES, cette journée de conférences et ateliers a permis de prendre la mesure des problèmes et attentes des proches aidants, qui peinent à obtenir appui et reconnaissance institutionnels mais sans qui le système de santé suisse serait totalement submergé.

Environ une personne adulte sur dix en Suisse consacre du temps chaque semaine à soutenir un proche malade ou âgé. Sans cette aide, il en coûterait 3.5 milliards de francs à la collectivité. Et les besoins vont aller en augmentant avec le vieillissement de la population. On s’attend par exemple à voir doubler les cas d’Alzheimer au cours des vingt prochaines années. Et le personnel soignant manque déjà, forçant les institutions à recruter à l’étranger.

Dans ce contexte potentiellement explosif, les Assises de la famille ont réuni une cinquantaine de participants le 5 juin à Uni Mail, permettant d’aborder les dynamiques familiales complexes et parfois tendues dans lesquelles s’insèrent les proches aidants, ainsi que la nécessité de hisser leurs problématiques dans l’agenda politique.

Une place toujours plus importante

« Les proches aidants vont être amenés à occuper une place toujours plus importante dans la prise en charge des personnes les plus vulnérables. Ils sont un acteur désormais indispensable à notre cohésion sociale », a déclaré le conseiller d’Etat Mauro Poggia lors de son allocution d’ouverture. Pourtant le magistrat a reconnu dans le même temps les difficultés, tant au niveau fédéral que cantonal, d’instaurer un véritable soutien institutionnel aux proches aidants.

Evoquée par un plan d’action de la Confédération en 20141, « la possibilité d’introduire un congé pour tâches d’assistance, avec ou sans maintien du salaire, ou d’autres formes de soutien pour des absences de longue durée dues à la prise en charge d’un proche malade » est par exemple toujours à l’examen. A l’échelon genevois, le Programme de soutien aux proches aidants 2017-2019 promet lui aussi « d’évaluer la faisabilité d’une allocation directe ».

En attendant, le canton a mis en place la ligne de téléphone Proch’Info (058 317 7000) et une page internet avec quelques informations, promettant de réfléchir comment « étoffer l’offre de répit » (www.ge.ch/dossier/ge-suis-proche-aidant).

Car en effet, sans même espérer une quelconque rémunération, les proches aidants sont soumis un stress familial et social très important, et voudraient pouvoir souffler un peu de temps en temps. C’est ce qui est ressorti des différentes présentations et des débats lors de la journée du 5 juin.

Epuisement et emprisonnement

Séphanie Pin, aujourd’hui cheffe d’unité à l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive du CHUV, a présenté les résultats de l’étude AGEneva Care menée en 2015 sur mandat de l’IMAD dans le cadre du PRN LIVES. Portant sur près de 300 proches aidants, la plupart impliqués auprès de personnes âgées de leur entourage, cette recherche a montré que deux tiers des répondants souffrent d’épuisement et que la moitié n’a personne d’autre sur qui se décharger.

Les conjoints et les conjointes, qui représentent 37% des proches aidants enquêtés, souffrent en particulier d’un sentiment d’emprisonnement. Les enfants quant à eux - totalisant plus de la moitié des proches aidants, en grande majorité  des femmes - effectuent en moyenne 25 heures par semaine de services très divers et parfois lourds à assumer, 59% d’entre eux étant en outre aussi actifs ou actives professionnellement.

Si l’ensemble des proches aidants de l’étude genevoise déclarent entretenir une bonne relation avec le proche aidé, on constate cependant une diminution significative de leur satisfaction de vie à mesure que le nombre d’heures dédiées à leur proche augmente. Le besoin d’être remplacé ou de faire une pause sont les problèmes les plus cités par la grande majorité des répondants. Par contre, moins de 15% des proches aidant interrogés déclarent souffrir de difficultés financières.

Une recherche complémentaire en trois volets de l’Observatoire des familles à l’Université de Genève, également présentée lors des Assises, a permis d’enrichir le tableau.

