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Les aspirations professionnelles des jeunes reflètent des inégalités de genre toujours en cours

Le 3e numéro de la revue Social Change in Switzerland aborde la division sexuée de l’orientation professionnelle des adolescent·e·s. Cet article de Lavinia Gianettoni et al. montre qu’une majorité de filles visent un métier mixte ou atypique du point de vue du genre. Cependant, deux tiers d’entre elles se projettent dans un emploi à temps partiel visant à concilier travail et famille. L’intériorisation des normes de genre entretient ainsi la ségrégation des femmes sur le marché du travail, ce qui n’est pas rationnel du point de vue économique.

Cet article se base sur l’enquête Aspirations et orientations professionnelles des filles et garçons en fin de scolarité obligatoire : quels déterminants pour plus d’égalité ? financée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, qui a permis de récolter des données auprès de 3302 adolescent·e·s de 13 à 15 ans dans cinq cantons de Suisse (GE, VD, TI, AG, BE) en 2011.

Les auteurs observent que près de deux tiers des garçons interrogés ambitionnent une profession typique du point de vue du genre, c’est à dire occupée à plus de 70% par des personnes de leur sexe (informaticien, policier, etc.). Ils sont moins d’un tiers viser une profession mixte (médecin, enseignant au secondaire, etc.), et seulement 7% un métier atypique (instituteur au primaire, coiffeur, etc.). Côté filles, un tiers vise une profession typique (éducatrice de la petite enfance, esthéticienne, etc.), la moitié une profession mixte et 19% une profession atypique (avocate, ingénieure, etc.).

Les données montrent également que deux tiers des filles s’imaginent travailler plus tard à temps partiel pour des raisons familiales contre 37% des garçons. Mais alors que chez ces derniers le taux d’activité souhaité n’est pas lié à un type de métier en particulier, les filles désireuses de travailler à temps partiel choisissent davantage des métiers « féminins ».

Facteurs institutionnels et idéologiques

Les auteurs concluent que des facteurs institutionnels et idéologiques pèsent toujours sur les aspirations des jeunes : l’insuffisance des structures de garde, le manque de conciliation travail-famille dans certaines professions, ainsi que la socialisation des enfants, qui privilégie encore une division sexuée des rôles, maintiennent la ségrégation horizontale et verticale des femmes sur le marché du travail : elles demeurent moins nombreuses dans les métiers socialement valorisés et bien rémunérés, et moins nombreuses également dans les positions hiérarchiques supérieures.

La persistance de ces inégalités de genre a de plus un impact économique, puisque la formation des jeunes femmes n’est pas pleinement valorisée ensuite sur le marché du travail. Il importe donc de continuer à agir sur les nombreux freins qui limitent les aspirations professionnelles et familiales des jeunes.

>> Lavinia Gianettoni, Carolina Carvalho Arruda, Jacques-Antoine Gauthier, Dinah Gross, Dominique Joye (2015), Aspirations professionnelles des jeunes en Suisse : rôles sexués et conciliation travail/famille, Social Change in Switzerland No 3. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact: Dr. Lavinia Gianettoni, 079 565 35 81, Lavinia.Gianettoni@unil.ch