Une équipe de LIVES crée un réseau social pour communiquer avec les jeunes

Une équipe de LIVES crée un réseau social pour communiquer avec les jeunes

Le projet « Expériences », mené par des chercheurs du Pôle de recherche national LIVES, s’intéresse aux difficultés de transition vers le monde professionnel des 15-30 ans. Un genre de Facebook artisanal et coloré permettra de suivre le parcours de vie des participants à cette étude.
Aimeriez-vous être ami avec un crabe à pattes d’oiseaux, un petit garçon qui parle à sa peluche, ou plus simplement avec un-e sage universitaire ? « Pas sûr », répondront sans doute les jeunes contactés par le projet Expériences. C’est donc un réel défi que se sont lancés cinq représentants d’une équipe de recherche du PRN LIVES – Surmonter la vulnérabilité, perspective du parcours de vie - en créant www.ProjetExperiences.ch, un nouveau réseau social dont les membres peuvent apparaître sous les avatars les plus insolites.

Véronique Eicher a pris le visage de Calvin, l’enfant de la BD Calvin & Hobbes. Cette jeune chercheuse de 31 ans avoue des goûts hétéroclites comme la couture et la musique des Killers. Du 30 avril au 4 mai 2012, elle et ses collègues seront au Centre d’orientation et de formation professionnelle (COFOP) à Lausanne pour tenter de convaincre 240 jeunes en préformation ou orientation professionnelle de créer leur propre profil sur ce nouveau club en ligne.

« Corriger les idées préfabriquées sur la jeunesse »

La différence avec Facebook ? Ici tout ce qui sera dit pourra être utilisé à des fins scientifiques, dans le but de « corriger les idées préfabriquées sur la jeunesse », affirment les chercheurs. Ils veulent notamment comprendre quelles sont les ressources que les jeunes mobilisent pour faire face à leurs difficultés et pourquoi certains s’en sortent mieux ou moins bien que d’autres dans l’accès à la formation et au travail.

Pour cela, l’équipe commencera par distribuer un questionnaire de huit pages aux classes du COFOP, afin de cerner différentes dimensions de la vie de ces adolescents : à quel(s) groupe(s) identitaire(s) ils se sentent appartenir, quel est leur degré de satisfaction et de bien-être, quels sont au contraire leurs motifs de préoccupation, de stress, quels sont leurs projets et leur moyens pour les réaliser.

Le même type de questionnaire sera également envoyé à un millier d’apprentis et de jeunes employés de la Ville de Lausanne âgés de moins de 30 ans. Ces premières données permettront d’avoir une vision d’ensemble de la situation actuelle d’un échantillon représentatif de jeunes.

Partager ses soucis et ses réussites

Tous les participants recevront la proposition d’ouvrir un compte sur www.ProjetExperiences.ch, afin que chacun puisse raconter au fil du temps ses expériences en lien avec le monde du travail, partager ses soucis et ses réussites. L’équipe espère que plusieurs groupes de discussion se formeront, et que le réseau sera rejoint par d’autres jeunes des cantons romands. Ces témoignages permettront aux chercheurs d’analyser l’évolution de chacun et de retenir les événements marquants sur une durée de deux à trois ans, informations essentielles à l’étude des parcours de vie.

Créé avec le système de gestion de contenu Wordpress et l’aide de collaborateurs du Centre informatique de l’Université de Lausanne, ce site internet constitue une manière innovante de mener une recherche en sciences sociales. Mouna Bakouri, doctorante au sein du projet et qui s’est beaucoup impliquée avec une autre doctorante, Marlène Barbosa, dans sa conception, explique que « ce type d’outil est connu pour fédérer les gens dans le monde associatif et militant. En ce qui nous concerne, il nous a paru adapté à l’âge de la population qui nous intéresse, et à notre méthode mixte, mélange d’analyses quantitatives et qualitatives. L’avantage pour les utilisateurs, c’est que les informations qui seront échangées sur ce réseau ne seront pas récupérées à des fins commerciales. »

L’équipe prévoit de mener également des entretiens en face à face. « Nous rencontrerons ceux qui sont prêts à le faire et qui correspondent à un certain profil, annonce Christian Staerklé, professeur de psychologie sociale et chef de projet. Par exemple ceux qui ont un parcours ascendant, qui arrivent à faire face à leurs difficultés et à s’en sortir. Ce qui nous intéresse, c’est l’impact des régulations relationnelles, le soutien de la famille, des amis, ainsi que l’impact des régulations politiques, soit l’engagement dans un projet collectif comme une association, un mouvement civique. » Cette partie qualitative permettra aux chercheurs de mieux comprendre certains parcours. Et aux participants de découvrir qui se cachait derrière le pou aux antennes de martien.

contact@projetexperiences.ch