Aide familiale relationnelle et pratique

Pour la partie quantitative, les analyses faites par Olga Ganjour et Eric Widmer sur la base des données de l’enquête VLV, portant notamment sur 700 retraité·e·s à Genève, ont comparé les aides familiales apportées par les proches aidants avec les aides formelles fournies par des tiers institutionnels ou privés.

On constate que les familles sont surtout spécialisées dans l’aide relationnelle, pour assurer une présence ou emmener la personne âgée en promenade. Mais une minorité tout de même significative de proches aidants assument également d’autres tâches, telles que faire les courses, entretenir la maison ou le jardin, cuisiner ou gérer des aspects administratifs.

Cette aide familiale pratique génère bien davantage de tensions dans la famille que la seule aide relationnelle. Une observation confirmée par le volet qualitatif, conduit par Myriam Girardin. Selon la chercheuse, « l’aide conjugale va plus ou moins de soi, mais quand elle provient des enfants, c’est plus compliqué, car ils ont d’autres obligations professionnelles, familiales et sociales ».

Tensions au sein de la famille

Ses entretiens avec des proches aidants de la génération suivant celle du proche aidé ont montré que les tensions apparaissent souvent entre le proche aidant et d’autres membres de sa famille, comme son conjoint ou sa conjointe, ses frères et sœurs, ou encore ses propres enfants, du fait des conflits de priorité.

« On ne partage plus grand-chose ensemble », a ainsi témoigné une proche aidante en parlant de sa fille de 12 ans. « Le soir je suis tellement épuisée (…), elle ne se sent pas assez aimée, pas assez écoutée, je n’ai pas la patience pour prendre sur moi comme une maman devrait faire ».

Cet épuisement conduit nombre de proches aidants à s’isoler socialement et fragilise leur propre santé. Il arrive alors que certains craquent et doivent se tourner dans l’urgence vers les services formels payants, comme l’ont évoqué des professionnels de l’aide interrogés en amont des Assises et dont les propos ont été rapportés par Marie-Eve Zufferey-Bersier, collaboratrice scientifique de l’Observatoire et cheville ouvrière de l’association Avenir Famille.

Un statut pour les proches aidants ?

Les ateliers de l’après-midi ont permis de réfléchir plus en détail à la répartition des rôles entre familles et institutions, aux besoins de soutien des proches aidants, à leur connaissance du réseau existant et leur accès à ces services, et enfin à la question du statut de proche aidant, réclamé par beaucoup.

Ce statut permettrait un meilleur accès, selon les participants des Assises de la famille, à des droits comme la formation et l’information, ainsi qu’à des aides matérielles et humaines afin de leur offrir du répit.

« L’autonomie est une norme sociale si forte dans notre société qu’elle empêche souvent les proches aidants et les proches aidés de reconnaître leurs besoins », a souligné Claudine Burton-Jeangros, professeure de sociologie de la santé à l’Université de Genève, en résumant les discussions de son atelier. « Il manque encore un débat public sur ce qui est légitime d’attendre de chacun », a-t-elle ajouté.

Le challenge des relations intergénérationnelles

Les recherches de l’Observatoire de la famille montrent en tout cas que la société suisse ne peut pas tout attendre des proches aidants. Comme l’a remarqué le Prof. Eric Widmer, « la famille n’est pas un dû, un automatisme, et le sera sans doute encore moins dans l’avenir. C’est un construit personnel qui se développe dans le parcours de vie de chacun. Si les proches aidants sont la solution d’avenir, alors nous avons meilleur temps de réfléchir concrètement à comment soutenir les familles impliquées dans le processus. C’est un challenge énorme du point de vue des relations intergénérationnelles. »

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>> Assises 2016

2ème Journée Romande de Psychologie Positive à Lausanne - les inscriptions sont ouvertes

2ème Journée Romande de Psychologie Positive à Lausanne - les inscriptions sont ouvertes

La 2ème Journée Romande de Psychologie Positive aura lieu le 8 février 2019 à l’Université de Lausanne sur le thème "Accompagner l'épanouissement tout au long de la vie: Modèles et interventions". Elle accueillera deux conférences plénières et deux sessions d’ateliers-réflexion. Les inscriptions sont ouvertes.

