Photo Hugues Siegenthaler © LIVES

Une journée d’étude pour s’interroger sur la vulnérabilité potentielle des élites

Une équipe de doctorants LIVES organise le 25 juin 2013 à l’Université de Fribourg une journée de discussions sur des travaux en sociologie du travail concernant des classes plutôt dominantes de la société, mais touchées elles aussi par les mutations contemporaines auxquelles on assiste dans le monde du travail.

Pour la deuxième année consécutive, des jeunes chercheurs du projet No 6 du Pôle de recherche national LIVES (IP6) organisent une journée d’étude sur des travaux de doctorants afin de permettre une discussion avec des chercheurs plus avancés. Le point avec Pierre Bataille, doctorant à l'Université de Lausanne, un des organisateurs de ce séminaire avec Claudio Ravasi et Xavier Salamin de l'Université de Fribourg.

Quels sont les objectifs d’une telle journée ?

Ils sont doubles. D'une part, la journée offre à voir les différents terrains pouvant être travaillé à partir des problématiques au cœur des préoccupation de l'IP6 (groupes professionnels, genre, vulnérabilité, interface famille travail) - et par là même, l'heuristique de cette approche. D'un point de vue plus pragmatique, elle offre aux doctorant.e.s la possibilité de présenter leurs travaux dans un cadre bienveillant, avec tout le temps nécessaire pour bien développer leur propos. En effet, contrairement à la majorité des présentation de type "colloque", les personnes présentant leur travail disposent d'une heure (discussion comprise) pour développer leurs arguments et les confronter aux critiques d'un.e "senior" qui a reçu et travaillé un texte en rapport avec la présentation au préalable. C'étaient en tout cas les points forts de notre journée de l'an dernier, d'après les réactions qu'elle avait suscitées parmi les participant.e.s.

On constate que cette rencontre n'est pas réservée aux doctorants LIVES...

Cela vient entre autres du fait que le séminaire mensuel de l'IP6 s'inscrit un peu dans la continuité d'un atelier autour de la sociologie du travail qui se tenait jusqu'alors dans le cadre du Laboratoire de sociologie de l’Université de Lausanne (LabSo). Au moment de la création du PRN LIVES, pour ne pas multiplier inutilement les lieux de rencontre et pour conserver la dynamique qu'il y avait autour de cet atelier - où travaillaient ensemble régulièrement des membres du LabSo, du Centre d’études genres LIEGE et de l'Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL) notamment -, nous avons donc décidé de "fusionner" les moments de rencontre. L'expérience positive de l'ouverture à des terrains divers mais centrés autour des questions de sociologie du travail, ainsi que le climat propice à l'échange cultivé au sein de cet atelier, nous ont donc donné envie de continuer dans ce sens au sein des séminaires organisés par l'IP6. C'est d'ailleurs peut-être autour de la journée d'étude autour des travaux des doctorant.e.s que l'influence de l'esprit de cet atelier est le plus manifeste, avec cette coprésence de différentes recherches menés sur des groupes professionnels assez divers (banquiers, céramistes, footballeurs, hackers, diplomates), mais tous confrontés à la remise en question de leur identité professionnelle et des modes de transmission de cette identité dans un contexte socio-politique (inter)national incertain.

Peut-on parler de vulnérabilité des élites ?

L'une des spécificités de l'IP6, c'est bien d'aller chercher la vulnérabilité là où on ne l'attend pas nécessairement, dans les groupes professionnels prestigieux notamment. L'idée que nous défendons est que les mutations contemporaines du monde du travail contribuent à la fragilisation de certaines populations vulnérables (chômeurs/euses, jeunes entrant sur le marché de l'emploi...), mais remettent également en question le fonctionnement des groupes dominants. Qu'on pense par exemple aux travaux menés récemment sur les élites suisses (David et al., 2012). Ils montrent un changement majeur dans les modes d'accès aux sommets de la hiérarchie des entreprises. Auparavant, la transmission des responsabilités dans les grandes firmes passait principalement par la voie du sang et des liens familiaux. Depuis une vingtaine d'année, le passage par l'international et les titres scolaires - notamment les prestigieux Masters in Business Administration des universités anglo-saxonnes - tendent à s'imposer comme un sésame particulièrement efficace pour accéder aux hautes responsabilités. Dans ce cadre, il y a donc eu une remise en question des modes de recrutement traditionnels des élites économiques. On peut par exemple se questionner sur la potentielle vulnérabilité des groupes élitaires suisses qui n'ont pas opéré cette transformation: tendent-ils à disparaître complètement des cercles des élites? Quelles sont les stratégies de reconversion de leurs capitaux économiques et symboliques, qu'ils mettent en place pour garder leur rang? La logique est sensiblement la même que dans le cas d'une étude sur des groupes sociaux moins prestigieux, "vulnérabilisés" par un événement (politique sociale, mutation du marché du travail, etc.) comme c'est souvent le cas dans les recherches LIVES: on va tenter d’identifier les ressources engagées par les individus afin de dépasser leur situation de vulnérabilité, de comprendre comment ils mobilisent ces ressources et, si possible, d’évaluer si cette mobilisation s’avère in fine efficace.