Résister à la rhétorique de l'abus : une nécessité pour le droit social

Résister à la rhétorique de l'abus : une nécessité pour le droit social

Un numéro spécial de la Revue suisse de travail social est sorti en juin 2013 sur la question de "l'abus" dans le travail social et les politiques sociales. Edité par Jean-Michel Bonvin et Eva Nadai, ce recueil comporte notamment un article d’une doctorante LIVES rattachée à la Haute école spécialisée de Suisse occidentale, qui montre comment le discours politique a stigmatisé les bénéficiaires de l’Etat social pour aboutir à une restriction de leurs droits.

Comme le résume l’éditorial du dernier numéro spécial de la Revue suisse de travail social, la contribution d’Emilie Rosenstein, doctorante dans l’IP5 du Pôle de recherche national LIVES basée à la Haute école de travail social et de la santé – EESP Lausanne, « étudie l’impact des débats parlementaires sur l’abus dans le cadre des réformes récentes de l’assurance-invalidité. Il montre comment les discours sur l’abus ont participé à la redéfinition de l'assurance-invalidité et plus généralement ont transformé l’équilibre entre responsabilités collective et individuelle. L’article analyse d’une part, le contexte d’émergence ainsi que le contenu des discours sur l’abus et d’autre part, les conséquences de la lutte menée contre les abus depuis la 5e révision de la LAI sur les droits et obligations des assurés. »

Dans sa conclusion, la jeune chercheuse estime que la place accordée à l’abus dans les discours politiques tend à « stigmatiser les assurés tout en redéfinissant de manière non négligeable les libertés et opportunités qui leur sont ouvertes. (…) Les réformes actives engagées en matière de politiques sociales ont passablement modifié l’équilibre entre responsabilités sociale et individuelle (…) faisant de la responsabilité individuelle la condition d’accès à la protection sociale. »

Dans une telle approche, la responsabilité individuelle est moins envisagée comme un objectif, une finalité de l’action sociale, que comme un prérequis. On aboutit ainsi à un paradoxe puisque l’individualisation des droits sociaux, au-delà de son potentiel émancipateur, peut également se traduire en « une entrave à l’autonomie et à la liberté des personnes », les plus vulnérables notamment.