Cette journée voit le jour sur une initiative de la Société Suisse de Psychologie Positive (SWIPPA). Elle vise à rassembler les praticien·ne·s et spécialistes actifs dans le domaine de l’éducation et de la formation, de la clinique, du monde du travail, du conseil en orientation et de carrière, de la santé, ainsi que les chercheur·e·s intéressés par la thématique.

L’objectif est de découvrir, échanger et réfléchir sur les modèles et les stratégies d’intervention possibles pour favoriser l’épanouissement des individus tout au long de leur vie, de l’enfance à l’âge avancé, en passant par la vie active.

Programme

08h45-09h15 Accueil et retrait des badges d’inscription
09h15-09h30 Mot de bienvenue

09h30-10h30 Positive clinical interventions for promoting well-being in childhood and old Age

Chiara Ruini – Université de Bologne
The presentation will address the characteristics of well-being during childhood and old age, and will emphasize the main obstacles and impairments. Various types of interventions for addressing those impairments will be described. The presentation will conclude with the illustration of validation studies and their promising results in promoting well-being in those two critical age stages.

10h30-11h00 Pause-café

11h00-12h30 Première session d’ateliers

Atelier 1 : Développer la gratitude chez les enseignants pour favoriser leur épanouissement et leur bien-être ?

Atelier 2 : Atelier pratique du yoga et de la gratitude pour une activation des ressources personnelles et interpersonnelles

Atelier 3 : Donner un sens à sa vie et à son travail : Réflexions et pistes d’intervention

Atelier 4 : Renforcer l’employabilité des NEETs : Présentation d'une intervention innovante

Atelier 5 : Boîte à outils pour la régulation des émotions positives : entraînement et jeux pour des enfants et adolescents d’âge scolaire avec ou sans troubles du développement

Atelier 6 : Introduction à la psychothérapie centrée sur les émotions

12h30-14h00 Repas de midi
14h00-15h30 Deuxième session d’ateliers

Atelier 7 : L’esprit de gratitude : théorie et pratique

Atelier 8 : Vers une intimité joyeuse : Bienfaits et outils tirés de la psychosexologie positive

Atelier 9 : La vie comme un voyage : une métaphore narrative pour identifier ses ressources

Atelier 10 : Le pitch au service de l’entrepreneuriat de soi

Atelier 11 : L’influence de la psychologie positive sur notre façon de penser et de voir les choses

15h30-16h00 Pause-café

16h00-17h00 Construire des organisations positives

Ilona Boniwell – I-MAPP, Université Anglia Ruskin
Quel rôle le bonheur et le bien-être jouent-ils au travail? Qu'en est-il de l'engagement? Quelle est la relation entre ces notions et la performance? Comment pouvons-nous mobiliser, pratiquer et développer une communauté de travailleurs exceptionnels, en utilisant des facteurs de motivation positifs? Cette conférence synthétisera les ouvrages existants sur la psychologie positive organisationnelle, les études et les courants de pensées, pour proposer un modèle simple d'organisation positive. Par ailleurs, nous examinerons une série d'indicateurs de performance et les solutions organisationnelles qui leur correspondent, pour initier et conserver un changement positif, en nous basant sur des exemples concrets.

17h00-17h15 Conclusion
17h15 Apéritif

Informations pratiques

>> Inscriptions
  • Frais d’inscription (repas, pauses et apéritif inclus) :
    • Étudiant·e·s : 60.- CHF
    • Membres AREPP, HEMU, HEP Vaud, HEP Valais, Institut de Psychologie de l’UNIL, LIVES, SWIPPA : 100.- CHFs
    • Autres participant·e·s : 150.- CHFs

Comité scientifique et organisationnel

Avec le soutien du FNS, de la HEMU, de la HEP Vaud, de la HEP Valais, du PRN LIVES et de l'Institut de psychologie de l'Université de Lausanne

>> Inscriptions

iStock © Jacques Palut

En France la mobilité sociale s’essouffle aux portes des Grandes Écoles

Alors que l’influence du milieu social d’origine sur le parcours professionnel diminue progressivement jusqu’à bac+4, elle demeure prédominante pour les diplômé·e·s des établissements d’enseignement supérieur les plus sélectifs. Sur la base de nouvelles analyses, un article de Julie Falcon et Pierre Bataille dans le prestigieux journal European Sociological Review remet en question empiriquement la réputation méritocratique de la « fabrique des élites » françaises.

Deux jeunes chercheurs ayant achevé leur doctorat dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES à l’Université de Lausanne se sont penchés sur la mobilité sociale des diplômé·e·s des différentes filières de formation supérieure en France. En isolant les types et niveaux de formation suivies, les genres et les cohortes, et en comparant le statut socio-économique de départ avec celui atteint dans la vie professionnelle, ils constatent que le pouvoir parfois attribué aux Grandes Écoles de gommer les différences de classe en induisant un « formatage » uniforme est de fait largement surestimé.

Alors que les personnes issues des classes supérieures ont aujourd’hui encore cinq fois plus de chances que les personnes issues de la classe ouvrière d’être diplômées d’une Grande École, les élèves d’origine modeste – et en particulier les femmes – ayant intégré ce type d’établissement scolaire prestigieux peinent à valoriser leur titre scolaire sur le marché du travail aussi bien que leurs camarades mieux nés. Ce constat vient démentir de précédentes assertions dans le milieu scientifique, selon lesquelles l’influence du milieu social décroirait linéairement à mesure que l’on monte dans la hiérarchie des diplômes.

Les données proviennent de l’Enquête Emploi de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), qui n’avait encore jamais été utilisée dans une recherche de ce type. Appelée à travailler avec cette base de données pendant son post-doc à l’université de Stanford, Julie Falcon, aujourd’hui collaboratrice scientifique à l’Office fédéral de la statistique, explique qu’elle a réalisé « l’énorme potentiel de ces données pour analyser la mobilité sociale, tant au niveau de la taille de l'échantillon, de la dimension historique et du niveau de détail des informations disponibles, en particulier pour la catégorie "Grandes Écoles". »

La chercheuse s’est alors associée pour cette étude à Pierre Bataille, actuellement post-doctorant à l’Université Libre de Bruxelles, dont le travail de thèse avait porté sur les parcours de vie des normalien·ne·s. Selon lui, « le débat sur les Grandes Écoles en France ne porte que sur les inégalités d'entrée et jamais sur les inégalités de sorties, comme si l'entrée dans ce type de formation représentait un ticket assuré pour intégrer les fractions hyper dominantes de l'espace social. »

A l'inverse, ajoute-t-il, « les diplômes universitaire de niveau bac+3 ont mauvaise presse, car ils ne seraient pas assez "professionnalisants" pour assurer à leurs étudiant·e·s un avenir professionnel intéressant. Ce que nous montrons, c'est que dans les faits, contrairement aux idées reçues, on constate une mobilité sociale plus importante chez les détenteurs d’une  licence que chez ceux et celles qui sortent d’une Grande École. »

Force égalisatrice de l’université

Portant sur plus de 750'000 personnes nées entre 1918 et 1984, les données de l’Enquête Emploi de l’INSEE attestent en effet de la grande force égalisatrice de l’université : Julie Falcon et Pierre Bataille observent qu’à chaque génération, c’est au niveau bac +3 et +4 que l’origine sociale a le moins d’impact sur le devenir professionnel, en particulier pour les femmes, dont l’accès aux études supérieures a augmenté de manière spectaculaire au cours du 20e siècle. Mais pour celles sortant d’une Grande École, le plafond de verre reste nettement plus difficile à percer lorsqu’elles sont issues des classes populaires et intermédiaires.

Dans le contexte actuel, marqué par la complexification des conditions d'accès à l'université et les débats autour du dispositif ParcourSup, les résultats produits montrent que le caractère non-sélectif de la vaste majorité des premiers cycles de l’université française a constitué jusqu’à aujourd’hui un des facteurs les plus importants de mobilité sociale pour une grande partie des générations ayant bénéficié de la démocratisation scolaire.

En France, la plupart des recherches sur la mobilité sociale s’étaient basées jusqu’à présent sur des données plus anciennes, allant jusqu’à 2003, provenant de l’enquête Formation et Qualification Professionnelle (FQP). Cette nouvelle recherche montre que depuis cette date, pour celles et ceux ayant intégré une formation élitiste, l’emprise de l’origine sociale sur les perspectives d’emploi ne s’est pas affaibli, même pour les cohortes les plus récentes. Cela conduit les deux chercheurs à conclure que le mérite reste surtout récompensé chez les plus nantis.

>> Falcon, J. & Bataille, P. (2018). Equalization or reproduction? Long-term trends in the intergenerational transmission of advantages in higher education in France. European Sociological Review, Vol. 34, Issue 3

 

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Devenir parent marque la fin de l’égalité dans le couple

Dans un article pour la revue Social Change in Switzerland, René Levy fait la synthèse de trois recherches qui permettent de comprendre pourquoi les parcours de vie des femmes en Suisse sont marqués très différemment par la parentalité par rapport à ceux des hommes. Constatant un fort écart entre les valeurs d’égalité et les pratiques effectives des couples, il démontre que ce différentiel a des raisons structurelles, qu’il serait possible de faire évoluer.

En Suisse, la trajectoire professionnelle des femmes reste conditionnée par la maternité. Pour expliquer ce mécanisme, René Levy convoque trois études empiriques réalisées au cours des quinze dernières années, qui éclairent la réalité des fortes inégalités de genre toujours en vigueur.

Premier constat : c’est au moment de la naissance de leur premier enfant que les femmes changent leur rapport au travail. Pour la grande majorité des couples, la venue d’un enfant mène à une double insertion familiale et professionnelle à temps partiel chez les mères, alors que l’immense majorité des hommes a des parcours standard d’emploi à plein temps, quelle que soit leur situation familiale.

Deuxième constat : alors qu’une majorité de couples déclarent des valeurs égalitaires au moment de la première grossesse, ils ne sont plus qu’une minorité, quelques mois après la naissance, à rester cohérents avec cet idéal d’égalité dans la répartition effective des tâches domestiques. La réalité montre que la parentalité induit une très forte « retraditionnalisation » des pratiques, indépendamment des intentions de départ.

Ces deux observations s’éclairent à la lumière du troisième constat : en comparant la Suisse à d’autres pays européens, et en comparant une centaine de micro-régions suisses entre elles, on remarque que l’existence de congés parentaux et de structures d’accueil extra-familial est cruciale. Elle détermine l’amplitude avec laquelle les couples peuvent réaliser effectivement leur idéal d’équilibre égalitaire entre travail et famille.

René Levy conclut que la non-réalisation de mesures d’égalité a des effets à long terme : leur absence non seulement prétérite la situation économique des femmes à la retraite, mais produit aussi des identités genrées chez les enfants, entretenant le cycle de reproduction des inégalités de genre.

>> René Levy (2018). Devenir parents ré-active les inégalités de genre : une analyse des parcours de vie des hommes et des femmes en Suisse. Social Change in Switzerland No 14. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact: René Levy, +41 21 903 11 32, rene.levy@unil.ch

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

>> Voir aussi le papier de René Levy dans Le Temps, en ligne le 23 mai 2018:
La parentalité provoque l'inégalité au sein du couple

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